Observationcs p7\TvicC de la vie de Crispin
publique au concile tenu à Rome pendant le carême de 1079 (1), Dans le chapitre II, Lanfranc, faisant allusion au même concile, écrit ces mots : « Gregorii septimi tempore quum in templode his sermo haheretur... » Or, Grégoire VII a régné de 1073 à 1085. Il faut remarquer toutefois que par sa lettre IIP, écrite pendant qu'il était archevêque de Cantorbéry, Lanfranc envoie au pape Alexandre II, prédécesseur immédiat de Grégoire VII, un exemplaire du Liber que le pape lui avait demandé.
Ne semble-t-il pas qu'on se perde au milieu d'inextricables contradictions? Tout peut cependant s'expliquer. Rien ne nous empêche d'admettre que l'ouvrage ait été écrit aux environs de 1059 ou 1060, et que plus tard, à mesure que la lutte prenait un caractère plus acharné, lorsque la conduite flottante de Bérenger prêtait à ses ennemis de nouvelles armes, Lanfranc augmenta le traité original de quelques idées nouvelles. Sans doute, ces additions sont peu importantes, au moins par leur développement, car les chapitres ont entre eux une connexion trés-étroite. Toutefois, la seconde partie du chapitre II pourrait bien avoir été écrite plus lard et rapportée. Il est possible que, dans le principe, Lanfranc se bornât à citer la formule de profession qui commence par ces mots : « Ego Berengarius, indignus diaconus Ecclesiœ sancti Mauricii andegavensis.., » Cette formule nous paraît être celle qu'il fit en présence de cent douze évêques au concile de Rome en 1059. Plus tard, quand fut répandue la formule de 1079, où les expressions « substantialiter... in proprietate naturœ et veriiate substantiœ» précisent et complètent le mot <!:sensualiter» de la formule primitive, Lanfranc fortifia son argumentation d'un texte nouveau. Tout nous confirme dans cette opinion, jusqu'aux mots ad hœc, qui semblent indiquer une addition et qui relient les deux passages où les formules sont intercalées. Tel est, en partie, le système de d'Achéry, qui n'en tire aucune conclusion pour la date de l'ouvrage, mais qui nous paraît inattaquable. C'est donc sans doute une nouvelle édition de son œuvre que Lanfranc, archevêque, envoyait au pape Alexandre II sur sa demande. Il ne serait pas naturel d'admettre que jusqu'en 1070 le pape
I. Cette formule est rapportée par D. Bouquet, XI, 531, et Martène, IV, 104.
Alexandre n'eût pas connu le traité le plus célèbre de son ancien maître du Bec.
Quel était riiomme qui mérita d'avoir Lanfranc pour adversaire? Qu'y avait-il de nouveau et de dangereux dans ses doctrines ?
Bérenger naquit à Tours dans les dernières années du x^ siècle, probablement en 998. Il étudia d'abord dans l'école métropolitaine de Saint-Martin, l'une des plus célèbres de l'Occident à cette époque. Mais bientôt l'école de Chartres Tattira ; Fulbert, l'illustre professeur dont la réputation allait faire pour quelque temps de Chartres le centre intellectuel de la Gaule, fut son maître. Cet homme qui exerça sur ses élèves une profonde influence et dont le nom n'était prononcé, un demi-siècle après^ qu'avec émotion par les plus illustres d'entre eux{l), ne semble pas s'être emparé de l'esprit de Bérenger. Le disciple résista à l'influence du savant théologien (2) ; dés lors, accusé de faire peu de cas du sentiment du maître, de tenir l'avis de ses condisciples en petite estime et de regarder comme inutile le fatras des arts libéraux, il se plaisait seulement dans l'étude de la dialectique. On lui reprochait de donner des définitions nouvelles, d'interpréter à sa façon le sens des mots par amour de la singularité; au dire de ses adversaires, il ne se corrigea jamais de ce défaut. Aussi n'était-il pas du nombre de ces disciples choisis que le vénérable Socrate (3) aimait à prendre le soir avec lui pour compléter dans la liberté d*un entretien intime les instructions du jour, et fortifier dans leur âme, même par l'éloquence des larmes, la croyance aux mystères. On dit même qu'avant de mourir, le vieux prélat jeta sur Bérenger l'anathème et le dénonça comme un démon suscité pour troubler la chrétienté. Avant de quitter Chartres, Bérenger avait déjà étudié à fond les textes pour vérifier la légitimité de sa croyance ; Lanfranc devait lui reprocher un jour d'avoir dés lors amassé à plaisir tous les arguments contre la foi catholique. Le hasard rapprocha
1. Adelmann,év. de Bresse. Epist. de Eucharistlx sacrameuto. « Nos tanquam in sinu materiio ferebat .. per suavissimam Fulbert! memoriam. (Migne, Patrol. lut., vol. CXXXXIII, p. 1289-1291.
2. « Ipsius magistri sensum non adeo cui'abat, condiscipuloruin pro nihilo reputabat, libros in«upei' artium contemnebat ». Guitmond d'Aversa. [De Corporis et Sang. Christi veritate in Eucharistiâ), lib. III.