‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 31 sur 175 · y. Décréta Lanf., cap. I, sect. I, cap · texte numérisé non relu

y. Décréta Lanf., cap. I, sect. I, cap

soins faisaient l'objet de ces réunions ? Peut-être la confession publique des infractions à la régie, les blâmes distribués aux tiédes, aux indisciplinés, et plus que les blâmes, les châtiments corporels (1); les encouragements aux faibles, le règlement des exercices. Les enfants étaient initiés de bonne heure à la vie monastique ; ils en suivaient les pratiques, ils en connaissaient les austérités; séquestrés dans le cloître, ils s'habituaient à ne rien voir en dehors des murs du couvent et à trouver leur idéal dans une vie si bien disciplinée. Il ne faut pas s'étonner de la rigueur d'un régime qui semblait ne rien laisser à leur initiative, d'une surveillance à laquelle n'échappait aucun des actes de leur vie : n'oublions pas que c'étaient de jeunes moines et non des écoliers ordinaires; on faisait fléchir quelque peu la régie pour la leur appliquer (2) ; mais quelque douceur que l'on pût apporter dans cette application, ce n'en était pas moins un sérieux apprentissage de la vie religieuse.

Nous ne croyons pas abuser de nos droits en empruntant à un traité écrit par Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, quelques traits qui nous permettent d'esquisser le tableau de la vie des enfants dans le cloître du Bec. Il est évident que s'il y eut des différences, elles durent être insignifiantes, et on ne peut contester que le même esprit ait dû animer le prieur et l'écrivain à trente années d'intervalle. Si l'on veut faire subir à ce système d'éducation sans égal l'épreuve de la pratique, et voir ce que cette discipline appliquée dans un siècle grossier, par des maîtres vulgaires, pouvait produire de fâcheux résultats, on peut en juger par ce fragment de conversation de saint Anselme avec un abbé de la fin du siècle. « Un jour, un abbé qui passait pour avoir beaucoup de religion, parlait avec Anselme des choses de la vie monastique , et entre autres des enfants^ élevés dans le cloître.

1. In capitule suo vapulent, sicut majores in majori capitulo {Décréta, 21.)

Quoties pueri vel adolescentiores setate aut qui minus inteUigere possunt quanta vel qualis sit pœna exconiniunicationis,hi taies dumdelinquunt, aut jejuniis affligantur, aut acribus verberibus coerceantur, ut sanentur. {Régula, cap. 30.)

2. Infantibus usque ad quintum decimum annum aetatis disciplinœ diligentia adhibeatur, et custodia sit ab omnibus; sed et hoc cum omni mensurà et ratione. {Régula, 70.)

— Qu'en ferons-nous ? dit l'abbé. Ils sont mauvais et incorrigibles ; nuit et' jour, nous ne cessons de les frapper; et ils deviennent chaque jour pires. — Eh quoi! reprit saint Anselme tout surpris : vous ne cessez de les frapper ? et une fois adultes, que sont-ils? — Ce sont des hébétés, de vraies brutes. — Beau résultat de l'éducation que vous leur donnez, si d'hommes qu'ils étaient vous en faites des brutes (1) ? » — On voudrait pouvoir affirmer que Lanfranc apporta quelque tempérament à l'application de la régie : son chroniqueur parle d'une discipline sévère et douce (2). C'était un caractère ferme, qui attendait plus de la persuasion que de la violence. Mais quelque intelligente bienveillance qu'on lui suppose, il dut toujours être bien éloigné de cette tendresse d'âme de saint Anselme : celui-ci, nature plus ardente et plus généreuse, aima les enfants, et se plut à voir en eux des âmes délicates qu'un rien peut froisser, que l'amour arrachera au mal plus sûrement que la rigueur. Une page empruntée au récit de la vie de saint Anselme peut servir de conclusion au résumé qui précède sur la discipline appliquée à l'enfance dans les couvents, comme elle eût mérité de servir de code au xi*' siècle et en tout temps : « Dites-moi, je vous prie, si vous cultivez une plante dans votre jardin et si vous l'enfermez de tous côtés, de telle façon qu'elle ne puisse projeter au loin ses rameaux dans aucune direction, quel arbre croyez-vous voir sortir de là? Assurément un arbre inutile, aux rameaux recourbés et noueux. Et à qui faudrat-il s'en prendre? A vous-même, qui l'aurez resserré sans mesure. Vous ne faites pas autrement pour vos enfants : quand on les offre en qualité d'oblats, ils sont plantés dans le jardin de l'Eglise pour grandir et porter des fruits divins. Mais vous, par la crainte, par les menaces, par les coups, vous les contraignez de toutes parts, vous les resserrez, et vous ne leur laissez l'usage d'aucune liberté. Aussi n'ont-ils pour vous dans le cœur aucun amour, aucune tendresse, aucune bienveillance, aucune douceur ; après la foi que vous leur communiquez, ils ne reçoivent de vous rien qui vaille quelque chose ; et ils s'imaginent que vous n'agissez à leur égard que par haine et envie. Aussi, qu'arrive-t-il ? (et c'est déplorable):

1. Vie de saint Anselme^ par Eadmer. Ed. Gerberon. Supplém., p. 8.

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