‹ Lanfranc notice biogr., littér. et philosophiqueChapitre 3 sur 6 · 34 - NOTES SDR LA PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

34 - NOTES SDR LA PREMIÈRE PARTIE

(1) Les sources principales, où j'ai directement poisé pour cette biographie sont : 1°. La vie de saint Lan franc ( Vita sancti Lanfranci archicpiscopi) dont l'auteur, Milon Grispin, était chantre au Bec (cantor Becci) du temps de saint Anselme ; cet opuscule a été publié avec des notes par d'Acher y , dans son édition des Œuvres de Lanfranc ( Bcati Lanfranci cantuariensis archiepiscopi et Angliœ primatis , ordinis S. Benedicti , Opéra omnia , quœ reperiri

poiuerunt in-f 6 ., Paris , 1648), p. 1-16: — 2*. Une

Chronique de l'abbaye du Bec {Chronicon beccensis abbatial ab ipsa fundatione ad annum 1467), publiée par le même éditeur dans le même volume , Appendice , p. 1-31 : — 3°. La vie d'Herluin ( Vita sancti et gloriosissimi patris Herluini , primi pastoris et fundatoris beccensis cœnobii) par Gilbert Grispin , abbé de Westminster , l'un des élèves les plus distingués de saint Anselme; même volume, au lieu déjà cité, p. 32-40 : — 4°. La vie de saint Anselme {Vita sancti Anselmi cantuariensis archiepiscopi) par Eadmer, l'un des disciples et des amis les plus chers du grand archevêque , publiée à la suite des Œuvres de saint Anselme dans l'édition qu'en a donnée Dom Gerberon ( in-f». , Paris , 1675 ) , Appendice , p. 1-26 : — 5°. L'Histoire des nouveaux [ faits et gestes ] ( Historia novorum) par Eadmer, l'ami intime de saint Anselme, avec les notes de Selden, dans la même édition des Œuvres de saint Anselme, au lieu déjà cité , p. 27-134:

— 6°. V Histoire des Ducs de Normandie (Historia Normannorum ) par Guillaume de Jumîège , qui dédia son livre à Gui!laume-le-Conquérant et qui par conséquent écrivait avant 1087; il faut dire cependant que le chapitre 9 du livre VI qui nous intéresse plus particulièrement semble avoir été ajouté après coup à la rédaction de Guillaume par un moine inconnu de l'abbaye du Bec ; c'est du moins un soupçon élevé par l'auteur de l'article : Guillaume , moine de Jumicge , qui se lit dans Y Histoire littéraire de la France , t. VIII, p. 167-173; soupçon que partage M. Guizot , dans la Notice sur Guillaume de Jumiège, qui ouvre sa traduction de ce chroniqueur (un vol. in-8°. , Caen, 1826) : — V. Enfin Y Histoire ecclésiastique (Historié ecclesiastica libri tredecim ) d'Orderic Vital, édit. A. Le Prévost, Paris, 1860, t II, passim. — Entre les écrivains de seconde main dont je me suis quelquefois aidé , je dois mentionner surtout : 1°. Du Monstier , Neustria pia , in-P*. , Rouen , 1663 , p. 435 et suiv. : — 2°. Mabillon , Annales ordinis sancti Benedicti , in*f°. , Paris, 1707 , t. IV:— 3°. L'auteur de l'article intitulé Le B. Lanfranc , archevêque de Cantorberi , dans Y Histoire littéraire de la France, in-4°. Paris, 1747, t VIII, p. 260- 305 : — û°. Dom Remy Celllier , Histoire générale des «*teurs sacrés et ecclésiastiques, lu-4°. Paris, 1757, t. XXI, p. 1-36 : — et 5 B . Les rédacteurs du Gallia christiaua , in-f». , Paris , 1759, t. XI, p. 216 et suiv.

(2) La Biographie universelle écrit Cologne, an lieu de Bologne ; c'est une faute d'impression.

