Histoire des auteurs ecclésiastiques, t. XXI
4. Tiraboschi, Storia délia litteratura ilaliana, t. III, p. 410.
jaloux de se distinguer par leur mérite ou de justifier par leur savoir les avantages de leur naissance. L'étude de la jurisprudence devint alors comme l'étude propre des républiques italiennes ; dans l'arsenal des lois romaines, peut-être encore incomplètement connues, on trouvait des armes pour défendre toutes les études nouvelles et pour repousser les droits anciens condamnés à s'effacer : il s'établit un lien étroit entre la politique et les études nouvelles, et c'est surtout dans les villes appelées alors à l'honneur de donner le signal d'un mouvement politique, que l'étude de la jurisprudence fut le plus répandue. A Pavie, dés le commencement du xï^ siècle, c'était le complément nécessaire de toute éducation libérale ; et il y a erreur autant qu'injustice à retarder jusqu'au XI* siècle la renaissance de ces travaux. Sans doute c'était plutôt une curiosité passionnée des esprits qu'une étude régulière; des maîtres illustres n'avaient pas encore donné à l'enseignement du droit cette précision et cet éclat qu'il devait avoir un siècle plus tard ; on peut même douter qu'il y ait eu alors un enseignement méthodique ; mais il n'y a pas lieu d'être surpris quand on lit dans Milon Crispin que Lanfranc fut élevé « dés son enfance dans l'étude des arts libéraux et des lois civiles, comme c'était la coutume dans sa patrie. » (1)
Il est tout naturel que Lanfranc, destiné à remplir dans sa cité les fonctions de son père, se soit livré à l'étude des lois ; son esprit subtil et exact (2) devait s'y plaire. De retour à Pavie, il plaida et servit de conseil dans les affaires civiles. Son chroniqueur rapporte que, dés ses débuts, il se montra supérieur à ses adversaires et que les vétérans lui cédèrent le pas. Il apporta dans ces occupations nouvelles toute la fougue d'un esprit encore jeune : on parle de sa torrens facundia (3). Ces deux termes ne semblent guère convenir au personnage tel qu'il se révéla plus tard dans l'âge mûr; mais son éloquence se distinguait déjà par un soin de la forme et un sentiment littéraire bien rare alors : accuratè dicendo ; on reconnaît
L Vita, chap. v,
0. Vital dit aussi : « Sœcularium legum peritiam ad patriae suae morem intentione laïcd fervidus edidicit. ■ Ilist. eccles., IV, 6.
2. 0. Vital dit de lui : « In utiàque nodos qasestionum solvcre peritissimus crat. » Ibidem.