P. Damien. Lettres, liv. VIII, ép. 7, "8, 9 et seq
il est probable que la jurisprudence ne faisait pas partie de l'enseignement de Lanfranc. On trouve bien çà et là cet éloge, qu'il était « juris civilis... huraani atque divini juris i^eritus. » Mais il se rapporte sans doute plutôt à l'époque où il avait à diriger un grand diocèse , et à régler des affaires importantes, relatives à l'administration, à la hiérarchie, à la politique.
La meilleure preuve que l'on puisse donner de l'éclat de cet enseignement, et de la solidité des études dirigées par Lanfranc, c'est que ce succès se continua très longtemps encore. Il s'établit pendant quelques années, grâce à l'exemple et à la réputation de Lanfranc, comme un courant de Tltalie vers la Normandie. Un peu avant 1048, Anastase quitta Venise, sa patrie, et se retira au mont Saint-Michel, changeant par amour de la science, le ciel de l'Italie pour les brumes et les tempêtes du monastère bien nommé : « In 'periculo maris. » Peu de temps après, il se réfugia à Tombelaine, où il vécut en ermite pendant plus de vingt ans. Il fut, malgré la distance, l'un des clercs les plus assidus de l'École d'Avranches (I). Plus tard, digne émule de Lanfranc, il écrivit une réfutation de la doctrine de Bérenger.
Dix ans après, vers 1058, un autre Italien, Anselme, renonçant à l'espoir d'une vie brillante, quittait aussi sa patrie, traversait la Bourgogne et venait s'établir à Avranches. Depuis longtemps déjà Lanfranc n'y était plus ; mais ses traditions s'y étaient conservées, etl'évêque Hugues, qui l'avait autrefois accueilli, gouvernait toujours le diocèse. Anselme ne devait quitter Avranches que pour rejoindre au Bec son compatriote, à ce moment encore plus illustre qu'il ne l'était lui-même. « Anselme ne séjourna que peu « de temps à A\Tanches ; puis il se retira au monastère du Bec ; il y « était attiré par la réputation de science de Lanfranc qui avait « alors un grand nombre d'élèves (2). »
Nous ne pouvons citer tous les Italiens qui firent alors de la Normandie leur patrie d'adoption. Il suffit de rappeler les chefs, pour bien établir les rapports qui unissaient les deux pays. Un Italien devint quelque temps après évêque d'Avranches : il se nommait Michel, et vers 1061 il succéda au célèbre Jean, devenu arche-