(3) J'ai entre les mains une lettre adressée , en avril 1836 , à M. Mancel , conservateur de la bibliothèque de Caen , et signée wichelet , où se trouvent ces lignes : « ... Ne traitez- vous pas Lanfranc dans votre prospectus

avec un peu de sévérité ? J'ai essayé de le réhabiliter dans le 2 d . vol. de mon hist. de France. D'abord , j'ai donné un texte curieux d'après lequel Lanfranc fut , avec Irnerio , le fondateur de l'Ecole de Bologne. — Puis j'ai montré par d'autres textes , qu'il avait défendu contre le frère de Guillaume les privilèges de Kent. Lanfranc fut en ce sens le prédécesseur légitime des grands archevêques de la même Eglise, S. Anselme et Thomas Becket. Cette perpétuité n'a pas été saisie , je crois , par mon illustre ami, Augustin Thierry, qui se montre aussi favorable à saint Anselme et à Becket , que défavorable à Lanfranc. >

J'ai cherché , sur cette indication , dans le second volume de l'Histoire de France, le texte dont parle ici le célèbre écrivain. Mes recherches ont été vaines. Peutêtre M. Michelet, avant de le publier, aura-t-il reconnu quelque méprise qui l'aura arrêté tout court ; ce qui est certain, c'est qu' Irnerio ne dut enseigner à Bologne que 70 ou 80 ans après que Lanfranc en était parti , et qu'il ne put par conséquent concourir avec lui à la fondation d'une école qui d'ailleurs existait avant qu'il ne fût né. On ne sait pas au juste en quelle année il naquit ; mais l'époque de sa naissance ne doit pas être fort éloignée de celle où Lanfranc mourut. « Irnerius , Hernerius , Gvarnerius, Warnerus, etc. , etc. , cette lumière du droit et des lois, comme on l'appelait (Lucerna juris sive legum lumen dictus. )... diem obiit medio seculo XIII (1. XII ;, quanquam Gangius cum Fichardo, Pancirollo et aliis ad a. 1190 vitam affirmât produxisse. Fabricius, Biblîotheca latina média et infime* œtatis , V°. irnerius. » C'est au reste une erreur qu'avait déjà commise l'Histoire littéraire de la France qui affirme (t. VII, p. 151), que • dès

l'année 1032 , Lanfranc et Garnier, son collègue, expliquèrent publiquement à Parle le Gode Justraien » ; erreur qui remonterait , si je ne me trompe , à Robertdu-Mont, dans le livre duquel ( Roberti de Monte ad Sigibertum accessiones , publié par d'Achery , parmi les Additamenta ad venerabilis Gttiberti abbatis opéra itlustranda, p. 721 , col. 2) nous lisons : « Lanfrancus papiensis et Garnerius socius ejus , reperds apud Bononlam legibus romanis , quas Justinianus imperator Romanorum anno ab iocarnatione Domini DXXX abbrevlaïas emendaverat, bis inquam repertis, operam dederunt eas légère et aliis exponere.... » ; à moins encore qu'il n'y ait réellement eu à cette époque un autre Irnerio ou Garnier parfaitement inconnu et qu'on aurait confondu plus tard avec celui du XII*. siècle.

Sans doute Lanfranc défendit contre le frère de Guillaume les privilèges de l'Eglise dans le comté de Kent ; mais c'était à l'instigation du Conquérant ou du moins avec son autorisation expresse que l'archevêque de Cantorbéry rappelait à l'ordre l'évêque de Bayeux , et il y avait, dans cette répression , autant , sinon plus, de politique que de morale religieuse. J'en puis donner la preuve. « Cura olim Willielmus senior apud Lanfrancnm quereretur se a fratre deseri : Tu , inquit, prende eum et vinci. Et quid , respondit ille , quia clerlcns est ? Tune archiepiscopus lepida hilaritate , ut ait Persius , crimlna rasisLibrans in antithetis: Non, dixit, episcopum Baiocarum capies , sed comitem Canliae custodies. Guillaume de Malmesbury,D« gestis Begum anglorum , 11b. IV, dans le Rerum anglicarum scriptores , édit. Savile , In-fV , Francfort, 1601 , p. 120. » Notons en passant que Dom Bouquet , dans les extraits qu'il donne de ce livre ( Re-

