Y. Siméon de Durham, p. 4\3 à
permit de jouer rapidement un important personnage. Il se fit donner par le roi un temple voisin de Cantorbéry, dans lequel, avant sa conversion, Ethelbert et ses nobles sacrifiaient suivant les rites de leur religion. Augustin transforma le temple païen en église; il la consacra à saint Pancrace, martyr, et peu après, il obtint du roi une terre voisine, sur laquelle une nouvelle église ne tarda pas à s'élever (1). Elle fut dédiée aux apôtres saint Pierre et saint Paul. Un monastère fut fondé aux portes mêmes de l'église, et des moines furent établis pour assurer à perpétuité le service divin. Le nom d'Augustin s'ajouta bientôt à celui des deux apôtres, et bien qu'au xiv^ siècle l'abbaye portât encore le nom officiel de couvent de Saint-Pierre, Saint-Paul et Saint-Augustin (2), c'est par ce dernier titre seul qu'elle est désignée dans le cours de sa longue et tumultueuse histoire.
Augustin donna au couvent un abbé de son choix, et il obtint de la faveur d'Ethelbert de riches donations, qui firent rapidement de l'abbaye un établissement important dans le royaume. Tout en conférant à un des siens la dignité abbatiale, Augustin retenait en fait l'autorité souveraine sur un couvent qui était son œuvre ; mais, archevêque, il ne prit pas assez garde au danger de grandir démesurément le personnage de l'abbé et de constituer dans son Eglise une communauté assez puissante pour devenir en quelque sorte Eglise à son tour et rejeter toute suprématie. On a pu le remarquer à propos de la fondation de Saint-Etienne ; c'était la politique de tout abbé de s'émanciper de son évèque, et nulle part on ne trouvait un esprit de corps plus intraitable et des prétentions à l'autonomie plus jalouses que dans l'histoire des grandes abbayes. Ce fut la faute d'Augustin d'oublier qu'il était archevêque et de traiter l'abbaye nouvelle comme l'eût fait son abbé. On eût dit qu'il prenait plaisir à donner des armes aux moines contre ses propres successeurs; l'acte authentique des privilèges conférés par le prélat mérite d'être rapporté (3).
Au nom de Jèsus-Christ et du pape Grégoire, il était solennellement interdit aux archevêques futurs de Cantorbéry, à tout pou-
1. Guillaume de Thorn., p. 1760. — Elmham. Hist. monastei'ii S.-Jugusthii Cantuariensis, éd. llardwick. Londres, 1808.