Aut impetraturum aut emptumm. — Éd. Gibson, p
2. Quamvis et ibi venalitas multùm operetur. — Guil. de Malmesbury. De Geat. Pont., I, p. 116, éd. 1596.
provinciale l'emportait incontestablement sur la classe correspondante du clergé d'Outre-Manche (1); il faut renoncer à attribuer aux travaux de l'intelligence une influence salutaire sur les mœurs, ou reconnaître qu'une province circonscrite comme la Normandie n'avait pas inutilement vu se développer chez elle des écoles, comme celle dont le Bec est resté le type, et des centres d'étude, comme l'étaient devenus depuis trente ans tous ses monastères. Cette supériorité a paru tellement évidente, qu'on a voulu l'étendre à la nation normande tout entière; d'éminents historiens, lord Macaulay par exemple, l'ont affirmée; pendant longtemps ce fut une croyance populaire que les scandales des nobles et du clergé anglais, la corruption du pays tout entier avaient attiré sur l'ile le fléau providentiel de la conquête (2). Sans reconnaître la supériorité morale de son vainqueur, le vaincu fait ainsi l'aveu de s.a propre indignité.
Tel paraît avoir été l'esprit de la politique religieuse appliquée à l'Angleterre après 1070. Le détail des faits doit confirmer ce jugement d'ensemble.
Malgré le nombre et la précision des textes qui permettent d'arriver à la vérité sur ce point, les historiens de Guillaume ne se sont pas assez occupés d'établir le vrai caractère de sa 'politique vis-à-vis du clergé. Il ne doit pas être question du seul clergé anglo-saxon, mais de l'Eglise elle-même, considérée comme puissance spirituelle à la fois et comme corps politique constitué. Que devient la persécution systématique du clergé vaincu, si l'on peut établir que, la part faite aux violences inévitables, une mèm.e politique a été appliquée au clergé normand et au clergé anglais ?
Malmesbury a un mot significatif, qui a été trop peu remarqué : quand il parle de la dégradation de Stigand condamné comme <sc indigne et faux archevêque », il fait précéder ce jugement d'une courte phrase : « Guillaume, fidèle au plan qu'il avait commencé « à suivre en Normandie... (3) ». — Aux yeux d'un moine con-
1. Eo tempore (1066) Normannia prseclarè vigebat sapientibus Ecclesiarum praelatis et optimatibus... Omnes hi pollebant et excellentiâ prseclarœ generositatis et claritudine religionis multimodseque probitatis (0 .Vital, III, 1 ].