Spelman, I, p
5. Penè fractus est baculus ejus episcopalis, nisi majiis pretiiim dedisset. [Hoveden, cité par Spelman, I.)
6. Ipsas pecunias collectas cum regalibus donis. — Lettre d'Edouard an pape. Ealred, cité par Baronius, XVII, p. 178.
tards avaient paru compromettre le caractère de cette redevance. Une lettre d'Alexandre II à Guillaume, postérieure à la conquête, montre que depuis quelques années le denier n'avait pas été payé (1) : elle témoigne aussi de l'opinion que l'on avait à Rome de la pureté de la foi et du dévouement du clergé anglais. Le pape ne fait allusion à aucun fait précis, mais on ne saurait se méprendre sur ses sentiments (2). Les évêques anglais se rappelaient trop aisément parfois l'esprit d'indépendance, qui, jusqu'au viii* siècle environ, avait distingué leur Église (3). Lorsqu'en 1060, l'archevêque d'York était venu à Rome avec le comte de Northumberland et deux autres évêques pour se justifier du reproche de simonie, il fut condamné par le pape et se vit refuser le pallium. A leur départ, les prélats et le comte furent arrêtés et dévalisés dans la campagne romaine par la troupe du comte Guinard, ennemi déclaré du pape. Northumberland rentra dans Rome et parla au pape un langage sévère : il demanda ce que valait cette excommunication, épouvantail pour les peuples éloignés, sujet de dérision pour les brigands du voisinage, et menaça de faire suspendre par le roi Edouard le paiement du denier. La papauté capitula, remit à l'archevêque d'York le pallium et combla de présents le comte et les évêques. Les relations du pape et du clergé anglais n'avaient presque jamais eu ce caractère de confiance affectueuse, sans laquelle l'autorité devient aisément la tyrannie.
Sur le point capital de la doctrine romaine, sur le dogme de la Présence réelle, tel que Lanfranc l'avait défendu, la différence était essentielle. Quelque soixante ans avant la conquête, un des hommes qui honorèrent le plus le clergé saxon, ^Ifrik, présenta, comme en un corps de doctrines, la croyance du clergé anglais sur ce point. ^Ifrik, qui mourut en 1006 sur le siège de Cantor-
1 . Ut benè nôsti, donec Angli fidèles erant, piœ devotionis respectu ad cognitionem religionis annuam pensionem apostolicae sedi exhibebant, ex quâ pars Romano pontifici^ pars Ecclesisesanctae Mariae, quae vocatur schola Anglorum, in usum fratrum deferebatur. [Epist. Alex. Labbe, IX, il23.)
2. Donec quidam, membra mali capitis eflecti, zelantes superbiam patris sui Satanae, pactum Dei abjecerunt et Anglorum populum a via veritatis averterunt. {Ibid.)
3. V. les actes du Concile de Clyff\ en 747, qui revendique l'égalité de toutes les Églises de la chrétienté « sine cujusquam adulatione personae ». (Spelman, I, p. 24'2. Conciliiim Cloveshociœ.)
béry, laissa un recueil d'homéMes en langue vulgaire : l'une d'elles, l'homélie Paschale (1), était consacrée à Texamen du mystère de la Transsubstantiation. Elle nous a été conservée, et, après bien des subtilités, la conclusion se dégage nettement : le pain et le vin ne sont pas corporellement, mais spirituellement le corps de Jésus : Not so bodily, but spiritually . Les termes corpo rallie)' et spiritualiter se retrouvent dans la discussion de Lanfranc contre Bérenger. La doctrine d'^lfrik et celle de Raban Maur sont identiques : ^Elfrik reprend contre Ratbert les arguments de Ratramne \ ou plutôt il se rattache à Erigène, et Erigéne fut peutêtre l'ami d'Alfred. Il est donc aisé d'établir la continuité de la tradition de l'Eglise anglaise sur ce point de doctrine; dès le ix*" siècle, la croyance à la Transsubstantiation est repoussée par le clergé anglais ; et dans la déclaration d'un évèque que Marténe rapporte à l'an 900, et qu'un éditeur plus récent croit moins ancienne d'au moins un siècle, on lit : in proprii comparatione coïpoyHs.,. onysticmn sanguinis ob me^norimn (2) et autres expressions du symbole, non du mystère tel que Rome devait l'admettre. Il est surtout important d'établir qu'à la veille même de la conquête, ces doctrines avaient été formulées avec une précision inusitée par le chef du clergé anglo-saxon : une lettre importante d'^lfrik à l'archevêque d'York Vulstan, postérieure à 1002 (3), montre qu'il ne s'agit pas d'une erreur isolée, mais d'un système de croyance admis par les personnages éminents de l'Eglise anglaise. Cette croyance avait aussi profondément pénétré dans les esprits des fidèles : les prédications d'^lfrik en langue vulgaire l'avaient répandue, et bien que l'Angleterre n'eût pas été représentée dans le grand débat de Bérenger, Rome n'en suspectait pas moins la pureté de sa foi : le fait de n'avoir pas pris parti contre l'hérétique pouvait témoigner contre elle.
Telles étaient en 1066 les dispositions des deux Etats et leurs rapports avec le Saint-Siège. Bien que les documents fassent absolument défaut, il est permis de croire que Guillaume n'avait pas attendu le jour de la mort d'Edouard pour s'assurer des intentions