‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 123 sur 175 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Conciles politiques. — Conciles religieux. — Les cinq grands conciles tenus par Lanfranc. — Le célibat des clercs. — La réforme monastique. — L'abbaye de Saint-Albans. — Les livres saints corriges par Lanfranc. — Suprématie effective de Lanfranc sur tous les diocèses do l'Angleterre. — Rétablissement de la discipline et surveillance des mœurs. -— Relations avec rirlande et l'Écossc. — La question de la Présence réelle en Angleterre. — Voyage de Lanfranc au Bec en 1077.

On peut faire deux parts des conciles tenus en Angleterre de 1070 à la fin du régne de Guillaume : les premiers règlent surtout les questions de personnes et d'attributions de dignités ecclésiastiques ; ils n'offrent pas un caractère exclusivement politique; les seconds traitent principalement des questions de croyance, de discipline et de mœurs. Les trois conciles de 1070, tenus à Winchester, à Windsor et à Londres, composent un personnel ecclésiastique nouveau ; l'œuvre n'est pas complète à la fin de 1070, et Lanfranc la poursuivra dans les assemblées suivantes, ou de sa propre autorité en dehors de toute assemblée, jusqu'à la fin du régne ; mais il est remarquable que ce fut la seule préoccupation des membres de ces conciles et de leurs inspirateurs laïques. C'est à peine si au concile de Winchester la querelle de Tévêque de Worcester et de l'archevêque d'York, relative aux limites de leur diocèse, fut appelée ; un procès de ce caractère ne pouvait se juger qu'en temps calme et à une époque où l'Église anglaise aurait retrouvé sa constitution et un chef. C'est la seule fois qu'il est question d'administration dans ces assemblées : la pensée des gens d'Eglise et des hommes d'Etat est ailleurs ; il faut faire un premier choix et trouver des hommes. L'arrivée de Lanfranc ne pouvait subitement changer le caractère de ces assemblées; d'ailleurs il ne fut jamais complètement modifié, et on profita toujours de ces assises du clergé pour consacrer les changements de personnes les plus importants. Mais ce ne fut

qu'une partie de leur œuvre. Les hommes nouveaux n'étaient rien sans régies nouvelles, et la partie dogmatique et disciplinaire dans les futurs conciles voulait être traitée dans un esprit nouveau. Cette œuvre n'était possible qu'après l'établissement de la suprématie du siège du comté de Kent ; tout au moins, cette suprématie en rendait l'accomplissement plus aisé. Il est naturel que Lanfranc ait ajourné ses efforts, et qu'on ne trouve aucune trace de réforme avant le concile de 1072. Cette assemblée qui règle la question capitale de la suprématie, marque la date critique de ces deux périodes de conciles. Avant 1072, la pensée de la réforme ne se manifeste jamais dans ces assemblées; après 1072, surtout depuis 1074, quand les questions préliminaires ont reçu leur solution, elle est toujours présente.

Les premiers essais de la réforme ecclésiastique dont Lanfranc fut l'agent en Angleterre, coïncident donc assez exactement avec la date de l'avènement de Grégoire VII. Il ne faut pas tirer de ce rapprochement une conclusion rigoureuse ; le pontificat d'Alexandre II, s'il eût duré encore quelques années, eût sans doute vu commencer l'œuvre nouvelle (1), et Grégoire VII rendit seulement plus féconde une activité qui n'attendait que le moment de se déployer. Mais c'est aussi et surtout dans l'histoire d'Angleterre qu'il faut chercher les raisons de cette coïncidence : dés le pontificat d'Alexandre II, la nécessité de cette réforme était, pour Lanfranc, un fait établi; le zèle de son successeur servit peut-être tout au plus à rendre le mouvement plus rapide.

En 1074 fut tenu, à Winchester, le premier concile où la question de la réforme fut posée, sans détours et en première ligne ; nous n'avons sur ce concile que des renseignements incertains. L'énumération des articles qu'en donne Labbe (2), montre que les points les plus importants de la discipline ecclésiastique furent touchés ; l'article P"" défend la réunion si fréquente alors sous un même titulaire de deux sièges épiscopaux; l'art. 2 proscrit la simonie; l'art. 15 fait aux clercs une prescription rigoureuse de la chasteté ; d'autres traitent de questions moins importantes, utiles cependant à régler pour l'uniformité de la discipline : la bière et

1. Lire la lettre d'Alexandre II à Guillaume. [Let. 83). Elle est de 1071.

l'eau pure ne doivent pas être employées pour le sacrifice de la messe; défense d'ensevelir dans les églises, etc. L'archevêque d'York, Thomas, assistait à ce concile (1). Bien que les prescriptions de cette assemblée, telles que nous les connaissons, soient moins précises et moins rigoureuses que les prescriptions des assemblées suivantes, celle de Londres, par exemple, elles n'en auraient pas moins dû produire un effet considérable ; et il y a lieu d'être surpris que nous n'en trouvions pas dans les auteurs plus de traces. Dans sa courte histoire des archevêques de Cantorbéry, Gervaise cite le concile de Winchester, comme le premier des cinq auxquels Lanfranc ait présidé et qui aient commencé l'établissement des mesures nouvelles (2). Mais la Chy^onique saxonne, qui a une phrase significative pour le concile de 1075, laisse passer, sans la signaler, l'œuvre de 1074 (3); elle mentionne seulement à cette date la consécration d'un évêque de Dublin, et l'envoi au roi d'Irlande d'une lettre de Lanfranc qui nous a été conservée (4). Il ne faut pas exagérer la portée de cet argument ; caria Chronique est également muette sur le second concile tenu par Lanfranc à Winchester, en 1076, dont il est impossible de contester l'existence . Remarquons toutefois que le texte des articles, indiqué pour les deux conciles de Winchester, en 1074 et en 1076, est, suivant certains manuscrits, identique (5). Peut-être y a-t-il eu parfois confusion entre eux; l'identité du lieu et le rapprochement des dates ne rendent pas cette supposition inadmissible. La confusion n'aurait porté, dans tous les cas, que sur la rédaction des décrets; car il paraît prouvé que Lanfranc tint en Angleterre cinq grands conciles, dont deux à Winchester; et que Winchester eut l'honneur d'être le siège du premier. En énumérant les cinq conciles, Gervaise rappelle, d'après G. de Malmesbury, que l'usage de ces grandes assemblées avait été depuis longtemps abandonné en Angleterre, et que Lanfranc le reprit, pour « arracher les vices anciens et semer des germes de vertu (6) ». Il ne tient aucun compte des assemblées

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