Ibid
sonne n'osa lever la main sur un homme que protégeaient à lafoi:s le prestige de sa longue puissance et son caractère sacré. Le roi fut obligé de donner l'exemple; il saisit lui-même l'évoque et le fit enfermer dans la citadelle de Rouen, où il resta jusqu'à la fin du régne. Malgré ses raisons de craindre, Guillaume avait hésité à sévir ; au moment de faire arrêter son frère, des scrupules l'assaillirent : il craignait de faire arrêter un homme d'Église, un évéque. Ce fut Lanfranc lui-même qui rassura sa conscience et l'engagea à se montrer sans pitié. Lanfranc avait eu à se plaindre du comte de Kent, et le souvenir des revendications des biens de son Eglise ne fut pas sans influence sur le caractère de ses avis. C'est lui qui donna à Guillaume le conseil de se montrer rigoureux : « Que ne le mettez-vous en prison ? » Et comme le roi objectait que c'était un homme d'Eglise : « Ce n'est pas l'évêque de Bayeux que vous ferez enfermer, mais le comte de Kent » (1). 0. Vital ne rapporte pas ce propos, mais on trouve dans son récit la trace de cette même influence ; il prête en effet à Guillaume, au moment où il saisit son frère, les paroles mêmes de Lanfranc : « Je suis clerc et ministre de Dieu, s'écriait Eudes; nul n'a le droit de condamner un évêque sans un jugement du pape. » — « Ce n'est ni au clerc ni à l'évêque, dit le roi avec beaucoup de sens, que je fais un procès : c'est à mon comte... » (2).
On peut conclure de cet exemple que Lanfranc était mêlé directement ou par une influence cachée à la plupart des événements politiques du royaume. Depuis son arrivée en Angleterre, sa vie était partagée entre les devoirs de l'administration et de la réforme de son Eglise et les graves soucis de la politique. On trouve dans ses lettres les traces des préoccupations qui durent agiter son âme; sa quatrième lettre à l'archevêque Jean, postérieure aux grands troubles de l'année 1074, fut écrite dans une heure de fatigue, de découragement et de doute. Il parle de la condition misérable de sa vie, exposée aux haines, aux jugements iniques : « Je vois, dit-il, tant de malheurs dans l'avenir au prix des malheurs présents, que j'ai bien rarement la liberté de dicter ou d'écrire » (3). Il se dit