Hist. lUté7\ de la Finance, YII, p
3. Egenos scholares, quos ipse quotidianâ stipe soUicitabat. G. de Malmcsbury. De Gesù. Reg. Angl. Bouquet, XI, 191.
pour la pensée, n'eut jamais un regard pour une femme (1) ; sobre jusqu'à la macération, d'une attitude de vierge, il étonnait au premier abord ceux que la chaleur de sa parole, sous sa froide apparence, retenait ensuite auprès de lui.
Sa science lui valut le surnom de Magicien, que Gerbert avait mérité avant lui. Il parut même assez grand pour que la légende s'attachât à son nom : jeune encore, croyait-on, il avait été transporté par Satan au-dessus des murs de Rome. Là, Satan lui avait révélé des secrets sans nom et donné le pouvoir de faire des miracles. A son retour, il ressuscita un écolier qui était tombé foudroyé en touchant les livres du maître : Bérenger força de démon à entrer dans le corps de l'écolier et à chanter au lutrin (2).
Sans emprunter à la légende cette grandeur mystérieuse, on explique par des raisons humaines le succès de Bérenger comme écolâtre. A son tour, il garda pour sa ville natale, où il avait eu ses premiers triomphes, le plus vif attachement; même lorsqu'en 1040, Hubert de Vendôme, évêque d'Angers, le choisit pour archidiacre de son Eglise^ il ne cessa pas de diriger l'école de Tours ; malgré les persécutions qu'il eut à subir, il garda le titre de Scolastique de Tours : il le portait encore en 1081.
On dit qu'il s'appliqua d'abord surtout à l'enseignement de la rhétorique et de la dialectique, et que la théologie fut longtemps pour lui une étude accessoire. Un de ses adversaires, qui ne le connaissait pas (3), raconte à ce propos que, dans une sorte de dispute de dialectique, Bérenger fut confondu « honteusement » par Lanfranc. Bientôt le succès croissant du professeur du Bec fît déserter l'école de Saint-Martin. Pour arrêter ce mouvement et rappeler les élèves qui l'abandonnaient, Bérenger éleva chaire contre chaire et, improvisant un enseignement théologique, il se mit à professer une science qu'il n'avait jamais apprise. Alors, dans sa folie, pour attirer sur lui les regards et toucher les cœurs par la nouveauté des doctrines, il chercha à reconquérir par l'hérésie la
1. Feminese venustatis adeù parcus, ut nullam conspectui suo pateretur admitti. Malmesb., loc. cit.