Elmham. Ibid., j). 119 à \%\. — Q. de rhorn
voir ecclésiastique ou séculier, d'exercer sur le couvent de Saint- Augustin aucune domination, d'usurper les églises ou les terres lui appartenant, d'inquiéter les moines, de les opprimer ou de les soumettre à un tribut. L'abbé devait être élu par ses frères dans le couvent ; l'archevêque de Cantorbérj gardait le droit de l'ordonner; mais il l'ordonnait pour en faire le ministre de Dieu et non pas son propre serviteur. 11 devait voir en lui un frère, un collègue, un égal, non un inférieur : l'abbé devait l'obéissance à Dieu, non à l'archevêque. L'archevêque ne pouvait dire la messe au couvent, comme il eût fait à un autel de sa juridiction (1), ordonner des prêtres, donner la bénédiction sans la permission de l'abbé ou des moines eux-mêmes (2).
Cette charte d'indépendance, qui faisait de l'abbé un personnage rival de l'archevêque, était mise sous la protection des imprécations, les plus redoutables. Mais la solennité de cet acte eût mal défendu contre les empiétements de toute nature la perpétuité des privilèges, si la religion et la politique n'eussent concouru à les garantir. Saint- Augustin compta dés le premier jour au nombre de ses droits l'honneur de recevoir dans ses caveaux les corps des archevêques de Cantorbéry, des rois et des principaux personnages de Kent. Le privilège de sépulture est mentionné expressément dans la charte de fondation. Ainsi, l'abbaye devint rapidement, comme le disait par anticipation son fondateur, « dépositaire de ce trésor de saints (3). » C'est en vain que, par des raisons combinées de même nature, l'Église de Cantorbéry devenait peu à peu la « raater irriraaria » de l'Angleterre : Saint-Augustin n'en restait pas moins le berceau de l'Eglise de Cantorbéry elle-même. Comme il arrive toutes les fois qu'un privilège s'établit, les confirmations et les accroissements ne lui manquèrent pas ; les papes Adéodat et Agathon ajoutèrent à celte importance, pour la seule raison qu'elle était déjà considérable : Saint-Augustin ne releva plus que du Saint-Siège lui-même et ne reconnut l'autorité d'aucune Eglise (4). La cour de Rome aimait à saisir toutes les occasions de faire admettre son autorité souveraine dans les pays éloi-