cueil des historiens des Gaules et de la France, t. XIIÎ, p. 2 ) , rapportant ce passage , en a supprimé la citation de Perse qui lui donne une physionomie toute spéciale. Sur ce point, M. Cbéruel , dont l'opinion est d'un si grand poids en pareille matière , avait , de son côté , pensé exactement ce que je pensais du mien; et c'est avec un vrai plaisir que j'ai rencontré dans des notes sur Lanfranc qu'il a bien voulu mettre à ma disposition , au bas du morceau que je viens de citer et qui l'avait frappé , comme il me frappe moi-même , ces lignes que je si « gnerais : « Cette anecdote est assez importante pour le caractère de Lanfranc ; il parait généralement disposé à sacrifier l'intérêt ecclésiastique à l'intérêt politique. » Lanfranc servait l'Eglise , mais en servant et , qui plus est , pour servir la Royauté , ou plutôt le Roi auquel il était exclusivement dévoué. Nous ne saurions dire ce qu'il eût fait, s'il se fût vu, comme saint Anselme et Thomas Becket, obligé de prendre ouvertement parti contre la Royauté pour l'Eglise. Mais le ministre de Guillaume appartient à une époque où la Royauté et l'Eglise, en Angleterre, confondant leurs intérêts , devaient marcher d'accord vers le but commun qu'elles se proposaient l'une et l'autre, la soumission des peuplades anglo-saxonnes à une discipline quelconque; saint Anselme, au contraire , et Thomas Becket apparaissent au moment où les deux puissances vont se partager les fruits de la victoire; où, par conséquent, elles se distinguent nettement l'une de l'autre et sont en plein antagonisme ; Lanfranc précède donc ces deux grands hommes; il les prépare même , si l'on veut ; mais il n'est pas de leur famille ; sa douceur et son esprit conciliant, excellents pour son rôle , n'eussent pas suffi à leur mission plus rude et qui demandait une rare énergie et des vertus de lutteur.

\U) Voyez , pour les rapporte de la Normandie et de l'Italie à cette époque , E. Gauttier d'Arc , Histoire des conquêtes des Normands en Italie, en Sicile et en Grèce, in-8°. , Paris, 1830.

(5) Jean d'Avranches était fils de Raoul, comte de Bayeux; neveu de Richard I , duc de Normandie; frère de Hugues, évêque de Bayeux. On ne sait pas en quelle année il naquit ; mais on croit qu'il mourut en 1079. Son livre principal , De o/peiis ecclesiasticis , a été imprimé à plusieurs reprises, deux fois entr'autres à Rouen, en 1642 et en 1679. Voyez V Histoire littéraire de la France, t. VIII, p. 64-74.

(6) Le biographe d'Herluln rapporte sa conversion à ses dispositions naturellement pieuses et à une inspiration divine. Orderic , qui n'est pas de l'abbaye du Bec, assigne à cette détermination un motif d'un ordre moins élevé. — Dans une bataille entre le comte de Brionne et le comte de Ponthieu , ce dernier avait pris ou massacré un grand nombre d'ennemis. « Tune ibi quidam miles, nomine Herluinus, periculum metuens , totoque nlsu pro salute sua fugiens , Deo devovit quod si de imminent! periculo sospes evaderet, nulll ulterius nisi soi! Deo militaret. Dei nutu discrimen bonorifice evasit , votique sui memor saecnlum reliquit.... Historia ecclesiastica, édit. Le Prévost, t. II, p. 13. » — Si Orderic dit vrai, ce qui me semble fort probable, Herluin serait entré dans la vie religieuse par une raison analogue à celle à laquelle bientôt après Lanfranc devait aussi obéir.

(7) Est- ce du nom de ce ruisseau que l'abbaye du Bec a emprunté le sien ? Ne serait-ce pas plutôt de l'angle formé par le confluent de ce ruisseau et de la Aille , que le ruisseau et l'abbaye ont tiré le nom qu'ils portent

encore? c'est une question qui ne vaul pas la peine qu'on prendrait à la débattre. Pour moi, sans rien affirmer positivement, j'inclinerais vers la dernière de ces hypothèses, qui a pour elle le sens du mot Bec (le Bec-d' Allier , le Bec-d'Ambez , etc. , etc. ) et l'autorité de Lamartinière : « Le Bec , bourg de France en Normandie , avec une abbaye fort riche et fort grande. On lui a donné ce nom à cause qu'il est situé sur un Bec ou langue de terre au confluent de deux rivières. Le grand dictionnaire géographique et critique, t. II t p. 178. » Mais voici Papirius Masson qui concilie tout : • Beccus dicitur , veterum Gallorum seu Danorum lingua , aquae cursus in alium fluvium intrans. Descriptio fluminum Galliœ,ln-&°., Paris, 1618, p. 32. »

