Henri de Huniindon, Histoj^ix, hb. 5. Prologus
3. Willelmus propositi quod in Normannia cœperat tenax. (Malmesb. De Gest. Reg., 3.)
temporain, bien préparé pour saisir le caractère purement religieux de ces changements, c'est le même plan qui se développe des deux côtés de la Manche. Il n'y a pas deux hommes et deux politiques : le même esprit inspire le duc et le roi; les conditions d'application seules sont différentes.
Avant d'entrer dans le détail des faits relatifs à l'Angleterre, résumons la politique religieuse de Guillaume en Normandie, avant comme après la conquête. Lanfranc ne se sépare pas de Guillaume; il est mêlé à la plupart des événements qui nous occupent, et, même quand il ne paraît pas, il les prépare et les inspire.
Nous avons vu l'application du duc Guillaume, avant 1066, à rétablir, par les décrets des conciles provinciaux, la discipline dans les deux ordres de clergé, dans la cathédrale et dans le cloître. Après la conquête, cette préoccupation est encore manifeste : en 1072, un concile fut tenu à Rouen, et porta des peines sévères contre les moines vagabonds. — En 1073, nouveau concile à Rouen; Guillaume le préside. En 1074, nouveau concile à Rouen, Guillaume y assiste; l'article premier renouvelle les condamnations contre les simoniaques ; Tarticle 6 remet en vigueur la règle de Saint-Benoît pour les couvents des deux sexes ; l'art. 8 défend aux èvêques d'ordonner un clerc ignorant. En 1080, le concile de Lillebonne prescrit de nouvelles mesures contre l'inconduite des clercs et le concubinage (1). L'ensemble de ces actes témoigne d'un effort constant de réforme ecclésiastique.
Guillaume obéissait à ce besoin d'ordre et d'organisation qui en font un des plus grands princes du moyen-àge ; mais, comme il est naturel chez ces âmes encore rudes, la brutalité et le despotisme étaient souvent le complément ouïe moyen de ces réformes. Même pour les siens, Guillaume était dur, brutal, redoutable (2) ; l'arbitraire présida souvent à ses actes ; en retour de sa protection, il exigeait l'obéissance et le respect du pouvoir. Réformateur tyrannique, il ne recula jamais devant la violence : on peut en juger par sa conduite envers le couvent d'Ouche. Robert, abbé d'Ouche, avait été impliqué dans un mouvement des seigneurs normands
1. Bessin. Concilia Rotoynag . Eccles. Rouen, 1717. '2. On se rappelle Herluin, ne voulant croire au retour de Lanfranc, que lorsque le prieur est devant ses yeux.
contre le duc ; craignant la colère de Guillaume, il passa en France, et de là se rendit à Rome auprès du pape. — « Le duc, par le conseil du vénérable Ansfroi, abbé de Préaux, de Lanfranc, prieur du Bec, et d'autres personnages ecclésiastiques, demanda à Renier, abbé de la Sainte-Trinité-du-Mont, à Rouen, de lui donner Osbern, prieur de Cormeilles ; et sans que celui-ci s'y attendît, il lui confia le soin de l'abbaye d'Ouche, dans un synode tenu à Rouen, sous la crosse de l'archevêque Maurile. L'évêque Hugues conduisit ensuite Osbern à Préaux par l'ordre du duc (jussuducis) et là, soudainement, à l'insu des moines, le consacra abbé, l'emmena à Ouches avec lui, et l'imposa de par le Duc (ex inipei'io ducisj aux moines consternés. Ceux-ci se trouvèrent dans un grand embarras; en effet leur abbé vivait encore; c'était lui qui avait fondé leur église, qui les avait initiés à la vie monastique ; il était chassé sans preuves, non par le jugement d'un concile, mais par la tyrannie d'un prince en fureur. Ils hésitaient à recevoir un autre abbé, et cependant ils n'osaient pas le refuser ouvertement, à cause de la violence du duc. Enfin sur les remontrances de l'évêque Hugues, ils préférèrent soufî"rir la violence, et ils se montrèrent obéissants au chef qu'on leur donnait, plutôt que de rester sans le joug d'une autorité, d'ofî'enser la puissance du duc, et d'exciter par leur résistance un surcroît de malveillance qui pouvait avoir pour efî'et la destruction fad destructioneni) du nouveau monastère (1) ». A lire ce récit, ne croirait-on pas assister à la dépossession violente d'un abbé anglo-saxon? La scène se passe dans un des couvents les plus favorisés de la Normandie. Il n'est pas inutile de remarquer que Lanfranc fut en cette circonstance le conseiller de Guillaume, et que cette rapide exécution fut en partie son œuvre. Nous en savons la date: 1060. L'affaire de Saint-Evroul est surtout politique; celle de Rouen, de beaucoup postérieure, est exclusivement religieuse. Le successeur de l'archevêque Maurile, Jean, ancien évêque d'Avranches, avait porté dans l'exercice de ses fonctions toute l'ardeur d'un zèle que sa sincérité ne gardait pas toujours des excès. De haute naissance, d'un esprit cultivé , il s'appliqua pendant dix années à transformer le clergé de son diocèse; le concile de 1072, dont 0. Vital nous a conservé les