‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 111 sur 175 · Eadmer, p. 10 et · texte numérisé non relu

Eadmer, p. 10 et

2. On ne peut dire exactement la date de ce débat ; elle est comprise entre 107l et 1073. C'est entre ces deux années que Jaflfé {Regesta, p. 4O0) place la lettre d'Alexandre I[.

franc méritait à leurs yeux de prendre place parmi les prélats nationaux : il était l'héritier de Dunstan, du moins il paraissait l'être.

Un siècle auparavant, Dunstan, le plus populaire des évêques anglo-saxons, avait opéré une réforme semblable à celle de Lanfranc : l'esprit qui l'inspira et les résultats parurent semblables. Pour rendre à l'institution monastique sa dignité première, Dunstan sépara aussi avec violence les moines et les clercs; il ne laissa à ceux-ci que le choix entre un départ soudain ou la prise de la robe ; ailleurs, il les obligea de vivre canoniquement, soumis à la régie (1); les évêchés passèrent aux mains des moines; et avec un esprit d'ascétisme, tout nouveau après les invasions, on vit reparaître l'âge d'or de l'institut monastique (2). L'Angleterre religieuse se reconnut dans cet homme, et, après les révolutions qui ensanglantèrent le début du xi^ siècle, il était invoqué comme un saint. En protégeant les moines, Lanfranc s'abritait à l'ombre de ce grand nom; on s'inquiéta peu de savoir si sa conduite procédait exactement des mêmes principes : les actes parurent les mêmes, et le saint passa pour inspirer le prélat. « La faveur du bienheureux Dunstan se répandit sur Lanfranc (3). » Il le voyait en songe, et en toute occasion il pouvait compter sur une inspiration surnaturelle. Malmesbury rapproche ces deux noms : il est impossible d'admettre que les contemporains aient vu un persécuteur dans le prélat qui semblait continuer Dunstan. Aujourd'hui, à la distance où nous sommes des événements, nous n'aurons garde d'assimiler ces deux hommes; leur œuvre semble être la même : mais l'esprit en est essentiellement différent. Dunstan n'a qu'une pensée : rétablir la vie monastique en Angleterre, reprendre les traditions d'austérité, de travail légués par les moines du vm^ siècle, et aussi reconquérir la puissance et la richesse compromises par les invasions. Il est Anglais avant tout, et c'est dans les souvenirs de l'histoire religieuse de l'Angleterre qu'il trouve son inspiration. S'il sert la cause de la chrétienté, c'est sans y songer. Quand il veut

1. « Aut canonicè est vivendum aut Ecclesiis exeundum ». Osbern. Fie de Dunstan, ch. 36. Memorials of Dunstan^ by W. Stubbs. Londres, 1874.

2. Osbern. Ibid., ch. XIX. — G. de Malmesbury. Z)e Gest.PonL, livre I.

3. Bealissimi Dunstani in eum favor effusus. G. de Malmesbury, ibid. — Knyghton. Twysden, p. 2362.

un modèle de discipline, c'est à Fleur v et non à Rome qu'il le demande. Lanfranc, au contraire, est avant tout Romain; l'Angleterre qui, un siècle avant lui, avait donné le mouvement, le reçoit, et on peut se demander si, Rome indifférente ou muette, Lanfranc eût pris de lui-même l'initiative de cette grande restauration. Il se trouve, en marchant dans la voie ouverte par Hildebrand, paraître continuer les traditions anglaises; mais c'est par contrecoup, et la protection due au vaincu n'entre pour rien dans ses calculs.

Après avoir obtenu gain de cause pour l'administration générale du royaume, Lanfranc se liàta d'appliquer à son Église les mesures nouvelles. Par une de ces transformations comme l'histoire religieuse d'Angleterre en présentait déjà plus d'une, les clercs se soumirent à la règle monastique, et le Doyen devint le Prieur (1). Ce changement de nom était toute une révolution. Le parti de Vauquelin se reconnut vaincu, et pendant tout le régne de Guillaume l'Angleterre éprouva les effets de ce changement. Lorsque vers 1083, l'évèque de Durham, Guillaume, rétablit le culte de saint Cuthbert, il confia à des moines le service de la nouvelle Eglise; quant aux clercs qui jusqu'alors y avaient été attachés, il leur déclara qu'ils auraient dorénavant à vivre comme les moines ou à céder la place; à l'exception d'un seul, tous préférèrent partir (2).

On ne peut se défendre de quelque surprise quand on s'aperçoit que le défenseur déterminé des moines contre le parti des clercs paraît avoir été leur adversaire dans son propre diocèse. La lutte de Lanfranc avec les moines de saint Augustin a duré autant que son pontificat; et l'on croit découvrir tout d'abord. entre ces deux parties de son administration un désaccord malaisé à justifier. Il faut prendre la question de haut et remonter jusqu'à l'origine du débat.

Lorsque le moine Augustin prêcha la foi chrétienne dans le

royaume de Kent, la protection inespérée du roi Ethelbert lui

1. Cantuar. Ecclesiae monachi, quasi canonici cathédrales, monacborum quidem habitum gerentes, sed regulam non adeù plenè observantes.

...Praepositum suum Decanum vocabant, quem nos post adventum Lanfranci Priorem appellamus. (Gervasius. Actus Pontif. Cant., p. 1650.)

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