ï'it. Lanf , ch. I
sorraais son ab?jé, prit le froc du moine (1). Avec Lanfranc, l'illustration entrait dans le nouveau monastère; Herluin remercia Dieu d'avoir exaucé sa prière.
Quelle que fût Tardeur de sa foi et la sincérité de sa conversion, ce dut être pour Lanfranc une pénible épreuve de se plier à la règle. Il fallait renoncer entièrement à soi-même, « 'pro Deo se ahdicare sihi, » oublier qu'il avait été un docteur écouté, descendre au dernier degré de l'humilité. Il en sortit victorieux. Dès les premiers jours une pieuse lutte s'engagea entre Lanfranc et l'abbé. Herluin ne pouvait voir sans admiration un homme dont la renommée avait rempli la Normandie, et que la règle faisait son inférieur. Lanfranc à son tour était pénétré de respect vis-à-vis d'un homme d'armes capable de renoncer, déjà mûr, à une brillante existence, et devenu par la vivacité de sa foi et son opiniâtreté au travail un sujet d'édification. Il y eut entre eux comme un partage d'attributions : l'un fut tout entier à la vie active, l'autre se voua sans réserve à la vie de contemplation.
Pendant trois ans Lanfranc vécut dans le silence de la retraite, mettant sa joie à être ignoré, priant peut-être plus encore qu'il ne lisait, se rappelant le vœu de la forêt et sa douleur quand il n'avait pas trouvé dans sa mémoire une seule formule de prière. Il s'appliqua surtout à anéantir sa volonté en la pliant à l'obéissance absolue : la règle disait : « Ne proprii quidem corporis potestatem se habiturum sciât. — Ambuletur alieno judicio et imperio » (2). C'était peu de se soumettre à cette obéissance en quelque sorte matérielle : il plia même son intelligence : il humilia son savoir devant des ignorants. Milon Crispin raconte une histoire curieuse : un jour, pendant le repas, il faisait une lecture : il prononça le mot docere, docêre. Le prieur qui était illettré l'arrêta et lui dit qu'il fallait prononcer docere. Lanfranc reprit et fit brève la syllabe longue, jugeant, dit Crispin, qu'il valait mieux sacrifier la prosodie que de manquer au vœu d'obéissance. Nous le voyons s'occupant des soins les plus matériels : un séculier ayant fait don à l'abbaye du
1. C'est par erreur que dans son Hist. des Ducs de Normandie, p. 225, M, Labutte laisse entendre que Lanfranc éiaÀi prêtre, quand il se présenta au Bec. Le fait n'est signalé nulle paît, et son ordination est postérieure à son entrée en religion.