Lettre Vi
plus haut des cieux : par sa miséricorde, votre royaume est purgé de cette ordure des Bretons... Le bruit des armes a cessé en Angleterre » (1). On a conservé trois lettres de Lanfranc à Roger de Hereford (2) ; les deux premières n'offrent qu'un médiocre intérêt : elles témoignent de la sollicitude de l'archevêque pour le fils de son ancien ami, Guillaume, fils d'Osbern, et des craintes que paraît lui inspirer son caractère aventureux. La troisième a été écrite après la révolte, mais avant la condamnation : Roger avait fait demander à Lanfranc de lever l'excommunication portée contre lui. Lanfranc nous apprend par sa réponse que l'excommunication avait été prononcée par l'ordre du roi, et qu'il ne pouvait la lever que si Roger fléchissait sa colère (3). Roger avait parlé de son projet de se rendre auprès de Lanfranc, celui-ci l'en détourne : « Je craindrais, dit-il, de m'exposer par là à la colère du roi » (4). C'était pourtant le moment de sa plus grande puissance : le roi était encore en Normandie (5).
On voit ce qu'étaient, sous un prince aussi absolu que Guillaume, la liberté d'action et l'influence de l'homme qui passait pour jouir du plus grand crédit. Dans le drame sanglant qui fut comme le dénoûment de cette crise insurrectionnelle, la mort de Waltheof, l'intercession de Lanfranc ne profita qu'à la mémoire de la victime. Waltheof, abandonné par ceux qui l'avaient entraîné dans leur révolte, par Raoul de Gaël, qui s'était enfui en Danemark, alla trouver Lanfranc, lui fit l'aveu de ses fautes, et se soumit à une pénitence imposée par le prélat (6). On ne sait quelle fut l'attitude de Lanfranc pendant le jugement; elle fut certainement favorable à l'accusé, car après l'exécution il ne craignit pas de défendre sa mémoire ; et le parti saxon, qui voulut faire de Waltheof un mar-