Sperans jucunditatem in reversione. (Fita
4. Multa dignitas regni Ecclesiastica et saecularis. (Vit a, VI.)
de prélats et d'abbés saxons se rendirent à Cantorbéry ; on compta huit évêques présents à la cérémonie, le 28 août 1070 (1). Il y eut comme un semblant d'élection par les anciens de l'Eglise de Cantorbéry, les évêques, les seigneurs, les clercs et le peuple (2). L'importance qu'attachait Guillaume à cet événement parut telle que les évêques empêchés s'excusèrent par lettres de ne pouvoir y figurer (3). Lanfranc fut assisté par les évêques Guillaume, de Londres, Siward, deRochester, Yauquelin, de Winchester, Remy, de Dorcester, Herfast, d'Helmham, Hermann, de Sherborne, Gison, de Wells, et Stigand.
Du jour où il fut installé, il se substitua naturellement au roi dans la direction suprême des affaires ecclésiastiques : il n'y eut pas abdication de la part de Guillaume, qui conserva toujours la haute main et la surveillance sur cette partie importante des affaires de l'Etat : mais, sauf deux circonstances où l'accord de ces deux hommes parut un instant troublé, ces deux volontés, dirigées par les mêmes principes et cédant aux mêmes intérêts, n'en firent qu'une. A une époque où les limites de Tautorité spirituelle étaient mal fixées, et où le soin des âmes donnait aux gens d'Eglise l'occasion et le droit d'intervenir partout en arbitres, l'influence de Lanfranc pouvait aisément devenir toute puissante ; nous en suivrons le développement, et, nous le verrons, ministre sans rival, gouverner l'Angleterre en l'absence de Guillaume, diriger en toutes circonstances les conseils du roi, son ami (4).
Dés la fin de 1070, Guillaume s'en remet à Lanfranc du soin de continuer l'œuvre commencée : le nom du roi ne paraît plus que rarement dans les actes des conciles tenus en Angleterre ; celui de Lanfranc semble donner aux décisions toute leur autorité. La Chronique saxonne ne parle plus de Guillaume, et Lanfranc y apparaît comme le seul responsable de tous les actes d'administration religieuse postérieurs aux conciles de 1070.
1. La Chron. saxonne donne la date du quatrième jour des calendes de septembre.
2. Eligentibus eu m senioribus ejusdem Ecclesiaî cum episcopis et principibus, clero et populo Angliac. -- Gervasius. Jet. Pont. Cant., p. 1653.
3. Reliqui autem qui aberant, per nuntios et litteras significaverunt quare interesse non possent. {Chron. .saxon., éd. Gibson, p. 175.)
4. Régis... specialis consiliarius. (M. Paris, ^^'.ç^ Jngl., an. 1071.)
L'homme aux mains duquel l'Eglise saxonne était remise, n'était pas exempt des préjugés de la conquête, et on méconnaîtrait son vrai caractère, si on lui prêtait cette impartialité sereine qu'en aucun cas la passion ne saurait troubler. Lanfranc croyait à l'infériorité intellectuelle et morale du clergé anglo-saxon ; cette appréciation sincère fut le principe de son gouvernement ; mais il ne sut pas toujours cacher sa hauteur dédaigneuse, surtout dans les premiers temps. 'La grossièreté et l'ignorance des évoques anglo-saxons rebutaient cet esprit cultivé : il ne leur épargna pas toujours ces jugements trop vrais, qui, dans la bouche du vainqueur, irritent autant que l'injustice (1). Il ne recula pas devant l'emploi des moyens violents, et « comme établi par Dieu pour arracher, dis- « perser, disséminer, édifier et planter, il s'efforça de rétablir « l'Église d'Angleterre d'après un plan nouveau (2) ».
L'ironie tempère ici l'éloge; l'auteur semble accuser un réformateur impatient et capricieux; il reconnaît pourtant qu'il y avait beaucoup à corriger et à rétablir, et que clercs jet moines voulaient une réforme profonde.
Pour saisir le vrai caractère de l'œuvre de Lanfranc, il faut la considérer dans son ensemble sous plusieurs aspects ; nous ne raconterons pas sa vie année par année; à suivTe trop servilement l'ordre chronologique, on se condamne à sacrifier le groupement logique des faits qui en facilite l'intelligence. Nous étudierons d'abord sa conduite envers l'Episcopat, et l'examen des textes relatifs aux évêques dépossédés et à leurs successeurs confirmera, dans la plupart des cas, le jugement général porté plus haut; les textes sont malheureusement rares et peu précis ; il se dégage pourtant de cette étude xine impression qu'il faut recueillir.
Il est à remarquer d'abord que la Chronique saxonne, qui n'est pas suspecte, n'a pas une expression de haine pour Lanfranc : dans le récit succinct qu'elle donne des événements, elle accorde toute une page à l'exposé de son administration ; et bien qu'elle lui attribue la responsabilité tout entière de ces mesures, elle ne le
1. Cœpit preelatos Anglise. .. pro simplicitate contemnere et ydiotas vocare et aliquos de litteraturae ignorantiâ accusare. (M. Paris, Histor. Jngl., an. 1073.
2. Ailredus abbas. De Vit. et Mirac, Edwardi conf. — Twysden , p. 406.
juge pas sévèrement : elle énumére , à leur date , les dépositions d'évêques et d'abbés; aucune expression de sympathie ou de colère n'accompagne ce simple compte rendu. A deux reprises, l'épitliéte venerahilis est donnée à Lanfranc (1), et, si banale qu'elle paraisse, elle vaut la peine d'être notée sous la plume d'un écrivain d'ordinaire si sobre de louanges, même envers ses amis, et si contenu dans ses haines.
Il n'est pas diflâcile de compter parmi les évêques appelés par Lanfranc quelques-uns de ces hommes qui en tout pays eussent fait honneur à leur dignité et à l'Eglise. L'évêché de Rochester était plus que tout autre, par l'effet de son voisinage, sous la main de l'archevêque de Cantorbéry. A l'époque de la conquête, le titulaire était Siward, qui garda son siège au moins pendant quatre ans encore, puisqu'on le voit assister en qualité d'évèque suffragant au sacre de Lanfranc (2). Il laissa son Eglise dans un état de dénûment absolu (3) ; quatre chanoines à peine y continuaient les pratiques religieuses ; ils offraient l'affligeant spectacle de religieux à peine vêtus, nourris par la charité publique (4).
Lanfranc appela à Rochester, en 1076, un ancien moine du Bec, Hernost, qui mourut dans l'année. Son successeur fut aussi un moine, Gondulphe. C'était un homme d'une religion éprouvée, d'un esprit cultivé, propre à l'administration, et que ses heureuses facultés semblaient prédestiner à une rapide fortune (5). Il était né dans le diocèse de Rouen et avait gagné de bonne heure l'amitié de l'archevêque Maurile. Assailli par une tempête, au retour d'un voyage à Jérusalem, il fît le vœu d'embrasser la vie monastique. Elève de Lanfranc au Bec, il suivit son maître à Saint-Etienne, et forma avec Anselme des relations d'amitié qui durèrent autant que sa vie. On a conservé dans la correspondance d'Anselme quelques lettres à Gondulphe, qui honorent l'èvêque de Rochester.
Gondulphe seconda Lanfranc avec le plus grand zèle dans son