Henri de Knyghton. De Event. Jiigl., p. 2362 et
d'attaquer hardiment les abus ; sa finesse italienne se plaisait aux ménagements; comme la plupart des politiques d'au delà des Alpes, il savait attendre. « Comprenant que l'habitude de ces plaisirs était devenue pour les moines une seconde nature , (1) » il n'essaya pas de changer brusquement leurs mœurs; mais par des avertissements répétés, par des encouragements pleins de bienveillance, il « polissait sur la pierre de la vertu ces âmes brutes » (2), s'attaquant à un vice, puis à un autre. Il appliqua à Saint -Augustin la règle qu'il suivait pour les autres couvents de l'Angleterre : et même en faisant la part de la partialité dans les éloges d'Eadmer (3), il est difficile d'admettre qu'il ait apporté dans ses procédés de réforme une violence à laquelle répugnait son caractère. Mais le couvent de Saint- Augustin était moins disposé que tout autre à subir une réforme ; son importance singulière, en le mettant hors de pair, semblait intéresser la vanité des religieux à ne pas recevoir de bonne grâce une réforme, même religieuse. Il faut ajouter le ressentiment légitime du vaincu. Le moine est peuple, a-t-on dit (4) ; participant aux haines populaires et bien placés pour les manifester sans danger, les religieux de Saint- Augustin ne purent manquer de donner à leur sourde opposition ce caractère : ainsi, peu à peu, les rapports des deux pouvoirs rivaux entrèrent dans une nouvelle phase. Alors, ce ne fut plus seulement le moine indigne, mais le moine saxon que Lanfranc surveilla ; mieux encore, le moine saxon de Saint-Augustin. A ce double titre, l'Auguslinien repoussait en Lanfranc le Normand et l'archevêque. L'opposition changeant de nature, des mesures nouvelles furent nécessaires. La première pâ^iode était close (1070-1080).
Alors commença la lultè : l'agression était venue du couvent. Il avait eu la maladresse de trop laisser paraître sa puissance traditionnelle à un moment où un nouvel ordre de choses faisait bon marché de la tradition. La lutte présenta ce caractère particulier
i. Guil. de Mahnesb., loc. cit. ^
2. « Blandis monitionibus per intervalla tcmporis nunc illa, nunc ista subtrahens, cote virtutum rades exacuebat ad bonum mentes, elimabatque ab iis vitioium rubiginem. (Mahnesb., loc. cit.)