Chronic. Becc. , i
2. Beccus dicitur, veterum Gallorum seu Danorum îinguâ, aquœ cursus in aUum fluvium intrans. Papirius Masson. {Dcscriplio /luminum Gcdliic 1618, cité par Charma.)
surprise. C'est de l' admiration pieuse ; Herluin ne fut jamais qu'un clerc fort médiocre.
Ce n'était pas d'ailleurs une charge sans périls et sans fatigues que celle de l'abbé. Il fallait assouplir et façonner ces natures grossières pleines de foi, et par élan capables de grandes choses, mais souvent excessives en tout, dans la brutalité comme dans la pénitence et rebelles au joug. Herluin nous permet de juger ce qu'étaient la plupart de ces hommes parmi lesquels se recrutait le personnel des couvents : assemblage bizarre de croyances naïves et de superstitions, de docilité enfantine et de grossièreté, de licence et de dévotion. Lors de sa conversion, au moment critique où l'homme, sachant ce qu'il quitte et incertain de ce qui l'attend, jette un dernier regard sur le monde auquel il renonce, Herluin visita plusieurs couvents : il se rendit dans un des plus célèbres et il y assista à une procession solennelle le jour de Noël. Le spectacle offert à ses yeux le frappa de surprise : moines et laïques riaient ensemble avec une familiarité choquante ; ceux qui portaient de riches vêtements s'en montraient tout fiers et les faisaient admirer à tout venant ; à l'entrée du couvent, ce fut un tumulte sans nom, un vrai combat pour savoir qui passerait le premier : un moine trop pressé par un voisin impatient lui lança un coup de poing et l'envoya rouler, les dents sur la terre. Telle était la procession pour une fête solennelle. A cette vue, Herluin fut ébranlé dans ses résolutions : il n'avait vu qu'un côté de la vie monastique de son temps. La nuit suivante, après l'office de matines, tous les moines étant rentrés dans leurs cellules, il resta caché dans un coin de l'oratoire pour prier. C'était longtemps avant l'aube. Bientôt parut un moine qui ne l'avait pas aperçu et qui se mit en prières ; et là, tantôt à genoux, tantôt couché de tout son long sur la dalle, il resta, méditant et pleurant jusqu'au jour. Tel était le double aspect de la vie nouvelle qui allait s'ouvrir devant Herluin.
Ce n'était pas Herluin qui pouvait discipliner, dominer, instruire toutes ces natures. Tel que le représente son panégyriste luimême, il n'avait qu'une partie des talents nécessaires pour la direction d'un couvent. Illettré, presque complètement étranger aux choses de la vie monastique, il devait avoir par instant de terribles scrupules, en relisant les devoirs que la règle de saint Benoît impose à l'abbé : « Ordinatus abbas cogitet semper quale onus sus-
cepit et cui redditurus est rationem villicationissua3. » Et ailleurs : « Sciât quia qui suscipit animas regendas, paret se ad reddendani rationem. Quantum sub cura sua se habere scierit numerum, agnoscat pro certo quia in die judicii ipsarum omnium animarum redditurus est Domino rationem » (1).
D'ailleurs des occupations multiples l'absorbaient. Les discussions d'intérêt n'étaient pas rares avec les séculiers voisins du couvent (2). Il fallait qu'Herluin réglât toutes ces questions. Il y avait aussi des constructions, des défrichements à faire : le couvent 1) 'était pas riche; la vie matérielle n'était pas toujours assurée. Ce n'était pas tout que de cultiver la terre et de réciter les offices : la régie de saint Benoît demandait davantage : « Après le repas, les mornes doivent lire ou chanterd es psaumes; pendant le Carême, tous doivent prendre des manuscrits à la bibliothèque, et les lire en entier, à tour de rôle... Le dimanche, tous doivent faire deslectures » (3).
Comment organiser et diriger de pareils travaux? Herluin se croyait ou se sentait inférieur à sa tâche. Aussi demandait -il à Dieu de lui envoyer un prieur capable de le seconder : comme il le disait plus tard à Lanfranc : « Que de fois je m'adressai à Dieu en gémissant; que de fois, en versant d'abondantes larmes je suppliai sa divine miséricorde de m'envoyer un homme, dont les sages conseils pussent m'aider à réformer ce lieu et à faire pour l'institut des moines toutes les volontés de Dieu ! » Il était dans ces dispositions lorsque Lanfranc se présenta à la porte du Bec.
Herluin était occupé à la construction d'un four, et il y travaillait de ses propres mains, quand il vit paraître un étranger; à sa mise ou à l'accent de ses premières paroles il reconnut sans doute un Italien : « Vous êtes Lombard ?» — Oui. — Que voulez-vous ? — Me faire moine » (4). L'abbé se fit apporter le livre de la règle. Lanfranc la lut et déclara qu'il était prêt à servir Dieu. Herluin ayant appris d'où il venait, qui il était, lui accorda la faveur qu'il réclamait, et Lanfranc, se jetant aux pieds de celui qui était dé-