‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 159 sur 175 · Giég. Lettres, XI · texte numérisé non relu

Giég. Lettres, XI

à nous comme une sorte d'évêque laïque, convoquant les conciles avec l'assentiment du pape, y prenant part et les inspirant. S'il y a, de nos jours encore, un ensemble de rapports entre l'Eglise et l'État, il n'y a plus, à vrai dire, de politique religieuse dans le sens moral du mot. Il faut donc faire deux parts dans le rôle de Guillaume ; nous avons vu la première , en montrant son zèle pour la réforme religieuse et son action dans les conciles : là, il marche à la suite de Lanfranc ; il nous reste à étudier les rapports administratifs : ici, il ne subit aucune influence et Lanfranc obéit.

La préoccupation constante de Guillaume fut de constituer un clergé soumis absolument à son autorité. Ce n'est pas seulement en Angleterre qu'il crut à la nécessité de cette soumission; l'obéissance de la part des gens d'Eglise n'était pas, à ses yeux, un moyen de gouvernement nécessité par la conquête : il l'exigea en Normandie comme en Angleterre, et il y avait en cela sagesse autant que despotisme. Le langage d'Eadmer est, à ce sujet, d'une précision significative : « Scientibus cunctis, unde, qui, ad quid assimiptï faerint (1). » Cette volonté de ne pas laisser l'autorité flottante surprit le clergé saxon, qui, de mémoire d'homme, n'avait pas connu un pouvoir fort. Il est naturel qu'il ait vu les effets de la haine du vainqueur dans un système si nouveau pour lui. Le clergé saxon n'avait pas encore été éliminé quand Guillaume fit à l'Angleterre la première application de ses principes : c'est en effet en 1070 que fut prise la grande mesure d'inféodation des biens ecclésiastiques : « Les évèchés même et les abbayes, qui tenaient des baronnies, et qui jusque-là n'avaient subi aucune prestation séculière, furent grevés par Guillaume du service militaire. De' sa seule volonté, il enrôla chaque évêché, chaque abbaye avec le nombre de soldats qui devaient être fournis en temps de guerre, à lui et à ses successeurs. Ces actes d'enrôlement, ces témoignages de la servitude ecclésiastique furent déposés au trésor royal (2). » Il n'entre pas dans notre sujet d'étudier dans ses causes et dans ses

1. Episcopos, abbates et alios principes per totam terram instituit, de quibus indigniim judicaretur, si per omnia suis legibus, postpositâ onini aliâ consideratione, non obedirent, et si ullus eorum, pro quàvis terreni honoris potentiâ, caput contra eum levare auderet : scientibus cunctis... Eadmer, p. 6.

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