‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 8 sur 175 · Odofredus, In dig. Lib., jus civile, G · texte numérisé non relu

Odofredus, In dig. Lib., jus civile, G

et (le se rendre nécessaire, peut-être professeur de droit à Bologne môme, Lanfranc revint à Pavie, où il espérait trouver un théâtre digne de son activité. Dés qu'il y parut, on l'y remarqua; il conquit rapidement sa place parmi ceux dont les décisions faisaient autorité, et il est vraisemblable qu'à une époque où l'enseignement régulier et méthodique du droit n'était pas organisé, il se plut à diriger de ses conseils les jeunes esprits que les nécessités de la politique ou le goût désintéressé d'une science vraiment italienne engageaient dans cette voie. Sans doute, c'est à ce rôle plus modeste , d'un caractère tout à fait intime, qu'il faut ramener le prétendu enseignement de Lanfranc à Pavie ; mais si, privé du retentissement de la parole publique et de l'éclat qui s'attache à un enseignement reconnu nécessaire et longtemps désiré, ce rôle eut moins de grandeur, il n'en eut peutêtre pas moins d'efficacité. Ainsi, par un travail secret dont l'histoire n'a pas gardé le souvenir, se préparait ce mouvement de la renaissance des études juridiques qui est le grand fait littéraire et, en partie, politique du siècle suivant. On peut admettre, sans faire violence aux textes et sans attribuer un mérite d'emprunt à Lanfranc, qu'il eut plus que tout autre sa part dans ce grand travail préparatoire. Il faut, pour qu'un enseignement nouveau soit créé et prospère, que depuis longtemps déjà les esprits souffrent de son absence et soient préparés de longue date à en mesurer l'importance et à en recueillir les fruits. Les hommes qui ont contribué à répandre le goût d'une étude particulière, qui en ont fait goûter l'attrait et comprendre la nécessité, sont rarement appelés à l'honneur de l'enseigner publiquement : mais ils ont préparé un auditoire, ils ont façonné un public, et il n'y a que justice à reporter à leur mémoire quelque chose de la gloire qui s'attache au nom des premiers professeurs d'une science dont ils ont rendu possible l'enseignement.

En suivant M. Crispin, qui est le seul guide pour cette époque, il est impossible de dire combien dura ce nouveau séjour de Lanfranc à Pavie. Aucun fait digne d'être rapporté ne semble avoir interrompu le cours paisible de ses succès : à moins que le récit de cette première partie de la vie du bienheureux prélat ne parût à son chroniqueur un larcin fait à la vie du cloître, et qu'il n'ait eu hâte d'en terminer le sec abrégé. Il y eut alors, dans le cours

jusque-là régulier de cette existence, un brusque changement de direction. Lanfranc s'arracha tout à coup à tout ce qui avait embelli sa vie ; il avait conquis à Pavie et dans le nord de l'Italie une réputation des plus brillantes, et près d'un siècle après son départ le souvenir de ses talents s'y était encore conservé (1). Renonçant à tous les avantages qui pouvaient rendre sa vie honorée et facile dans sa patrie, il quitta l'Italie pour n'y plus revenir qu'en voyageur et passa les monts.

Ce départ soudain, ce renoncement à tout ce qu'il avait souhaité obtenir, d'autant plus surprenant que rien ne semble l'avoir fait prévoir, aucun écrivain du temps n'a eu la pensée ou les moyens de nous en révéler la cause véritable. Faut-il l'attribuer à quelqu'un de ces événements intimes, presque toujours ignorés de l'histoire , qui changent subitement le cours d'une vie , ou , comme on peut le deviner à certains indices, était-ce le désir de visiter ces savantes écoles de la Gaule qui, quelques années auparavant, avaient donné Gerbert à l'Italie ? On avait vu déjà, aux siècles précédents, des Italiens porter dans des contrées voisines la science puisée dans les écoles de la Péninsule (2), et ce mouvement d'extension reprit alors avec plus d'activité que jamais. Mais, à la distance où nous sommes des événements et dans le silence presque complet des textes, nous sommes réduits aux conjectures, et l'obscurité la plus profonde nous dérobe les véritables motifs d'une résolution dont les suites devaient avoir tant d'importance,

La France semble avoir exercé alors sur les pays voisins une influence et une sorte d'attraction qui mérite d'être remarquée. Si l'Italie était restée, comme le croit Hallam sur la foi d'un texte de Gerbert (3), le principal dépôt des trésors de l'antiquité, et si les manuscrits commençaient à peine à être importés de ce côté des Alpes, nulle part le mouvement imprimé par Charlemagne aux études ne s'était continué plus qu'en France ; l'activité des esprits n'était nulle part plus grande. Quelques écoles d'Allemagne, qui avaient tenu le premier rang au x^ siècle, Paderborn, Hildesheim, Fulda, luttaient encore d'importance avec les écoles de la France,

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