‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 114 sur 175 · Sine abbatis vcl fratrum permissione. {Ibid · texte numérisé non relu

Sine abbatis vcl fratrum permissione. {Ibid

3. Hanc Ecclesiain Sanctorum thesaurariam. {Ibi(L) '\ . Elinham, p. 2'j7,

gnés où elle était encore inconnue; et sa politique, s'inspirant de cette pensée, était parfois contradictoire. Dans le royaume de Kent, elle préparait ainsi, en développant l'œuvre mal conçue d'Augustin, les éléments d'une lutte dangereuse entre l'archevêque et l'abbé. L'abbé en était venu peu à peu à exercer une autorité souveraine dans le sud-est de l'Angleterre ; son autorité morale, soutenue d'une puissance matérielle considérable, en faisait le premier personnage après le roi ; l'archevêque voyait son autorité s'effacer devant la sienne ; les cérémonies rendaient sensible cet amoindrissement : il ne pouvait entrer au couvent précédé de sa croix,

La question des sépultures fournit le prétexte de la première lutte entre les deux pouvoirs. L'archevêque de Cantorbéry, Cuthbert, voulut affranchir son Église de cette humiliante rivalité : pendant tout son pontificat, il vécut en bonne intelligence avec les moines; c'est par sa mort qu'il ouvrit les hostilités. En 758, sentant sa fin approcher, il fit jurer à ses gens et aux moines de l'Église du Christ de tenir cachée la nouvelle de sa maladie et de sa mort, et de l'ensevelir secrètement, sans aucune cérémiOnie, dans régiise cathédrale. Il mourut; ses volontés furent exécutées; et quelques jours se passèrent avant que cette fraude ne fût soupçonnée. Lorsque l'abbé Aldhum vint avec ses moines réclamer le corps, on lui montra la tombe qui l'avait déjà reçu. Les Augustiniens comprirent que cette audacieuse surprise n'avait pu être faite qu'avec l'accord tacite du roi; ils dissimulèrent leur ressentiment (1).

Le nouvel archevêque, Bregwin, approuva les dispositions prises par son prédécesseur. Nous comprenons mal aujourd'hui l'importance de ces questions de sépulture et de possession de corps ; mais il faut revivre par l'esprit dans ces âges si différents du nôtre, et nous y retrouvons, déguisés sous des prétextes particuliers à une époque, ces conflits d'autorité et ces disputes sur la hiérarchie qui sont de tous les temps. Bregwin, fort du consentement du roi, et peut-être aussi du complaisant appui de la cour romaine, renouvela à son lit de mort les prescriptions de Cuthbert. Le caveau de

1. Elmbam. (Ibid.), p. 317. — G, aeTiiprn. Chronique, p. 1773. — Godwin. De Prœsulibus AngliiK, p. G5.

Cuthbert reçut son corps (762), et quatre jours après, comme il l'avait ordonné, on annonça la nouvelle de sa mort. Le nouvel abbé de Saint- Augustin , Lambert, se présenta avec une troupe d'hommes armés, et déclara qu'il enlèverait de gré ou de force le corps de Bregwin aux mains de ses rivaux. Quand il apprit que l'enterrement était fait, il résolut d'en appeler au pape pour défendre les droits et les libertés de son « Eglise. » La querelle menaçait de se compliquer ; les moines de l'Église du Christ comprirent qu'il n'était pas de leur intérêt de provoquer une décision qui pouvait leur enlever le bénéfice d'un double antécédent : par un habile compromis, ils élurent Jambert archevêque. L'appel au pape fut suspendu, et la cause parut jugée. Cependant l'àpre vieillard garda, comme archevêque, le souvenir de ses rancunes d'abbé ; il voulut être enseveli à Saint -Augustin, et sa volonté fut respectée (789). Mais il suffisait que la tradition eût été interrompue, pour que le privilège eût reçu une grave atteinte ; quelque douze ans après (802), on vit un archevêque, Ethelard, ancien moine de Malmesbury^ désigner comme lieu de sa sépulture le couvent où il avait fait profession (1).

La frivolité du prétexte n'était qu'apparente ; elle cachait une lutte sérieuse. Malgré tout, l'abbaye n'avait rien perdu de son importance, et quelque temps avant la conquête, l'abbé avait vu sa dignité assimilée par les insignes même à celle d'un prélat : en 1059, Egelsinus avait reçu du pape Alexandre le droit de porter la mitre et les sandales ; ce droit s'étendait aussi à ses successeurs (2). Quatre ans auparavant, le pape Léon IX avait décidé que, dans les conciles généraux, l'abbé de Saint-Augustin prendrait place près de l'abbé du mont Cassin (3).

Sans doute la complaisance d'un abbé ou l'indifférence d'un archevêque pouvaient éviter ces troubles au comté de Kent ; mais vienne un prélat dominateur, ou seulement jaloux de ses droits, le conflit est inévitable. Si l'on ajoute que ce prélat appartient à la race victorieuse, que les animosités de parti peuvent revêtir le caractère d'une haine patriotique, on com-

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