Istc humili loco sit natus. Epist. Lanfranci, XLV
faut remarquer que la noblesse de sa naissance était de son temps un fait en dehors de toute discussion . Saint Anselme, dans une pièce de \^ers sur Lanfranc, dit :
Natus in Italid, Papiensi de regione, Civibus egregiis et honestâ conditione.
Son père Hambald était un des officiers municipaux de Pavie : il comptait parmi les magistrats chargés de veiller au maintien des lois et des privilèges de la cité. Lanfranc naquit à Pavie ; mais on ignore la date exacte de sa naissance. La plupart des auteurs donnent l'an 1005. On sait avec précision la date de sa mort : 1089. Il mourut très-vieux, et d'Achéry (1) n'hésite pas à croire qu'il avait plus de quarante ans quand il arriva au Bec. Ce fait nous obligerait à reporter la date de sa naissance aux dernières années du x'' siècle ou aux premières années du xf . On peut, sans crainte d'erreur^ placer sa naissance dans les environs de 1005.
Lanfranc était jeune encore quand il perdit son père. Il semble que dès sa première enfance il eût été destiné à recueillir la succession de sa charge : son éducation fut dès le principe dirigée dans ce sens, et, arrivé à l'âge où l'enfant prend le sentiment de la responsabilité, pour mieux se rendre digne de cet honneur, il tourna vers l'étude toute l'activité de son esprit. Pavie et Milan se disputaient alors la primauté dans le nord de la Péninsule ; il y avait à la fois grand honneur et grand péril à prendre part à Padministration de ces républiques. Pavie, fière des souvenirs de la résidence des rois lombards, des avantages plus solides de sa position, également éloignée des Alpes de Suisse et des Alpes de Ligurie, maîtresse du passage du Tésin^, assise au centre d'une admirable vallée renommée pour sa fertilité, au croisement de toutes les routes, pouvait justement alors disputer à Milan la dignité de ville maîtresse de la plaine lombarde ; mais, centre politique et militaire, Pavie n'était pas devenue en même temps un foyer d'études ; et pour se préparer à jouer un rôle dans la puissante cité qui Pavait vu naître, Lanfranc dut en sortir et chercher ailleurs ces ressources de travail qu'il enviait. Il quitta Pavie, se retira dans une ville voisine, et après une absence de plusieurs années, revint dans sa ville natale.
l. Note 89 sur la Fie de Lanfranc.
On a beaucoup discuté pour savoir quelle est la ville où Lanfranc alla chercher des maîtres et la science. Mabillon se prononce pour Bologne (1) ; cette opinion n'a rien d'invraisemblable; il y avait à Bologne des écoles de philosophie et d'éloquence. Bologne était même alors laville savante par excellence ; Tépithéte Docta accompagne invariablement son nom dans les écrits de tout genre des contemporains (2) : dans le panégyrique, dans le simple récit, c'est même chose. Il y avait là un centre d'études considérable ; on y venait de toute l'Italie pour y recevoir les divers enseignements distribués à cette époque, et on n'avait le renom d'homme instruit qu'au sortir de ses écoles.
Mabillon se contente de faire une hypothèse ; Dom Ceillier (3) affirme que Lanfranc alla à Bologne étudierl'éloquence et les lois.
L'étude des lois n'était pas nouvelle en Italie, et il est hors de doute que dés la première moitié du xi*" siècle, toute une classe d'hommes se livrait avec ardeur au commentaire des anciens textes de lois romaines ou des vestiges des différentes législations barbares. Tiraboschi le fait remarquer avec raison (4) : dans un siècle de grande crise politique, alors que les villes italiennes commençaient à secouer le joug impérial et s'essayaient peu à peu à cette indépendance que devait consacrer la paix de 1183, les consuls, les juges, les magistrats des cités émancipées, appelés à rendre la justice, à étudier des procès, à débrouiller des questions de droit, ne pouvaient rester étrangers à l'étude de la jurisprudence. Les citoyens qui connaissaient les lois, qui avaient l'art d'éclairer un débat obscur, de présenter dans les cas difficiles une solution à la fois conforme à l'équité et confirmée par l'autorité d'une loi écrite, devinrent insensiblement des agents nécessaires d'administration -, ils prirent place au premier rang parmi les magistrats de la cité, et le double exemple de leurs services et de leur succès engagea dans cette voie nouvelle tous les hommes