Si j'avais eu à faire , au lieu de la biographie de Lanfranc , l'histoire de la célèbre abbaye fondée par Herluin, j'aurais, on le pense bien, décrit soigneusement, ou du moins noté ses trois emplacements successifs : le premier, bâti en 1034 , sur la terre de Burneville et qu'il fallut quitter parce qu'on y manquait d'eau ( locus campestris et inaquosus); le second, où Lanfranc vint prendre l'habit, bâti en 1039, près du Pont-Autou, au confluent même du Bec et de la Aille : ce n'est plus le manque d'eau , mais bien l'excès contraire qui en chasse les moines (monasterium.... sœpe propter exundantes aquas pene mergeboiur); le troisième et dernier , adopté en 1060 et où les frères, en 1073, se transportèrent, pour l'habiter , en procession solennelle [solemni processione et magnai devotionù gaudio). Voyez d'ailleurs, pour plus de détails, la Vie d' Herluin , p. 34 et suiv. ; la Chronique du Bec, p. 1 et suiv.; Mabillon, t IV, p. 438 et suiv.; le Gallia christiana, t XI, p. 216; et Du Plessis, Description de

la Haute-Normandie, L II, p, 277.— J'aurais encore essayé une esquisse, sinon de l'édifice primitif dont, a ce qu'il parait , pas une pierre ne reste , du moins des constructions plus récentes (du XV*. siècle et des siècles suivants) , dont quelques parties sont encore debout. Mais on peut sur ce point consulter Lamartinière, 1. 1. ; Du Plessis, 1. L; Dawson Turner, Letters from Normandy adressed totke Rev. James Layt on An-&°. London, 1820, t. II, p. 105; Dom Jean Bourg et, Histoire de l'abbaye royale du Bec , remise en français sur la traduction anglaise , par M. V. E. Pillet et publiée dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t XII, p. 367-404; et Guenebault, Dictionnaire iconographique des vwnuments de l'antiquité chrétienne et du moyen-âge, Paris, 1843, t. I, v°. Le Bec. — < Il existe , indépendamment de la vue cavalière du Bec , gravée pour l'ouvrage de Dom Germain , une figure de l'église et du beffroi , dans une traduction anglaise de l'histoire de l'abbaye par Dom Bourget : The history ofthe royal Abbey ofBec near Rouen in Normandy, by Dom John Bourget; malheureusement elle est sur une petite échelle et d'une exécution très-médiocre. » C'est d'un ouvrage de notre savant confrère M. A. Le Prévost , intitulé : Notes pour servir à la topographie et à l'histoire des communes du département de l'Eure au moyen-âge , qui s'imprime actuellement et dont ou m'a communiqué les bonnes feuilles, que j'extrais ces lignes : l'article qu'il y a consacré au Bec (p. 99-113) veut être lu tout entier. M. Le Prévost oublie , mais ses lecteurs s'en souviendront sans doute, qu'à propos d'un article remarquable signé de lui , Sur quelques monuments du département de l'Eure, article inséré dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, in-8°. Caen , 1826, l'Atlas de

ces Mémoires donne , planche VII , une Vue générale de la tour et des bâtiments de l'abbaye du Bec (Rouen , lithographie de N. Périaux ). On me signale enfin (c'est à un jeune et laborieux antiquaire qui sera un jour un homme éminent, M. Léopold Delisle , que je dois ce renseignement), comme contenant une vue de noire abbaye , l'ouvrage de Gough , Account ofthe alîen priories , vith the supplément, called: History of the royal abbey of Bec, in Normandy, 3 vol. in-8°., Londoo, 1779.

(8) Wl liera m , né à Bamberg en Franconie , dans le XI*. siècle , s'est surtout fait connaître par sa double paraphrase du Cantique des cantiques , l'une en vers hexamètres latins, et l'autre en prose dans la langue des anciens Francs ; c'est dans la préface de celte paraphrase qu'il félicite Lanfranc d'avoir renoncé à l'enseignement de la dialectique et de s'être attaché exclusivement dans ses leçons à l'explication des Livres Saints. Voyez Dom Martène , Veterum scriptorum amplissima collectio , t. I , p. 507, col. 1 (où Lanfranc est nommé Lanfrid), et V Histoire littéraire de la France, t. VII , à la table des auteurs.

