‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 69 sur 175 · Judicium Papse parvi pendens · texte numérisé non relu

Judicium Papse parvi pendens

3i Ingulf dit pourtant qu'il fut sacré par Aldred, aichevéque d'York.

Cependant (riiillaume poursuivait activement ses négociations. Quelle que fût sa confiance, il ne craignait rien tant que de voir Harold se déterminer à accepter l'arbitrage de Rome; le refus obstiné du roi saxon était de moitié dans le succès de son rival. Jusqu'au bout, il eut peur qu'Harold ne se dédît et ne fît sa soumission : on n'en saurait douter; on le voit en effet garnir d'espions et de gens à lui tous les ports de la côte pour empêcher toute communication entre Tltalie et l'Angleterre. Malmesburj explique en partie, par cette impossibilité de correspondre sans péril, l'abstention du roi saxon (1). Harold avait d'autres raisons plus sérieuses; le fait n'en reste pas moins significatif : il témoigne de l'anxiété de Guillaume.

Nous ne savons rien sur le choix des premiers messagers du duc de Normandie à Rome; sans doute son chapelain Gilbert ne fut pas le premier; il ne fut pas à coup sûr le seul (2). L'obscurité la plus profonde couvre ces intrigues diplomatiques; et la plupart des témoignages du temps se bornent à constater les résultats généraux: leurs phrases vagues nous laissent dans l'incertitude (3). 0. Vital nous apprend que l'archidiacre de Lisieux, Gilbert, fut envoyé à Rome. C'est lui qui eut l'honneur de terminer cette grande négociation, à laquelle il ne semble pas qu'il eût été mêlé jusqu'alors. Il y a comme un parti pris de silence sur cet acte important, et nous serions encore aujourd'hui réduits aux conjectures^ sans une lettre de Grégoire VII quijette quelques lueurs dans cette nuit. La lettre est de 1080; la conquête est consommée; on n'a plus à craindre le jugement du vaincu sacrifié; la même réserve n'est plus de rigueur. Grégoire VII écrit à Guillaume pour réclamer de lui l'obéissance due au Saint-Siège. On voit par le témoi-

1. Vel quodnuntios suos a Willelmo et ejiis complicibus qui omnes portas obsidebant impediri timeret. (Malmesb. De Gest. Reg., 3.)

2. Et envoya messages notables et bons clercs devers le pape pour montrer son droict et comment Héraut s'estoit parjuré : pourquoi requérait licence de conquerre son droict, en soy soubzmettant, se Dieu lui donnait grâce de y parvenir, de tenir le royaume d'Engleterre de Dieu et du Sainct- Père, comme son vicaire et non d'aultre. — Chron.deNo)'))i. Bouquet, XIII, p. 227.

3. Justitiam suscepti belli, quantis poterat facundiœ nervis allegans. (Malmesb. De Gest. Recj., 3). — De his qiise acciderant ab Alexandro papa consilium requisivit. (0. Vital, III, 11.)

gnage d'Hildebrand, devenu pape, qu'en 1066, l'opinion du sacré collège était loin d'être unanime sur la question anglaise : une partie des cardinaux mettait en doute la compétence du tribunal pour une affaire de testament royal et d'attribution de couronne; la pensée des massacres et des violences de toute sorte qu'un mot parti de Rome allait déchaîner, effrayait leur conscience timorée. Peut-être la présence des envoyés d'Harold eut-elle donné des forces à ce parti et préparé bien des embarras à Guillaume : elle aurait pu, non compromettre, mais retarder la victoire d'Hildebrand. Il fallut son énergie passionnée pour triompher de ces scrupules; s'il l'emporta, il n'échappa point aux reproches les plus graves (1). Grégoire Vil, qui a intérêt en 1080 à tout grossir, parle de la honte qu'il encourut. Mais on peut le croire quand il parle des motifs de sa préférence : blâmé par les hommes, c'est en Dieu qu'il se réfugie pour échapper à leurs jugements iniques. « Dieu m'est témoin, en ma conscience, que j'agis alors en toute droiture; plein d'une juste confiance dans les vertus qui étaient en toi, j'espérais qu'avec la grâce de Dieu, plus tu t'élèverais en dignité, plus tu te montrerais dévoué aux intérêts de Dieu et de la sainte Église : ce qui est arrivé (2). » Nous devons en croire l'homme qui dirigea toutes ces négociations et qui sur ce point ne saurait nous tromper. Guillaume fut l'élu de Rome, parce qu'il était réservé au rôle d'agent de la papauté en Angleterre. Après l'avoir éprouvé en Normandie, Hildebrand le défendit avec passion (3), comme l'avenir même de la réforme ecclésiastique et papale de l'autre côté de la Manche. Aux yeux des panégyristes de Guillaume, c'est là son mérite le plus réel et son titre indiscutable à la faveur divine. Il suffit de lire certains passages de Guillaume de Poitiers pour s'en convaincre (4).

Alexandre II envoie au duc une bulle d'excommunication contre Harold, une banniére^sacrée et un cheveu de saint Pierre,

1. A quibusdam fratribus magnam penè infamiam pertuH. — Lettres de (.rég. Fil, liv. YII, ép. 23.

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