Vital, VIII
des Anglais, tu l'aimerais, ce roi, n'était ta folie et ta perversité (1)». On vit mieux, après sa mort, tout ce que la rigueur des moyens cachait de sagesse dans le gouvernement, d'amour de l'ordre public. Le règne de son fils servit encore à rehausser la gloire du sien; et on apprit à distinguer le despotisme d'un fondateur d'empire des fureurs d'un tyran cupide et débauché. Guillaume le Conquérant avait protégé l'Eglise; il l'avait aimée. Son fils la mit au pillage; la superstition seule marqua pendant quelque temps un terme à ses violences. Il semble que Lanfranc ait été jusqu'à sa mort un embarras pour le nouveau roi : il le gêna plutôt qu'il ne le contint; déjà avant la mort de l'archevêque, Guillaume avait porté la main sur les libertés et les richesses des Eglises. Lanfranc essaya de timides remontrances (2) : elles furent reçues avec colère : « Eh ! quel est l'homme qui peut tenir toutes ses promesses (3). »
De ce jour le crédit de Lanfranc déclina : Guillaume vit en lui un censeur de sa conduite ; la présence de l'homme qui avait suivi dans tout son développement la politique de son père lui imposait quelque contrainte; quoiqu'il en eût, il ne se sentait pas libre (4), et la mort débarrassa le roi d'une surveillance importune, l'archevêque d'un spectacle plein de tristesse, la ruine de vingt ans d'efforts.
Lanfranc mourut dans la troisième année du règne de Guillaume le Roux, le 28 mai 1089. Il avait, dit-on, demandé à Dieu d'être enlevé par une de ces maladies rapides qui laissent intactes jusqu'au dernier moment les facultés de l'esprit et qui permettent au mourant d'exprimer encore ses volontés (5). Une fièvre violente l'emporta. On l'ensevelit au pied du crucifix dans l'église de la Trinité qu'il avait construite (6).
L'obituaire des archevêques de Cantorbéry fait à Lanfranc une