Brcritas cpistolaris. L'ibev
leur insu, et dont cet avenir est en i)artie l'œuvre. S'il fallait assigner à Lanfranc sa place, c'est parmi ces derniers que nous le compterions; bien qu'il lui ait manqué la -hauteur de vues, la fermeté de dessein, l'initiative puissante, sans lesquels un homme ne laisse pas son empreinte durable aux faits de son temps. Il nous paraît cependant que par son attitude dans cette querelle de vingt-cinq ans, par le caractère de sa polémique, il dut donner de lui aux grands politiques du siècle l'idée qu'il serait pour eux un utile instrument. Grégoire VII et Guillaume l'avaient vu agir ; il y avait entre ces trois hommes des rapports, et dés ce moment une étroite intelligence put s'établir entre eux.
Dés le premier jour, Hildebrand avait deviné le péril ; en 1055, sous-diacre et légat a latere (1), il présidait à Tours un concile où Bérenger parut et abjura son erreur. Pendant qu'il gouvernait la chrétienté sous d'autres noms, Hildebrand ne cessa de surveiller cet ennemi de la catholicité ; pape, il envoya son légat Girard à Poitiers ; et comme pour venger l'hérésiarque des outrages qu'il avait reçus dans cette ville, il lui accorda de se faire entendre à Rome dans deux synodes généraux. En 1078 et 1079, la question vitale pour l'Église fut discutée une dernière fois devant l'homme qui en personnifiait si magnifiquement la puissance. Le débat fut solennel, et, pour décider les esprits incertains, le pape jeta l'hostie dans un brasier ardent. Les flammes la respectèrent. Bérenger s'était soumis ; la vérité était affermie ; les abjurations solennelles. Grégoire VII se montra magnanime ; le pape qui humiliait l'empereur témoigna de la douceur au vaincu de quatorze conciles. C'était pourtant pour le trône de saint Pierre un ennemi autrement redoutable que les Césars allemands ; mais la victoire parut manifeste et les passions de la lutte ne lui survécurent pas. Il est hors de doute que Lanfranc dut être distingué par Hildebrand, quand il eut l'honneur de personnifier la lutte contre Bérenger. Déjà en 1050, aux deux conciles de Rome et de Verceil, Lanfranc s'était imposé par son savoir aux prélats de l'entourage pontifical ; il avait marqué sa place dans le parti de la réforme qui s'annonçait dans le camp des
1. V. Acta pontificalia ex chron. Bei'tholdi Constantin'teiisis collecta. Bollandistes, 25 mai. Le concile de Tours y est daté de 1056.
(les futurs Grégoriens (1). La fermeté avec laquelle il afffrma son orthodoxie, l'assurance avec laquelle il confondit tliéologiquement l'hérétique le désignaient à l'attention du pape futur. Hildebrand trouvait en lui talent et caractère ; il ne devait pas l'oublier un jour.
Le duc de Normandie n'était pas resté indifférent à ce grand débat théologique. Bérenger parut un instant compter sur son appui, et en présence du roi de France qu'il savait hostile, la protection du puissant duc normand n'était pas un mince avantage, Bérenger comptait sur les partisans que le succès de son enseignement lui avait faits jusqu'en Normandie, et après le premier concile de Tours, il alla chercher à Brionne un arbitrage plus favorable (2). Ce fut une conférence plutôt qu'un concile ', Bérenger fut condamné. Le duc l'avait reçu de façon à ne pas justifier sa confiance. Guillaume n'aimait pas le bruit dans l'Eglise et son bon sens l'avertit du danger (3). Bérenger n'en fit pas moins trois voyages en Normandie jusqu'à Tété de 1063 (4), tant il attachait de prix à l'appui politique du prince normand ; mais il dut quitter la province sans avoir compromis Guillaume. Cinq ans après la conférence de Brionne, un synode était tenu à Rouen sous la présidence de l'archevêque Maurile, une formule de foi était adoptée : on décidait qu'à l'avenir nul ne serait ordonné évèque et n'assisterait à un concile dans la province de Rouen, sans faire profession publique sur le dogme de l'Eucharistie. Guillaume ne fut évidemment pas étranger à cette décision : il assistait aux délibérations des prélats (5).
Pas plusqu'Hildebrand, Guillaume de Normandie n'avait hésité. C'était un de ses moines qui avait publié une réfutation victorieuse
1. V. Gfrôrer. Papst Gregorius Vil und sein Zeitalter. Schaffouse, 1859-61, vol. m, p. 273.
3. Sumebat et honorabat concedenti reverentiâ hostiam salutarem, Dominicum sanguinem, sincerâ fide tenens quod verâ doctrine prseceperat, panem et vinum quse altari supei'ponuntur consecranda sacerdotis linguâ et manu sancto canone. Redemptoris veram esse carnem et verum esse sanguinem. Utrique non ignotum est quanto zelo fuerit insectatus atque exterminare sategerit e terra suâ aliter sentientem pravitatem. Guil. de Poitiers, Gesta Guil. Ducis.