‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 26 sur 175 · Régula, ch. LVIU et V · texte numérisé non relu

Régula, ch. LVIU et V

Bec d'une terre, Lanlranc y fut envoyé pour la travailler et y entretenir les constructions. Un jour, en revenant du couvent, il apportait un paquet attaché à la selle de son cheval, et marchait suivi d'un seul compagnon de route. Tout à coup on entendit en plein champ le miaulement d'un chat : Lanfranc surpris ne put le cacher plus longtemps : « Les rats et les souris, dit-il, nous importunent au plus haut point; et j'apporte un chat pour mettre fin à leurs ravages » (1).

Cette vie de renoncement n'était pourtant pas sans amertume. La communauté de la vie du cloître devait souvent le mettre en contact avec des natures grossières. Même dés les premières années, il ne manquait pas au Bec de moines peu dignes de ce nom. C'était peu qu'ils fussent illettrés, mal instruits des choses de la religion; Milon Crispin parle de leur tiédeur, de leur mollesse, de la dépravation de leurs mœurs, de leurs nombreuses infractions à la régie. Aux heures où le silence était rompu, leurs conversations malséantes rebutaient Lanfranc : ce n'étaient que propos futiles ou déshonnêtes (2). Quoique toute passion humaine dût expirer au seuil d'un couvent, la supériorité de Lanfranc, si déguisée qu'elle fût, irritait les moines; ils étaient jaloux de son mérite et craignaient de le voir appelé bientôt aux dignités. Le nouveau venu n'hésiterait pas, on le devinait, à se faire l'instrument de la réforme monastique qui déjà s'annonçait en Normandie : ses mœurs, sa vie tout entière étaient une protestation et un exemple. Soit dégoût de l'esprit, soit blessures d'une àme délicate, soit effet d'une nature ardente toujours prête à se porter à l'excès, dans le désir comme dans le renoncement, Lanfranc ne tarda pas à trouver le cloître insuffisant. Il aspira vers la solitude et songea à quitter le couvent pour le désert. Afin de préparer son corps aux rigueurs nouvelles qu'il rêvait de lui infliger, il se faisait apporter chaque jour par le jardinier du couvent des chardons et des racines, et il en faisait son unique nourriture. La sollicitude miraculeuse de son abbé le retint dans le cloître. Une nuit, Herluin vit en songe un jeune enfant, Hugues, mort depuis peu et qu'il avait beaucoup aimé. Hugues lui annonça la résolution de Lanfranc. Le lendemain l'abbé

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