(9) Le vénérable Bede avait bien compris cette subordination rationnelle des sciences qui traitent de la nature et de l'homme aux études qui ont Dieu pour objet. Voici comment il classait les diverses branches de l'enseignement Au point de départ , parce que tout enseignement se fait à l'aide de la parole , il place V Eloquence , laquelle se subdivise en grammaire , dialectique et rhétorique (trivium). Muni de ces trois arts, on arrive à la Philosophie , c'est-à-dire , à l* arithmétique , à la musique, à la géométrie et à Y astronomie ( quadrivium ). Ces dernières notions nous préparent à la lecture des pages

divines; nous nous élevons par les sept arts libéraux à la théologie, par la connaissance de la créature à la connaissance du créateur. Beda , Elementa philosopkia , Mb. IV, dans ses Œuvres, Cologne, 1688 , 8 vol. in-f°., t. II , p. 229-230.

(10) Guitinond, né en Normandie , d'un père élevé à la prêtrise, ce qui n'était pas rare alors, prit l'babit à l'abbaye de St.-Leufroy, au diocèse d'Evreux. Il vint ensuite suivre au Bec les leçons de Lanfranc, dont il fut, après Anselme , le meilleur élève ; c'était, nous dit-on , un habile philosophe , un théologien profond , un savant docteur, l'homme le plus éloquent de son siècle. Guillaume l'appela en Angleterre , où il voulut le fixer par l'offre de quelque prélalure ; mais Guitmond refusa , et ne craignit pas d'alléguer., comme raison de son refus, que l'Angleterre lui paraissait , entre les mains du Conquérant, une vaste proie dontj pour rien au monde, il ne voudrait prendre sa part. Voilà un prêtre qui aurait pu anticiper le personnage d'Anselme ; mais venu trop tôt , cet homme ne sera rien , en Normandie du moins. 11 s'exilera lui-même de sa terre natale, et, après avoir vécu quelque temps à Rome , il ira , sur l'ordre du pape Urbain II, occuper le siège épiscopal de cette ville d' A versa, récemment bâtie dans la Pouilie par les princes normands. Le plus connu de ses ouvrages est son traité De corpoYis et sanguinis ver itate in Eucharistia contre Bérengèr. Voyez Orderic Vital , édit. Le Prévost , lib. IV , c 10 , ann. 1070 ; Y Histoire littéraire de la France, L VIII , p. 553 et suiv. ; et Augustin Thierry , Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands , liv. IV, année 1071 à 1072.

(11) On cite partout cet Hernoste parmi les disciples

- tlk -

de Lanfranc qui méritent une mention spéciale. Nous ne lui savons, à l'honneur qu'on lui fait en [le nommant, d'autre titre que celui d'avoir été élevé par son maître au siège épiscopal de Rochester , que d'ailleurs , la mort l'ayant bientôt frappé , il n'occupa qu'environ six mois. Voyez un passage d'une biographie de Gondulfe , cité par d'Achery , dans ses Observations sur la Vie de Lanfranc , p. 40 , col. i, b : biographie à laquelle renvoie la note qui suit.

(12) Gondulfe est beaucoup plus connu qu'Hernoste auquel il succéda comme évôque de Rochester. 11 était surtout renommé pour la sainteté de sa vie. Sous lui l'église de Rochester parvint au comble de la prospérité. Mais rien ne le recommande plus à notre estime que la vive et constante amitié dont l'honora saint Anselme. Quand ce dernier lui écrit, il ne trouve pas , pour lui peindre ses sentiments, de termes assez affectueux , d'expressions assez tendres : c'est l'âme de son âme (anima dilectissima animae meae ( Œuvres de saint Anselme , édit. Gerberon , Epist. I , U) ; son autre âme ( O tu altéra anima ; Ibid. , 14) ; un autre Anselme ( alterum Anselraum. Ibid. , 26 ). Leurs âmes ne sont jamais éloignées ; elles s'embrassent d'un embrassement éternel (Quoniam anima tua et anima mea sese ab invicem nequaquam esse patiuntur absentes , sed sunt indesinenter se mutuo amplectentes. Ibid., 33); etc. etc. — Voyez encore les lettres 43 , 50, 59 , 69 du liv. I ; 3 , 46 du liv. II; 78 , 85 , 92, 112, du liv. III ; 29 , 33, 44, 61 , 71 , du lib. IV. Nous n'avons de Gondulfe qu'une lettre imprimée parmi celles de saint Anselme ( lib. III , episL 3 ) ; il l'adressait aux moines du Bec pour les cousoler de la perte qu'ils venaient de faire , quand leur abbé , saint An-

selme, fut porté au siège archiépiscopal de Cantorbéry. Voyez dans le Anglia sacra, pars seconda, p. 273 — 292, Vita GunduLphi episcopi roffensis , auctore monacho roflensl coaHaneo; et G. Mancel, Estai sur V histoire littéraire de Caen aux Xl\ et Xll\ siècles , brochure in-8 s . , Paris, Derache , 1842, p. 9 et sulv.

