CHAPITRE
Hcriuin fonde le couvent du Bec. — Arrivée do Lanfranc. — Sa vie claustrale. — Il est nommé prieur. — Les écoles dans les couvents de l'ordre de Saint-Benoit. — Double enseignement donné par les moines : l'école claustrale et l'école canonique, ou cléricale. — Éducation des enfants dans le cloître. — Variété de l'enseignement : les arts libéraux. — La théologie et les < Commentaires » sur les Épîtres de saint Paul : Caractère de cet ouvrage. — Enseignement du droit au Bec. — Le professorat de Lanfranc : ses mérites, ses résultats. — Afiîuence des étudiants de toute nation au couvent du Bec. — Les principaux élèves de Lanfranc. — La bibliothèque et les manuscrits : correction des textes.
C'était le temps où, par une effervescence de piété toute nouvelle, la France entière se couvrait de monastères, d'églises, de monuments religieux. La Normandie ne fut pas en retard sur les autres provinces. « Alors, dit un moine contemporain, la Normandie goûtait les douceurs de la paix la plus complète; et tous les nobles, à l'envi, élevaient, sur leurs domaines^ églises et couvents (1). » La liste qu'il en donne tient deux chapitres de son histoire. Après le duc Guillaume, en faveur duquel le chroniqueur rajeunit le titre classique de Pater patriœ, il énumére la plupart des hauts personnages de la Normandie à cette époque : Guillaume, fils d'Osbern, et Roger de Beaumont, qui fondent l'un et l'autre un couvent d'hommes et un couvent de femmes; Roger de Montgommeri, Lesceline, comtesse d'Eu, son fils Robert, Roger de Mortemer, Robert de Mortaigne, Hugues, depuis comte de Leicester, Robert de Grentemaisnil ; il y eut assaut de piété ; chacun voulait attacher son nom à une fondation pieuse (2). Ce n'est pas seulement parmi les riches et puissants seigneurs qu'il faut chercher les bienfaiteurs de l'Eglise. Le mouvement qui entraînait alors les âmes vers Dieu était si puissant, que les plus obscurs comme les