A. Sacra, II, p. 82 et
C'est à Lanfranc que s'adressaient, comme à leur guide, toutes les Eglises d'Angleterre. Il ne s'agit pas toujours de fixer le dogme : souvent, les évêques suffragants le consultent sur une question morale; on peut citer la lettre de Thomas d'York sur l'inconduite de certains maris (1), pleine de révélations curieuses sur les mœurs du temps et les rapports de Lanfranc avec l'Irlande et avec l'Ecosse. Lanfranc entreprit de bonne heure cette propagande morale en dehors môme des limites de l'Angleterre : lorsque l'évoque Patrik reprit le chemin de l'Irlande, il fut sans doute porteur de la lettre adressée au roi Gothrik, dont nous avons le texte (2). Les prescriptions de Lanfranc sont relatives aux mariages : souvent, les maris abandonnaient, puis reprenaient leur femme, faisaient même entre eux de honteux échanges, épousaient une sœur ou une parente de leur femme morte ; la passion et le caprice dominaient. A deux reprises différentes, Lanfranc intervient; il écrit au roi Gothrik, au roi Terdelvak (3), pour les rappeler à l'observation des préceptes évangéliques. Le désordre était au même degré en Ecosse ; la barbarie y apparaît même plus complète ; souvent, le mari, après avoir chassé sa femme, la vendait comme esclave (4) : au début même de son pontificat, Grégoire VII signalait à Lanfranc ces actes odieux et l'invitait à sévir contre les coupables, qu'ils fussent Anglais ou Écossais, pour arracher jusqu'à la racine du mal. Ce fut sans doute l'origine des rapports de Lanfranc et de la reine Marguerite : la seule lettre qui en conserve le souvenir (5) fait allusion à trois moines envoyés par Lanfranc prés de la reine, destinés sans doute à diriger les efforts pieux de Marguerite et à éclairer son zèle. Dans le nord de l'Angleterre, les mœurs se ressentaient du voisinage de l'Ecosse, et Thomas d'York consulte Lanfranc sur la sévérité qu'il convient d'appliquer à de semblables fautes (6). Lanfranc ne sépare jamais dans ses instructions la réforme morale du rétablissement de la discipline ecclésiastique qui en est le soutien : dans ses lettres aux rois d'Irlande, il recom-
i. Eiiist., 10.