Let
précédent, le moine avait pris mainte liberté qu'il importait de réprimer : quand la régie lui semblait trop dure dans un couvent, il en sortait, errait souvent de monastère en monastère, ou faisait élection de domicile au gré de sa fantaisie. Lanfranc rappelle sévèrement à l'observance de ses devoirs un abbé trop facile, qui a laissé vagabonder un de ses moines. Lanfranc fait arrêter le moine errant, le renvoie dans son couvent : « On voit quel pasteur vous êtes, écrit-il à l'abbé, et avec quelle sollicitude vous savez gouverner les âmes confiées à vos soins (1)... » Le moine était lié à son couvent : il ne le quittait que pour un motif grave (2) et avec l'agrément de l'abbé : une lettre de Lanfranc adressée à l'abbé Guillaume sollicite pour le moine Renaud la faveur de changer pendant un an le séjour de son couvent contre celui de Glocester. L'homme qui franchissait le seuil du cloître, revêtait la robe du moine et se montrait pendant quelques jours sous ce costume, cessait de s'appartenir; le retour vers la vie du siècle lui était fermé. Aux yeux de Lanfranc, héritier des traditions, la violence était préférable au scandale d'une renonciation ; contre ce moine de quelques jours, déjà pris du regret du monde, on peut user de violence : tout moyen est bon pour le retenir : « Comjpelle i7itrare{3). » On remarque la même sévérité appliquée aux femmes dans une lettre à l'évêque Geoffroy ; rien ne peut relever de son vœu celle qui a fait profession d'observer la régie ; les oblates ellesmêmes sont enchaînées par le vœu de leurs parents : vioneanhir, increpentur, constringantur (4).
Dans une seule circonstance Lanfranc se départit de sa rigueur ordinaire. Il fît œuvre de sage politique en se montrant humain. Dans les premiers temps de la conquête, un grand nombre de femmes et déjeunes filles saxonnes (5) s'étaient réfugiées dans les couvents pour sauver leur honneur. Elles y avaient pris le voile, et s'étaient soumises à la vie commune. Quand le calme fut rétabli, la plupart furent prises de regret pour ce monde qu'elles avaient abandonné par contrainte, et la question fut traitée devant