(13) Guillaume Bonne-Ame , après un pèlerinage à Jérusalem , entrepris avec Thierry , abbé du monastère d'Ouche, avait pris l'habit religieux à l'abbaye de Caen. Lorsque Lanfranc quitta son abbaye pour l'archevêché de Cantorbéry , Guillaume prit sa place, d'où , après la mort de Jean de Bayeux , il passa à l'archevêché de Rouen. Guillaume s'était fait un nom comme chantre et comme prédicateur. Voyez Blanchard , Histoire manuscrite de l'abbaye de St. -Etienne de Caen, conservée à la bibliothèque publique de la ville de Caen ; Hermant , Histoire du diocèse de Bayeux, seconde partie, p. 42 (ms. conservé à la même bibliothèque ) ; et le Neustria jria, p. 650.

(14) Saint Yves de Chartres , né dans le fieauvoisis , de parents nobles , après avoir étudié sous Lanfranc , enseigna lui-même dans un monastère de chanoines réguliers aux environs de Beauvais. Il fut ensuite appelé, en qualité d'abbé , au monastère de St.-Quentin , et de là à l'évêché de Chartres. C'était un homme d'une grande vertu et auquel son zèle avait suscité plus d'un ennemi. Il fut persécuté par Philippe P r . dont il n'avait pas craint de blâmer la conduite scandaleuse , quand , épris de la beauté de Bertrade , ce prince avait , pour l'épouser , répudié sa femme. Il mourut en 1115. On a de lui un recueil considérable , en 17 parties, des règles ecclésiastiques, intitulé Decretum; un autre ouvrage, Pannormia, en 8 parties et qui n'est peut-être que la pre-

mière ébauche du Decretum ; des lettres et des sermons. Voyei Dom Remy Ceillier , t. XXI , p. 423-493 ; YHistoire littéraire de la France , t IX , passim ; et les Bollandistes , à la date du 20 mai.

(15) Paul, né en Normandie , moine à St -Etienne de Caen , passa avec Lanfranc , dont il était le parent , quelques-uns même disent le Ûls ( ut quidam autumant , filius), en Angleterre où il fut placé, par l'archevêque , à la tête de l'abbaye de St-Alban , en 1077. Cet homme, plein de piété et de littérature ( vir religiosus et eleganter litteratus), fit de son abbaye comme une école de religion (schola religionis). Voyez Matthieu Paris, Vitas viginti trium abbatum sancti Albani, dans ses Œuvres publiées par Wates, Paris, 1644, 2«. partie, p. 31; et Dom Jean de Bailliache , Mémoires historiques sur l'abbaye de Si.-Etienne de Caen, ms. conservé à la bibliothèque publique de Caen , p. 55-56.

116) Radulphe ou Raoul , curé et seigneur de Vaucelles , donna la moitié du patronage et de la dîme de cette paroisse à l'abbaye de St -Etienne pour y être admis comme frère , et suivre les leçons de l'abbé : il fut nommé abbé de St -Martin de Séez en 1089 , évêque de Rochester en 1108, et archevêque de Cantorbéry en 1114. Voyez Eroulfe , Collectanea de rébus ecclesiœ roffensis, dans le Anglia sacra , pars prima, p. 333 ; Edmond de Hadenhara , Annales ecclesût roffensis, Ibid. , p. 342; et Stepbanus Bircbingtonius , Historia de vitis archiepiscoponttn cauluariensium, Ibid., p. 1.

