‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 7 sur 175 · Antiqiiit. italicœ, vol. III, dissert 44, p · texte numérisé non relu

Antiqiiit. italicœ, vol. III, dissert 44, p

logne lui semblent concluants ; et il réduit le rôle de Lanfranc à de plus modestes proportions. Entre ces deux systèmes qui vont, sans preuves suffisantes, de l'affirmation à la négation, il y a place pour une théorie moyenne. L'auteur de l'histoire de l'Université de Bologne, l'abbé Fattorini (1), s'en est fait le représentant. On ne saurait admettre toutes les raisons qu'il donne pour établir l'autorité de Robert du Mont. Sans doute, on ne peut accuser le moine Robert d'avoir voulu nous tromper ; Fattorini fait remarquer que Robert vécut au couvent du Bec, tout plein encore du souvenir de Lanfranc; il rappelle cette société d'Italiens de distinction que le couvent avait comptés longtemps parmi ses hôtes : le futur pape Alexandre II, Anselme, et bien d'autres, qui avaient pu, à défaut de Lanfranc lui-même, fournir des indications sur la vie de ce personnage. Le neveu de Lanfranc, avec lequel Fattorini met le moine Robert en relations, peut à peine compter au nombre de ceux dont il lui fut possible de recueillir le témoignage.

Si le texte de Robert était en contradiction avec des autorités solidement établies, s'il y avait à l'admettre quelque invraisemblance, il serait contraire à toute critique d'appuyer sur une base aussi fragile la moindre conjecture. Sans lui attribuer une importance exclusive, il n'y a pourtant aucun défaut de logique à l'admettre, au moins en partie. L'erreur grave contenue dans la première partie du texte ne saurait compromettre absolument la seconde : les deux moitiés de la citation ne sont pas connexes à tel point, qu'on ne puisse sacrifier l'une et retenir l'autre. En vain a-t-on voulu établir que le personnage désigné par Robert sous le nom de Garnerius est distinct du célèbre Irnerius ; Garnerius devient ainsi un personnage de fantaisie, dont aucun texte ne permet de supposer l'existence. Il convient donc de tenir pour indiscutable l'erreur de la première moitié de la citation.

Fattorini admet comme un fait hors de toute* discussion qu'il y eut une école de droit à Bologne avant Irnerius. Il ne s'arrête pas au texte de l'abbé Conrad (2), d'après lequel Irnerius aurait le premier, « à la demande de la comtesse Mathilde, renouvelé l'étude

1. De Claris arcliigymnasU Bononiensis professoribus]^ a sseculo xi iisque ad saec. xiv. 1769. Bononix.

2. Conrad, abbas Urspergensis, Chron. ad ann. 1126. (Libros legum qui dudum neglecti fuerant, nec quisquam in eis studuerat...)

des lois depuis si longtemps négligée. » Il soutient, non sans raison, que par les gloses dont le premier il donna l'exemple, par la méthode, Irnerius fut en réalité comme le créateur de cet enseignement en Italie : créateur par l'importance des services rendus, sinon par la date même de son œuvre. L'éclat de cet enseignement rejeta dans l'ombre tous ceux qui avaient paru avant lui (1). C'est dans ce sens qixOdofredus, professeur à Bologne, vers 1250, a pu écrire qu'« Yrnerius fut en Italie le flambeau du droit : « Apud nos lucerna juris : id est primus qui docuit in civitate istâ. — Primus ilhmiinator scientiœ nostrœ (2). »

Fattorini n'admet aussi qu'avec réserve le témoignage d'Odofredus sur un autre point : Odofredus dit en effet que les livres des lois {libros légales) furent apportés pour la première fois de Ravenne à Bologne à l'époque de l'enseignement d'Irnerius. Cet argument est-il décisif? Non sans doute ; car il ne saurait s'agir ici que des Pandectes^ et non du Code, des TnstihUes et des Novelles, dont les exemplaires, même alors, n'étaient pas rares.

Ainsi le fait de l'existence d'études juridiques à Bologne avant Irnerius étant admis, tout nous autorise à ne pas repousser le témoignage de Robert du Mont, dans sa seconde partie. Il est probable que Lanfranc enseigna le droit à Bologne : on ne saurait toutefois s'empêcher de remarquer avec quelle facilité le souvenir de cet enseignement se dissipa ; et ce seul fait commande la réserve dans l'af&rmation. Deux siècles après, Odofredus rapporte à Irnerius son maître tout l'honneur de cette création : on ne saurait en être surpris ; mais pourquoi faut-il qu'il fasse, avant Irnerius luimême, une place à un légiste inconnu, Pepo, et qu'il se taise sur le prétendu novateur de Pavie (3)? Pepo n'avait pas laissé une grande réputation, de l'aveu d'Odofredus lui-même : son nom s'était pourtant conservé; tandis que Robert du Mont est le seul à mentionner Lanfranc.

Instruit à Bologne dans les difl'érents ordres de connaissances cultivées de son temps, porté vers l'étude des lois par le caractère propre de son esprit et par un secret instinct qui lui faisait entrevoir dans cette étude un moj-en sûr de se distinguer

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