V. CapUulaire de
Louis le Débonnaire, on voit l'usage devenir presque général, mais il semble que, dès le début du moins, l'enseignement fût moins complet dans ces écoles ; la comparaison est à l'avantage des écoles des couvents. Dans les premières on se proposait d'enseigner aux fils des hommes libres et des serfs la grammaire, la musique et l'arithmétique -, et le diplôme accordé, suivant Bru cker(l), à l'école épiscopale d'Osnabrùck, par Charlemagne lui-même, pour l'enseignement des lettres grecques et latines, est une pièce fausse, sans autorité (2). Mais cette infériorité, si elle fut jamais de droit, ne dura guère sans doute, et Launoy nous apprend, par des témoignages empruntés à des écrivains du temps, que même dans les écoles épiscopales, les arts libéraux étaient enseignés.
Après la réforme monastique dont l'ordre de Cluny avait donné le signal, un couvent ne pouvait prospérer que par l'éclat de l'enseignement distribué dans ses écoles. C'était pour lui un titre d'honneur, en même temps qu'une source de fortune : car les moines affluaient dans les monastères illustrés par la présence d'un professeur renommé ; les donations se multipliaient (3) ; la prospérité matérielle ne tardait pas à s'accroître, l'abbé devenant un personnage pouvait prétendre à tous les honneurs ; il exerçait dans la province une influence presque souveraine.
Il entrait dans le plan d'Herluin de donner à son abbaye ce complément indispensable; et il mettait au premier rang des devoirs du moine la nécessité de s'instruire (4). Il est aisé de se rendre compte de la joie avec laquelle il accueillit Lanfranc : ce n'était
i. V. Briickei-, III, p. 593.
2. Diployna Caroli M. Imperatoris de scholis Osnabrugiensis Ecclesix. Le défaut d'authenticité de cet acte a été démontré, par des raisons tirées en Jurande partie de sa rédaction même. V. un traité anonyme, attribué à Georgius Eccardus. [Diploma Caroli.,., etc. A. I, 1717), en latin.
En 1719, Traité en allemand, confirmant les conclusions d'Eccardus. {Durch eineii LiebJiaber (1er fyahrhelt). On a réuni en un fort vol. in-8 les opuscules relatifs à celle questit)n ; ils concluent tous à la non authenticité du diplôme.
3. Interius religio atque eruditio multum accrescere, exterius rerum omnium necessariarum subministratio cœpit ad plénum abundare. {Vita S. Herl.)
4. Si quem inter fratres segnem, si quem sui ordinis ac studii litterarum negligentem, si quem in Ecclesia somnolentum deprehendebat, hune omnino invisum habebat; semper inquiebat : « Homo litterarum et mandatorum Dei nescius, quid praestat? » Ihidt.
pas une recrue ordinaire ; la science entrait au couvent avec lui, et avec la science, la piété mieux éclairée, la réputation, laprospérité. Lanfranc ouvrit donc une école au Bec ; ou plutôt, selon toute vraisemblance, quoique les textes n'en disent rien, deux écoles : l'une privée, dans l'intérieur du couvent, l'autre publique. Il dut n'avoir d'abord à instruire que les enfants et les moines : car les enfants consacrés à Dieu ne manquaient pas, et leur éducation était un des soins les plus délicats du prieur. Il n'est pas sans intérêt de rechercher quel était le sort fait par la régie à ces jeunes hôtes : l'éducation donnée aux enfants doit servir à faire comprendre la discipline imposée aux hommes. On peut, grâce aux instructions que Lanfranc composa plus tard sous le titre de Décréta pro ordine S. Benedicti, se faire quelque idée de ce qu'était leur vie dans le cloître. Aucune des rigueurs de la vie monacale n'est épargnée à leur âge ; ils se lèvent à la même heure que les moines : aux premières clartés du jour, le frère custode sonne une petite cloche; ils descendent à l'église avec leurs lanternes (1). De là, ils passent dans le cloître ; ils prennent place et lisent ou chantent les psaumes et les litanies. Ce sont toujours eux qui commencent, et il est défendu aux moines de lire ou de chanter avant eux. Vers la troisième heure, après les ablutions et la toilette, tout le couvent se rend à l'église ; les enfants entrent les derniers, mais les moines ne peuvent commencer les offices avant leur arrivée, et jusqu'à ce moment ils restent le corps courbé vers la terre. Après les offices, tous se rendent au chapitre, deux à deux, suivis des enfants. Au réfectoire, c'est le plus jeune d'entre eux qui récite le Benedicite. Lanfranc, dans ses instructions, ne les perd jamais de vue ; il semble qu'ils aient tenu dans l'économie générale du couvent une place plus considérable qu'on n'est généralement porté à le croire. Lanfranc entre dans le détail des soins les plus intimes (2) : dans l'ordre qu'il établit pour la célébration des offices de toute l'année, on trouve partout la place des enfants ; même dans les cérémonies qui se font l'hiver au milieu de la nuit : nous les voyons, pour les matines de la Toussaint, descendre au milieu de la nuit (si nimis profundâ nocte surrexerint) dans la salle du chapitre,