‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 50 sur 175 · Secreto et amabili colloquio. Lettre d'Alexandre II · texte numérisé non relu

Secreto et amabili colloquio. Lettre d'Alexandre II

2. C'est la prétention de toutes les grandes abbayes de s'affranchir de l'autorité épiscopale. Pour n'en citer qu'un exemple, l'évêque d'Orléans ne pou-

résiste à ses avis et s'obstine dans l'inconduite ou le mépris de la règle, ce n'est pas devant le synode de son Eglise, mais devant l'archevêque de Rouen et le concile général de la province que l'évêque de Bayeux pourra évoquer l'affaire. Mais au-dessus de cette juridiction, l'abbé peut en appeler au Saint-Siège; il a le droit d'entrer en rapports immédiats avec le souverain pontife. S'il reçoit de l'évêque de Bayeux le Saint-Chrême et l'Ordination, il a lui-même les droits épiscopaux sur un certain nombre d'églises. On peut aisément se figurer l'autorité que donnaient à Lanfranc pour l'administration de sa puissante abbaye, sa propre renommée, la faveur du roi et l'amitié publiquement manifestée du souverain pontife ; mais les documents sont presque insignifiants sur cette partie de sa vie : entre deux périodes de pleine lumière, les vingt-trois années passées au Bec et les années d'épiscopat, les quatre années de son séjour à Caen sont restées dans l'ombre. Il est permis de juger de son administration parla fortune même du couvent : Saint-Etienne passa bientôt pour un des monastères où le respect delà discipline, le goût du travail, l'esprit de renoncement étaient portés au plus haut degré. Mais quelle que fût l'importance de la dignité nouvelle, ce n'était aux yeux de tous qu'un degré vers une élévation plus grande : en 1067, l'archevêché de Rouen devint vacant par la mort de Maurile. L'Eglise de Rouen tout entière élut Lanfranc pour son pasteur; Guillaume, lesnobles, tous y consentirent avec bonheur. Mais l'abbé de Saint-Etienne refusa un fardeau, trop lourd, disait-il, pour ses forces : il employa tout son crédit à faire élire à sa place Jean, évêque d'Avranches. L'élection terminée, il partit pour Rome, supplia le pape Alexandre II de confirmer le nouveau prélat et rapporta pour Jean le pallium. (1)

C'est à l'époque du séjour de Lanfranc à Saint-Etienne de Caen que l'on rapporte d'ordinaire la publication de son œuvre capitale: Liber de Corpore et Sanguine Domini. Il est donc naturel de résumer, à cette date de sa carrière, ses efforts et ses succès. N'oublions pas cependant que les débuts de la querelle sont de beau-

vait entrer dans l'abbaye de Fleury-sur-Loh'e sans y être invicé par l'abbé. (V. Fita Abhoïiis.) 1. O. Vital, liv. IV.

coup antérieurs, puisqu'on rapporte à l'année 1047 la première apparition de l'hérésie : la lutte se continua aussi longtemps après, puisque, archevêque de Cantorbéry, Lanfranc poursuivait encore son adversaire. (1)

Nous n'aurions de Lanfranc qu'une idée incomplète et fausse, si nous négligions de l'étudier sous ce jour nouveau. De tous les titres que les contemporains lui décernèrent, aucun sans doute ne lui était plus cher que celui d'adversaire implacable de l'hérésie : « haereseon acerrimus expugnator » (2). Cet éloge revient presque à chaque page sous la plume des écrivains qui parlent de lui, et la grande lutte qu'il rappelle, lutte toujours renaissante, dans l'issue de laquelle l'avenir du catholicisme tout entier était engagé, ne remplit pas moins de vingt-cinq ans de sa vie. On ne peut, sans faire tort au personnage, passer sous silence ou traiter légèrement l'histoire du conflit dans lequel il déploya quelques-unes de ses plus réelles qualités. C'est là qu'il trouva la première occasion de donner de sérieuses garanties aux hommes de gouvernement et de discipline. L'histoire de la lutte de Lanfranc et de Bérenger prépare à comprendre pourquoi le prieur du Bec devait être à la fois, dans l'ordre spirituel et dans Tordre temporel, l'instrument de Grégoire VII et le ministre de Guillaume.

Malgré l'opinion généralement reçue que le Liber de Corpore fut composé à Caen, c'est-à-dire de 1066 à 1070, il est très-difficile d'établir la véritable date. D'Achéry croit que l'ouvrage en question fat composé lorsque Lanfranc « était encore prieur au Bec (3) ; » ce qui reporterait sa publication aux seize premières années de sa lutte avec Bérenger, Baronius, précisant encore davantage, parle du Liber de Corpore à l'année 1059. On peut s'en tenir à cette date, mais il faut admettre alors que l'ouvrage fut retouché et complété plus tard; car nous trouvons au chapitre II la formule de profession de Bérenger, qui commence par ces mots : « Ego Berengarius corde credo et confiteor, » et qui finit par : « Sic me Deus adjuvet et hœc sacra Evangelia. » Or, cette formule fut proposée à Bérenger, qui en fit une lecture

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