‹ Lanfranc, archevêque de CantorbéryChapitre 83 sur 175 · Ch. VI · texte numérisé non relu

Ch. VI

évoques et des abbés de Normandie. Lanfranc refusa d'abord l'écrasant fardeau dont on voulait le charger; il demanda du temps pour se recueillir, certain qu'il devait se résigner à sacrifier aux fonctions épiscopales le calme et les méditations fécondes de la vie monastique. Peut-être aussi, avant de se livrer aux orages politiques, l'immensité de la tâche effrayait-elle son courage. Comme à la mort de Maurile, il se sentait pris de regret et d'effroi à l'entrée d'une vie nouvelle. Si nous pouvions dérober leur secret à ces âmes que le monde et Dieu se sont disputées, nous serions surpris par le sentiment profond des devoirs que l'épiscopat représentait à leurs yeux, et nous serions moins prompts à soupçonner la sincérité de ces résistances qui surprend nos vulgaires ambitions. La reine et son fils, tous les seigneurs normands le priaient d'accepter : mais cet esprit mesuré, qui ne livrait rien à l'entraînement ni au hasard (1), hésitait encore. Sous quelque aspect qu'on la considérât, cette nouvelle dignité était faite autant pour épouvanter que pour éblouir. Sacrifier le repos du cloître pour les périls d'une administration en pays conquis et des luttes peut-être sanglantes; livrer à la haine des partis sa mémoire et les restes d'une existence presqu'à son terme, telles durent être ses craintes. Il ne fallut rien moins que l'ordre formel d'Herluin « auquel il obéissait comme au Christ (2) », pour triompher de ses scrupules. A l'abbé du Bec se joignirent tous les barons normands qui avaient reçu de Guillaume l'ordre d'insister auprès de Lanfranc.

Il hésitait encore, dit Crispin, lorsqu'il passa la mer; il espérait fléchir le roi et il attendait plus de joie de son retour (3). Guillaume le reçut avec les plus grands honneurs et Lanfranc subit sa grandeur nouvelle.

A quelque parti que l'on appartînt, le choix d'un archevêque de Cantorbéry était un événement considérable : la cérémonie de la consécration se fit avec une pompe inaccoutumée ; le roi convia tous les hauts personnages ecclésiastiques et séculiers du royaume (4) ; les évêques normands déjà consacrés et un grand nombre

\. Quia omne factum et dictum ejus discretionis dirigebat normn. (0. Vital, R', 6.)

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