‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 52 sur 175 · C'est le nom qu'Adelmann donne à Fulbert · texte numérisé non relu

C'est le nom qu'Adelmann donne à Fulbert

sur les bancs de l'école ces deux liorames si opposés : on ne sait ni le lieu ni la date, mais on ne peut avoir aucun doute sur le fait. Lanfranc lui écrivait plus tard : Quanclo in scholis niilita-

vi^nus (1)... »

De retour dans sa ville ^natale, Bérenger fut reçu dans le clergé de Saint-Martin et devint successivement trésorier et charubrier. Plus tard, il succéda à son maître, Adam, comme scolastique. Sous son habile direction, l'école de Tours ne tarda pas à éclipser toutes les autres, et entre Fulbert et Lanfranc, sans continuer l'un, sans annoncer l'autre, Bérenger fît de l'école de Tours la rivale de celle de Chartres. On reconnaissait surtout en lui une grande éloquence, une subtilité d'esprit remarquable, une connaissance approfondie des auteurs de l'antiquité profane :

Quidquid philosophi, quidquid cecinere poetae Ingenio cessit eloquioque tuo,

disait de lui son élève Hildebert. Un autre lui donnait l'éloge d'avoir fait revivre l'éloquence latine :

Tota Latinorutn facundia mai'cida floret, Dum Berengario Turoni floruere magistro (2).

Bérenger fut un orateur élégant, un bel esprit : ce n'est là que la forme de sa pensée, mais par là il charmait et retenait ses élèves. Ce que nous savons par ses ennemis, de son extérieur et de sa vie, explique aussi l'incontestable séduction qu'il exerça. Sa voix lente laissait tomber les mots comme à regret; la tète enfoncée sous son capuchon, il méditait longuement avant de prendre la parole, et ne livrait qu'avec hésitation le fruit de sa pensée ; il y avait même dans sa voix comme une note plaintive qui allait à l'âme : il fallait faire effort pour n'être pas sous le charme. Sa démarche était fîère. Il avait d'ailleurs pour gagner le cœur de ses élèves des moyens plus sûrs encore : il secourait et nourrissait les plus pauvres (3). Cet homme au génie ardent, qui ne vécut que

1. Henri de Knyghton De Eventibus Angliie, II, 5. Twysden,p. 2361.

Page 1