(17) Guillaume de Cormeilles était non- seulement rélève . mais encore le confident intime de Lanfranc. C'était lui, que , selon l'usage constamment pratiqué au moyen -âge , l'abbé du Bec avait fait le dépositaire d'un

secret qui ne devait être révélé qu'après la mort de celui dont on le tenait. Il s'agissait de la vision prophétique qu'avait eue Herluin , quand Lan franc songeait à quitter le monastère. « Hanc visionem Lanfrancus nec volens propalare, nec omnino occultare , indicavit lllam cuidam monacho nomine Willelmo , qucro ipse a puero nutrierat et docuerat, plurimumque amabat: prœcipiens ne cui diceret quamdiu ipse in corpore vivereL Quod ille servavit usque ad ultimaro senectutem. Post mortem vero LanfrancI, cum jam nulla prohibilione urgeretur , scripsit rem sicut audierat ; et abbati ac raonachis Becci scriptam, prout supra digessiraus, direxiL Fuit idem Willelmus abbas corme liensis cœnobii. Milon Crispin , Vie de Lanfranc, édiL d'Acbery , p. U, col. 1. » La lettre de Guillaume à l'abbé et à toute la congrégation deSt'.-Marie-du-Bec se lit dans les OEuvres de saint Anselme, édiL Gerberon, p. 562. — Parmi les lettres de Lanfranc, il en est une, la US:, qui lui est adressée.

(18) Voyez, sur ce pontife, Guillaume de Poitiers, Vie de Guillaume -le-Conquèrant , tradocL Guizot , à la suite de Guillaume de Jumiège,p. 388. Dans le recueil des lettres de Lanfranc (édit. d'Achery), les trois premières lui sont adressées ; la quatrième est de IuL

(19) Comme nous écrirons plus tard la vie de saint Anselme, nous n'avons rien à en dire ici.— Si nos lecteurs désirent étendre cette liste des élèves de Lanfranc, ils pourront consulter , mais en se réservant de juger définitivement par eux-mêmes, Milon Crispin, Vie de Lanfranc, p. 9 ; D'Achery , OEuvres de Lanfranc , Préface , p. 7 ; Y Histoire littéraire de la France, t. VIII , p. 276-277 ; et G. Mancel , Essai sur l'histoire littéraire de Caen aux Xl\ et XII', siècles , p. 9 et suiv. — Nous ne voulons

pas critiquer ces diverses nomcnclalures , ce qui nous conduirait trop loin ; nous nous contenterons d'avertir nos lecteurs que si nous n'avons pas porté sur la nôtre Gilbert Crispin , l'un des hommes les plus remarquables du temps et que citent la plupart des écrivains cidessus mentionnés, c'est que , tout bien considéré, Gilbert Crispin nous semble être un élève de saint Anselme, beaucoup plutôt que de Lanfranc ; nous le retrouverons donc plus tard. Ajoutons cependant , que nous trouvons, parmi les élèves dont M. Chéruel fait honneur à Lanfranc, dans sa biographie manuscrite, sans dire sur quelle autorité il se fonde, le célèbre Durand, premier abbé de Troarn , que nous n'avons d'ailleurs vu signalé sous ce titre que dans une Liste de tous les abbés de l'Abbaye de St. -Martin de Trouarn depuis sa fondation jusqu'à présent (1768), vérifiés sur les titres de la dite abbaye, liste qui ouvre un ms. de 42 pages conservé à la bibliothèque publique de Caen, et que nous avons marqué , sur la première et la dernière pages, du signe R. ABfi. (Recueil Abbaye).

(20) Sur saint Fulbert , qui fut pendant 21 ans évêque de Chartres, après avoir long-temps professé dans les écoles de l'église de la même ville, voyez Dupin, Histoire des controverses et des matières ecclésiastiques traitées dans l'onzième siècle, ch. 1, et Y Histoire littéraire de la France, t. VII, p. 261-279.

(21) Pour l'Ecole de SL -Martin de Tours , voyez Launoy, De scholis celebrioribus , c. V, dans ses Œuvres , t. IV, 1". part, p. 11.

(22) Un article de quelques pages est consacré, dans V Histoire littéraire de la France (t. VIII, p. 99-104) , à Eusèbe surnommé Brunon, évêque d'Angers. Il nous reste

de lui un écril sur l'Eucharistie , qui , depuis qu'il a été publié par de Roye, entre autres (De vùa, haresi et pœnitentia Berengarii , Angers, 1665), a dissipé tous les doutes qu'avaient pu laisser concevoir sur son orthodoxie ses liaisons avec Bérenger.

