Ibid
n'en resta pas moins fidèle à Grégoire VII ; mais le pape intercéda vainement aussi en faveur de l'évèque Eudes, frère du roi, incarcéré par ordre du Conquérant (1). Lanfranc et Grégoire VII se trouvèrent sur ce point en désaccord absolu : l'archevêque avait conseillé la mesure que le pape désavouait.
Aussi faut-il réduire singulièrement la part faite à l'influence du pape sur Lanfranc ; il est aisé de la déterminer exactement. Lanfranc est l'homme du pape, pour tout ce qui regarde les choses de la religion dégagée de tout rapport avec la politique ; il se soumet à l'autorité apostolique, en reçoit le mot d'ordre pour les réformes, et rapporte à Rome, comme à son principe, tout ce qui intéresse la foi, les mœurs, les rites, la hiérarchie. A cela se limite son obéissance : pour le reste, il est l'homme du roi, et du roi seul. Est-ce netteté d'esprit et prudence à ne pas confondre ce double domaine du spirituel et du temporel ? ou, comme le lui reprochait Grégoire VII, « crainte superstitieuse » de cet homme à qui tout cédait? Dans ce dernier reproche, il y a plus de dépit que de justice; Lanfranc était l'auxiliaire du roi; se laissa-t-il aveuglément dominer par lui? Il l'éclaira et le dirigea souvent. Il est plus vrai de dire qu'ils marchèrent dans la même voie, se prêtant le mutuel appui de leur puissance et de leurs conseils.
Nous avons étudié plus haut, sous un de ses aspects, la politique de Guillaume vis-à-vis de son clergé. De nos jours, on se représente d'une façon nécessairement incomplète ce que devaient être alors les rapports du clergé et d'un chef d'Etat. De toutes les questions qui se posaient autrefois, il en reste une seule à laquelle les gouvernements ne peuvent se soustraire : la nécessité de fixer les limites des deux pouvoirs et leurs rapports. Quant à la discipline, aux mœurs, à la croyance, l'Etat les admet tels qu'ils sont réglés par le pouvoir compétent, sans la préoccupation de réagir sur eux et de les transformer. Dans les siècles de foi, au contraire, le chef de l'Etat, qui est en même temps un croyant, qui subit, comme pénitent, les arrêts de l'Eglise, ne peut rester indifférent à l'état moral du clergé. De là naissait un ensemble de rapports peu à peu disparus ; de là, pour les princes, des conditions de gouvernement que nous ne connaissons plus. Dans certains cas, le prince se présente