Gervasius. (/M.), p
antérieures à 1074, dont il est question pourtant dans son récit quelques lignes plus haut, tant le caractère lui en paraît différent ; c'est à cette date en effet que s'inaugure en religion un ordre de choses tout nouveau.
Le grand concile où la pensée deLanfranc commença véritablement à se révéler est de 1075. Lanfranc convoqua tous les évéques, tous les abbés et tous les gens de l'Eglise d'Angleterre de quelque renom. Le concile s'ouvrit sous la présidence du primat dans l'église de Saint-Paul de Londres. L'archevêque d'York, Thomas, l'évêque de Londres, Guillaume, Vauquelin, évèque de Winchester, Hermann, évêque de Shireborne, Vulstan, évêque de Worcester, Gauthier, évêque d'Hereford, Grison, évêque de Yells, Rémy, évêque de Lincoln ou de Dorcester, Herfast, évêque d'Helmham ou de Norwick, Osbern, évêque d'Oxford, Pierre, évêque de Lichtfleld, étaient présents. On remarquait aussi l'évêque de Coutances, Geoffroy, dont les nombreuses possessions en Angleterre semblaient faire un personnage anglais (1). L'Eglise de Rochester n'avait pas de titulaire, et l'évêque de Lindisfarne et Durham présenta une excuse canonique pour justifier son absence. On retrouve, parmi les noms des dignitaires, les titulaires des grandes abbayes du royaume, saint Augustin, Abingdon, Glocester, Verulara, Coventry et bien d'autres.
A voir le caractère de quelques-unes des questions préliminaires traitées dans ce concile, on serait porté à croire qu'il fut le premier en date de l'administration de Lanfranc. Celui de Winchester, en 1074, semble non avenu. On ne peut nier qu'il ait eu lieu; mais son importance doit être bien restreinte. G. deMalmesbury, qui a consacré quelques développements à l'assemblée de 1075, la représente comme renouvelant pour la première fois, après une longue interruption, d'antiques usages tombés en désuétude. On commença par traiter des questions de préséance et de hiérarchie : d'après les règlements des conciles , celui de Tolède entre autres, les rangs furent fixés suivant la date de l'ordination ; certains sièges avaient droit pourtant à des privilèges; on consulta les anciens et on recueillit les traditions. Les rangs furent enfin
1. Il figure parmi les signataires avec la désignation : « Unus de Angliae terricprimatibus ». (V. Labbc, X, p. 348.)
fixés : rarchevôque d'York devait occuper la droite du primat, l'évêque de Londres, la gauche. L'évêque de Winchester prit place à la droite de l'archevêque d'York. En cas d'absence du titulaire d'York, les deux places d'honneur à droite et à gauche revenaient aux évêques de Londres et de Winchester. Ces trois sièges retrouvaient, par cette consécration officielle de leurs anciens titres, une situation à part dans l'Eglise du royaume. Pour tous les autres 'évêques, la date de l'ordination seule fixait les rangs (1).
On reconnaîtrait la main de Lanfranc à ce seul signe que les premiers soins des conciles furent accordés à la réforme monastique. La règle de Saint-Benoît est remise en vigueur : une des prescriptions les moins observées, si Ton en juge par le soin avec lequel on la rappelle , devait être le vœu de pauvreté ; il est défendu aux religieux de rien posséder ; celui d'entre eux qui serait mort sans faire la confession de ce qu'il possédait ne devait pas être enterré au cimetière (2). — Il arrivait fréquemment qu'un moine ou un clerc, lorsqu'il avait à se plaindre de son abbé ou de son évêque, changeait d'abbaye ou d'église : c'était un péril pour la discipline ; il fut défendu aux abbés et aux évêques de recevoir un nouveau venu sans lettres de présentation ou de recommandation. Toutefois, on est frappé de voir que les articles relatifs à la vie monastique ne tiennent pas dans ce concile la place qui semblerait devoir leur être attribuée. La raison en est simple : il suffisait de rappeler la règle et de la faire observer. Ce n'était donc pas affaire de décrets nouveaux, mais de surveillance et de fermeté dans l'application quotidienne des préceptes anciens : les lettres de Lanfranc nous le montreront tout entier à ces soins. Lanfranc nous apprend lui-même ce qu'il faut entendre par l'application de la règle : dans la préface des Décréta 2iro ordineS. Benedicti, il distingue les prescriptions nécessaires, sans lesquelles le moine ne saurait atteindre à la perfection monastique, et les prescriptions que l'usage autorise ou modifie suivant les lieux. Au nombre des premières, il compte : « la foi, le mépris du monde, la charité, la chasteté, l'humilité, la patience, l'obéissance, le re-
1. V. G. de Malmesb. De Gest. Pont, Uv. L — Labbe, X, p. 347 etseq. ' 2. [Ibld.)
pentir et l'humble confession de ses fautes, les fréquentes prières, le silence prescrit (1). » Les autres varient suivant les volontés de l'abbé. — Les Décréta sont d'ailleurs le document le plus important pour la connaissance de la vie monastique telle que Lanfranc la rétablit en Angleterre. Écrits spécialement pour l'Angleterre, adressés au prieur Henri, à l'adresse des moines de l'Eglise de Cantorbéry, ils nous offrent le tableau complet des réformes qui atteignirent le cloître. Ils servirent de modèle aux constitutions analogues du même temps ; peut-être même, furent-ils acceptés sans modification par la plupart des abbés ; Lanfranc laissait pourtant à l'abbé le droit de modifier, suivant les lieux et les circonstances, les dispositions accessoires (2.).
La simonie fut aussi l'objet des préoccupations de l'assemblée de 1075. C'est même le seul trait vraiment romain et grégorien qu'elle présente. Il fut défendu d'acheter ou de vendre les ordres sacrés ou les offices ecclésiastiques. La lecture de ces courtes dispositions, dont nous avons à peine le sommaire, repose l'esprit par l'idée de l'ordre qu'elles nous révèlent : il fut établi jusque dans les moindres choses, et la même discipline qui avait fixé les rangs dans le concile soumit à l'autorité hiérarchique, pour le régler, le droit de discussion lui-même. Sans doute le souvenir des discussions où le désir de briller et l'impatience de se produire n'avaient engendré que confusion, était présent à tous les esprits; on rendit aux conciles leur vrai caractère et leur autorité, en dirigeant la discussion et en contenant les vanités impuissantes. A l'exception des évêques et des abbés, nul ne put prendre la parole sans la permission de son métropolitain (3).
C'est donc véritablement au concile de 1075, et non à la première assemblée de Winchester en 1070, qu'il faut rapporter l'origine de la réforme monastique et le rétablissement de la discipline dans les deux ordres du clergé (4). Les contemporains ne se méprirent pas sur son vrai caractère, et les décrets en furent répandus