‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 71 sur 175 · Ampliorem quàm dictu credibile sit. (Guil. de Poit · texte numérisé non relu

Ampliorem quàm dictu credibile sit. (Guil. de Poit

n'a trait aux négociations de 1066. L'histoire eu est donc réduite aux conjectures; mais à des conjectures que la vraisemblance soutient. Il y avait entre le pape Alexandre II et Lanfranc des relations auxquelles la différence des rangs n'avait rien enlevé de leur intimité. Hildebrand et l'abbé de Saint-Etienne s'étaient déjà trouvés en rapport; et depuis plusieurs années, Guillaume avait fait du moine son conseiller. Si l'on songe, en outre, qu'au moment d'organiser la conquête, Lanfranc fut au premier rang de ceux dont Guillaume réclama le concours et qu'il lui remit la première dignité ecclésiastique de l'Angleterre, on ne peut se refuser à faire une part à Lanfranc dans les préliminaires de cette grande œuvre. La réserve la plus prudente fut toujours un des caractères de sa politique : il écrivit peu, et en toute occasion il aima peu à se montrer, plus ami des efforts efficaces et silencieux que de l'apparat et du bruit : tel du moins il parut en Angleterre, à la tète de son diocèse, et, à certains moments, de l'Etat. Le silence des contemporains, pour lesquels les négociations de ce caractère sont presque toujours un secret, et le défaut de monuments écrits, ne sauraient prévaloir contre les présomptions tirées du caractère de l'homme, de son influence présente, et du développement de sa fortune, qui reçut alors un élan nouveau.

Quatre années se passèrent pendant lesquelles rien ne fut changé à la condition de Lanfranc : ce sont les années critiques de la conquête. Le rôle du clergé anglo-saxon doit seul nous intéresser. S'il est permis de conclure de quelques faits particuliers, le clergé régulier se montra plus que les évêques, à la hauteur de son devoir; on remarqua un abbé et des moines parmi les combattants d'Hastings et la précipitation avec laquelle le combat fut engagé empêcha peut-être les religieux patriotes de figurer dans leurs rangs en plus grand nombre. Apres Hastings, l'abbé de Saint-Albans ne dissimula au vainqueur ni ses sentiments ni ses préparatifs de défense, devenus inutiles. On vit aussi les deux premiers prélats du royaume^ Stigand de Cantorbéry et Aldred d'York, pendant quelques jours à la tête du parti de la résistance nationale. Mais, avant même l'entrée de Guillaume àLondres,un changement s'étaitproduit dans les dispositions de Fépiscopat anglais; la plupart des évêques parlèrent de soumission : tout au moins ils parurent indécis à un moment où hésiter mène à capituler. Etait-ce, comme on Va cru, res-

pecl de la décision pontificale , ou habileté à se tourner vers le pouvoir nouveau ? On ne savait encore ce que serait la conquête ; d'ailleurs ne pouvait-on lier par de solennels engagements le roi imposé par la fortune des armes, en faire l'héritier naturel des rois saxons et arrêter l'envahissement? Cet espoir, dont la suite devait montrer le néant, pouvait alors encore être conçu ; et ce fut peut-être l'illusion d'Aldred lui-même quand il reçut, après la tumultueuse cérémonie du couronnement, le serment de Guillaume d'être pour l'Angleterre comme le meilleur des rois saxons. Avec un sentiment plus net de sa situation vis-à-vis de Rome, le clergé anglais eût été moins confiant; le fait de refuser la couronne des mains de Stigand parlait assez haut. A ne consulter que les intérêts politiques et humains, c'est à Stigand que Guillaume aurait dû demander la couronne. Stigand, quelque fût son caractère comme prélat, représentait l'ancien parti de Godwin et d'Harold; il pouvait être appelé à personnifier le parti anglo-saxon; la consécration reçue de sa main avait aux yeux du vaincu un tout autre caractère; et si Guillaume avait vaincu seul, il eût commis une faute en se privant du prestige de cette sanction. Mais deux puissances avaient triomphé le même jour à Hastings, elles se devaient encore l'une à l'autre bien des ménagements, et ce fut une concession importante au Saint-Siège de tenir Stigand à l'écart au jour de la solennité. Stigand était pourtant encore le maître de la situation : le vainqueur le sentait; il l'appelait son père, mais il fut contraint d'imaginer des envoyés de Rome, porteurs d'ordres formels, pour se dérober au périlleux avantage d'être sacré par le représentant du parti saxon. On eut beau prodiguer les serments, le couronnement ne fut une cérémonie politique qu'à demi, ou plutôt son caractère politique parut hostile à l'Angleterre, à son clergé surtout, auquel le sentiment du danger n'aurait dû manquer d'apparaître.

Il y a lieu de s'étonner que Rome , après avoir vaincu , ait attendu quatre ans avant de recueillir les avantages de sa victoire : jusqu'en 1070, en effet, aucun acte important ne marque son influence, et la conduite de Guillaume vis-à-vis de son clergé n'annonce en rien, dès le début, le système d'exclusion qui doit suivre. C'est à tort que Ton attribue avant cette époque à ces rapports un caractère de violence systématique démenti par les faits ;

sans doute les richesses et les ornements précieux que Guillaume rapporta en Normandie et distribua à toutes les églises de France, jusqu'en Auvergne (1), n'étaient pas, comme on s'en vantait, le fruit de dons volontaires; il y eut sur bien des points spoliation et rapines; c'est la guerre, et la modération de ces aventuriers enivrés par leur changement inouï de fortune mériterait mieux de nous surprendre. Sans doute aussi les biens des Églises qui tentaient la cupidité des nouveaux possesseurs souffrirent beaucoup de leurs empiétements; dans le comté de Kent surtout, où l'autorité archiépiscopale était comme en interdit, le propre frère du roi s'appropria et distribua à ses hommes bon nombre de domaines appartenant à l'Église du Christ, à l'abbaye de Saint- Augustin et à l'Église de Rochester. Il y eut plus tard conflit; il fallut toute une procédure délicate pour reprendre à César ce qui était à Dieu. Mais si l'on y regarde de près, où trouver pendant cette première période les traces d'un parti pris de proscription du clergé national? On a beaucoup abusé contre Guillaume de la rançon exigée de Brand, abbé de Peterborough : c'est le fait capital des deux premières années. On remarquera néanmoins que Brand, élu par ses moines, était allé, en 1067, soumettre son élection à la confirmation du roi Edgar : la colère de Guillaume fut grande, dit la chronique saxonne ; mais des personnes d'importance intercédèrent en faveur de l'abbé rebelle ; Guillaume se contenta d'une amende de quarante marcs d'or. On voudrait savoir ce qu'étaient ces viri boni dont parle la chronique, leur race, leur qualité, pour apprécier, sans rien livrer au hasard, le caractère de leur intervention. Quoi qu'il en soit, Brand conserva sa dignité jusqu'à sa mort.

Mais insensiblement, des violences que Guillaume n'était pas le maître d'arrêter (2), donnèrent à l'attitude du clergé un nouveau caractère : rien ne pouvait contenir les bandes d'hommes qui avaient fait la victoire et qui menaçaient d'en compromettre les résultats. Incapable de réprimer leur convoitise, Guillaume n'en était pas moins obligé de respecter en eux la force armée, nécessaire au maintien de sa puissance. Le clergé se tourne alors vers

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