G. Vital, VIL IG
rite d'emprunt et comme une délégation du Conquérant. Malgré l'importance du rôle qu'il va jouer au début du régne suivant , sa grande époque est terminée.
A son lit de mort le Conquérant avait béni son fils Guillaume, et lui avait assigné pour lot l'Angleterre (1). Plus que son frère Robert, Guillaume était resté fidèle au roi (2) ; ce n'est pourtant pas sans défiance que le mourant avait décidé par son choix des destinées de l'Angleterre : « Je n'ose remettre ce royaume à personne ; je le remets à Dieu seul (3). » Sa dernière lettre fut pour le primat. Afin de prévenir le trouble qui suivrait inévitablement la nouvelle de sa mort, il fit partir son fils pour l'Angleterre (4) ; quand le prince arriva à Wissant, le vieux roi était mort : Guillaume n'en continua pas moins son voyage; il se rendit aussitôt auprès de Tarchevêque. Il était reconnu que sa protection était indispensable pour le succès : chef religieux, et, par intervalle, chef politique du royaume, il disposait de la double puissance : seul il pouvait faire un roi d'Angleterre (5). Guillaume pouvait d'autant plus compter sur le dévouement du primat , qu'il avait été en partie élevé par lui et armé chevalier de ses mains du vivant même de son père. Vital et Florent de Worcester ne disent rien des sentiments de Lanfranc vis-à-vis de son royal protégé ; il semble qu'il lui ait accordé sans hésiter le secours de son ministère et de son crédit. Eadmer laisse deviner au contraire quelque hésitation de la part de Lanfranc. Malgré les dernières volontés du Conquérant, Lanfranc redoutait-il pour le nouveau royaume les excès d'un prince dont la cupidité n'était compensée par aucun talent et qui n'avait hérité de son père que sa passion de l'or et ses terribles colères ? On peut le croire ; car, d'après Eadmer, Lanfranc mit peu d'empressement à couronner Guillaume; et ce prince comprenant que son retard pouvait lui être fatal (6) ne négligea rien pour décider l'arche-