G. de Thorn, p. 178i. — Elmham
prend que l'histoire ait pu se méprendre sur le vrai caractère de ces faits (1).
Il importe de préciser les éléments divers de cette querelle, dont l'importance est capitale dans l'administration de Lanfranc • elle a été, en grande partie, l'unique cause des accusations les plus violentes dont les siècles suivants ont chargé sa mémoire.
En 1066, l'abbé de Saint-Augustin, Egelsinus, ne sépara pas sa cause de celle de Stigand; -mais après le couronnement de Guillaume, il abandonna aux Normands tous les biens et toutes les possessions du couvent. Peu rassuré par cette abdication, il réunit tous les trésors du couvent et les emporta en Danemark; on n'entendit plus parler de lui (2). En 1070, quand il fut bien établi qu'Egelsinus avait fui, Guillaume confisqua toutes les possessions extérieures et intérieures du monastère de Saint -Augustin; et il éleva à la dignité d'abbé le Normand Scotland. Le nouvel abbé s'occupa tout d'abord de réparer les ravages matériels de la conquête; les historiens même qui ne lui sont pas favorables reconnaissent qu'il employa son crédit à rentrer en possession des terres et des domaines injustement enlevés (3). Il ne réussit pas toujours; mais il fît oublier par ses services le caractère de son origine. Il était lié d'amitié avec le roi et avec Lanfranc: doux et timoré, prêt à tout accorder à l'amitié, il se trouvait être parfaitement propre au rôle que l'archevêque pouvait être appelé à lui imposer.
Rien ne prouve que l'opposition des moines ait été provoquée par les tentatives d'empiétement de Lanfranc. Sans tenir compte des privilèges particuliers de Saint-Augustin, les occasions de luttes ne pouvaient manquer ; ce n'est pas à coup sûr son excessive puissance qui choqua tout d'abord l'archevêque. La puissance
L M. A. Thierry (vol. 2, livre VII, p. 2b6) fait de l'abbaye de Saint- Augustin l'asile de l'ancienne liberté et le foyer des souvenirs nationaux. La lutte de Lanfranc et des moines n'est qu'un acte de la lutte des deux races. Sans doute le fait de la conquête mérite de ne pas être oublié ; il y a pourtant d'autres éléments de la question que M. A. Thierry n'a pas mis en lumicie.
2. C'est Guillaume de Thorn qui raconte ainsi la fuite d'Egelsinus ([). 1787). On peut l'en croire.
3. Venerabilis abbas Scotlandus licet possessiones et jura temporalia monasterii sibi commissi undique potenter defenderet, utpote amicus régis et principum (G. de Thorn, p. 1790.)
et la richesse de l'abbaye avaient produit, là comme partout, ses ordinaires effets; Lanfranc retrouvait à Saint- Augustin les moines tels qu'il les avait vus peut-être^ un quart de siècle auparavant, en Normandie. Cavaliers intrépides, passionnés pour la chasse, ils entretenaient des meutes de chiens et chassaient au faucon; le jeu des dés, la boisson occupaient leurs loisirs ; leur table était servie avec une délicatesse raffinée ; le luxe de leurs vêtements et le nombre des serviteurs dont ils se faisaient escorter les eussent fait prendre pour de puissants seigneurs, non pour des religieux (1). C'étaient les mœurs communes à tous les couvents d'Angleterre (2).
L'attention de Lanfranc fut tout d'abord attirée par ces scandales : il n'est pas douteux que ce fut là le caractère des premiers rapports de l'archevêque et des moines.
Malmesbury parle d'une façon fort nette de ces essais de réforme morale, en dehors de toute question de suprématie ou de race ; ces éléments intervinrent plus tard seulement, et servirent à dissimuler une résistance difficilement avouable (3). Il est à remarquer que le moine de Thorn date de l'année 1080 seulement (4) ce qu'il appelle la persécution de l'archevêque. Dix années s'écoulèrent donc sur lesquelles il est muet; Malmesbury, et, d'après lui, Henri de Knyghton (5) éclairent pour nous l'histoire de cette période. Il n'était pas dans le caractère de Lanfranc
\. Catium ciirsibus avocari, avium prœdam raptii aliarum voUicrum per inane sequi, spumantis equi tergum premere, tesseras quatere, polibus indulgere, delicatiori victu et accuratiori cultu fragilitatem nescii-e, parcimo- Diam abnuere, et cœtera id genus, ut magis illos consules quàm nionachos pitc frequentiâ famulantium diceres. — Guil. de Malmesb. De Gest. Pont., livre I, éd. 159b, p. 118
2. Monachi Gantuarienses, sicut omnes tune temporis in Anglià, saecularibus haud ab similes .. (G. de Malmesb. Ibid.)
On peut remarquer Terreur de M. A. Thierry qui se sert de ce passage
vol. 2, livre YII, p. 260) pour établir la brutalité et l'immoralité des évêques
normands. Ce texte est contraire à la thèse de l'illustre historien, puisqu'il
est question ici des religieux qui ne sont, à ses yeux, que des patriotes
saxons et des moines sans reproche.