M. Paris. Grande Chron., I
2. Providus rex ait : <« Ego non clericum nec antistitem damno, sed conitem meum. 0. Vital, VII, 8.
3 Lettre IG,
placé par un jugement de Dieu dans un poste d'épreuve ; il paraît même faire allusion à la difficulté de sa double tâche, spirituelle et temporelle : « Tarn ex irropriis quam ex alienis negotiis. » Ailleurs, il confie à l'abbé Réginald, de Poitiers, les inquiétudes de sa vie (1).
Tant que Guillaume vécut, Lanfranc eut confiance, pour maintenir l'édifice nouveau, dans la puissance et la sagesse de l'homme qui l'avait élevé; mais il se prit plus d'une fois à songer aux maux qui attendaient le royaume sous un nouveau prince. Déjà les révoltes des fils de Guillaume avaient fait présager les sanglantes funérailles réservées au maître de ces puissants Etats. Aussi la mort inattendue de Guillaume fut-elle pour l'archevêque de Cantorbéry un terrible coup : il perdait l'ami dont il avait parfois tempéré la rudesse par la grâce de son esprit, l'ami redouté peut-être, mais nécessaire, dont il subit l'influence dans la plupart des circonstances décisives, dont il dirigea souvent l'action dans l'ordre des choses purement ecclésiastiques. Ce fut pour Lanfranc un deuil véritable. Quand on lui annonça la fatale nouvelle, il s'évanouit; et Eadmer, qui était auprès de lui, raconte qu'on craignit un plus grand malheur (2).
Guillaume était mort au comble de la puissance, mais rempli des pressentiments du désordre que le bruit de sa mort allait déchaîner. Il avait réglé sa succession ; mais craignant qu'une révolte soudaine des vaincus n'accueillît la nouvelle de leur délivrance, il écrivit à Lanfranc pour lui recommander son successeur et lui confier le soin de le couronner, d'établir son pouvoir. La lettre fut remise à Guillaume le Roux (3) et portée à Lanfranc par Robert Blouet dans la suite évêque de Lincoln. Ainsi , entre les deux régnes, Lanfranc restait , par la volonté du roi défunt, comme le dépositaire de l'autorité, le plus sûr garant de l'ordre et le véritable héritier de ses pensées de gouvernement. Lanfranc ne s'était pas trompé : en perdant Guillaume^ il perdait celui qui avait fait
sa force. L'autorité qu'il conserve sous le nouveau roi est une auto- »