Seldcn's Spicileg., p
gouvernement , les révoltes multipliées et les longues absences de Guillaume pendant la période qui suivit la mort d'Alexandre (l), en furent les seules causes. Mais s'il ne refusait pas le tribut, Guillaume n'en admettait pas le principe avec toutes les conséquences que la politique romaine pouvait en tirer. Pour lui, le denier était un don volontaire (eleemosyna), et non une reconnaissance de soumission. Dans la pensée de Grégoire, le tribut impliquait l'idée de dépendance réelle. C'est dans cet esprit que le légat Hubert fut chargé de présenter les réclamations pontificales. Au moment où, malgré les embarras de sa lutte avec l'Allemagne, l'ambition de Grégoire VII semblait croître avec ses périls, il réclamait de Guillaume l'obéissance due par les princes de la terre au vicaire de Jésus-Christ, leur souverain spirituel el temporel à la fois. Guillaume dégagea les deux questions (2), et tint au pape un langage dont la fermeté respectueuse suffit à contenir jusqu'à la tin de son régne les excès des prétentions pontificales. Il s'excusa du retard apporté au paiement du denier, justifia ce retard par son absence, promit de remettre l'arriéré au légat Hubert, et de faire envoyer le reste, quand le moment serait venu, par des messagers de Lanfranc. Quant aux prétentions du pape à la tutelle de l'Angleterre, il les écarta d'un mot : « Je n'ai jamais voulu faire acte de soumission, et je ne le veux pas ; je ne l'ai jamais promis et je sais que mes prédécesseurs n'ont jamais fait leur soumission aux tiens (3). » La fin de la lettre est également ferme et digne : « Priez pour nous et pour notre royaume ; car nous avons aimé vos prédécesseurs; et notre désir est de vous aimer sincèrement, plus que tous les autres, et de vous écouter avec obéissance. »
Avant de recevoir la lettre même de Guillaume, Grégoire avait été informé par son légat de l'invincible résistance que lui opposait le Conquérant. Il ne put dissimuler son dépit; on ne saurait guère trouver d'autre raison à l'irritation mal déguisée dont sa lettre à Lanfranc, en date du mois de mars 1079, porte témoi-
1. Tribus ferè annis, in Galiiis me agente, negligenter collecta est. Lettre de Guil. à Grég. VII. '