(23) Quelques écrivains rapportent à un moine de Corbie, nommé Ratramne, qui se fit remarquer au IX". siècle dans les disputes théologiques , et que cependant le Dictionnaire des Hérésies de Pluquet ne mentionne pas, un traité Du Corps et du Sang de Jésus-Christ , que d'autres attribuent a Scot Erigène. Ce qui est certain , c'est que, dans les conciles tenus a Verceil et à Paris en 1050 , et à Rome en 1059 , on condamne, avec les doctrines de Bérenger, le livre de Scot (voyez Dupin, Histoire des controverses et des matières ecclésiastiques traitées dans l'onzième siècle , p. 24 et 31) , où l'archidiacre d'Angers reconnaissait lui-même (voyez une lettre de Bérenger, publiée par d'Achery , dans les Notas et observations ad vitam B. Ijuif ranci, p. 22, col. 2) qu'il les avait puisées. Il faut bien d'ailleurs que ce livre ne se prononce pas nettement sur les matières qu'il touche , puisque les théologiens se partagent sur la question de savoir si l'on doit regarder son auteur comme hérétique ou comme orthodoxe. Ceux qui le condamnent y croient découvrir le germe de l'hérésie des sacramentaircs. Voyez Longueval , Histoire de l'Eglise gallicane, t. V, p. 531, et Dupin , Histoire des controverses, etc., etc. , IX*. siècle , ch. 9.

(24) Pour tout ce qui concerne Bérenger et ses doctrines, voyez l' Histoire littéraire de la France, t. VIII, p. 197-238.

(25) J'ai entendu ainsi avec Michclct , Histoire de

France, t II , 2*. édil. , p. 189 , celte phrase de Milon Crispin : « Mandavit juris monaslerii villam , qux Parais dicitur , flammis excidi. Vie de Lanfranc , p. U , col. 2. »

(26) « In Illo carlomensi cœnobio tempore Lanfranci ei eorum qui sxculo (I. saeculum) relinqucntes monasticam vitam sub eo arripuerant , cœpit religio magna quae perdurât usque hodie. Milon Crispin , Vie de Lanfranc, p. 6, col. 1. » — On remarque partout à celte époque , dans les chefs religieux de l'Europe chrétienne , le même euthousiasrae religieux , les mômes efforts pour épurer les mœurs et les soumettre à la règle.

(27) Maurille , Maurile , qu'on appelle encore quelquefois Maurice, né, selon les uns, à Mayence, selon d'autres a Reims , prit l'habit religieux à l'abbaye de Fécamp ; se fit ensuite pendant quelques années anachorète auprès de Florence, où il fut nommé abbé d'un monastère qu'il abandonna bientôt , ses moines ayant voulu l'empoisonner a cause de sa rigidité ; revint , comme simple religieux , à l'abbaye de Fécamp , d'où on le tira pour le placer sur le siège archiépiscopal de Rouen. 11 y mourut en 1067. Voyez le P. Pommeraye , Histoire des Archevêques de Rouen, in f\ Rouen , 1C67 , p. 254-264.

(28) «... Le nouveau roi , d'accord avec le Pape , avait résolu de destituer en masse tout le haut clergé de race anglaise.... Ceux des évoques anglais sur le compte desquels on ne trouva rien a objecter canoniquement n'en furent pas moins frappés de même... Au moment où l'on prononçait à quelqu'un d'entre eux sa sentence, on le contraignait de jurer sur l'Evangile qu'il se regardait comme déchu de sa dignité a tout jamais.... Ensuite chaque évéque dégradé était conduit soit dans

uoe forteresse , soit dans an monastère qui devait lui servir de prison. Augustin Thierry , Histoire de la conquête de l* Angleterre par les Normands , 7 e . édit. Paris , 1846, t. II, p. 99-100. »

(29) Voyez Augustin Thierry , L l.,p. 3 et 12 , avec les textes auxquels ses notes renvoient. Il nous faut cependant , quoique ces détails nous paraissent , comme à 1 illustre historien sur lequel ici nous nous appuyons , d'une incontestable vérité, mentionner au moins la version des partisans de Guillaume. Selon eux < Guillaume refusa d'être couronné par Stigand, parce qu'il avait appris que le juste zèle de l'apostole (du pape) l'avait ( lui Stigand) frappé d'anathème. Guillaume de Poitiers, Vie de Guillaume-lc-Conquérant , traduct. Guizot , p. 617. » « Tune ille haud dubie rex conclamatus die natalis Domini coronr.tus est ab Aldrcdo archiepiscopo. Cavebat enim id munusa Sligando suscipere, quod esset is archiepiscopus non légitime. Guillaume de Malmesbury , De gestis regum anglorutn , 1. III; dans le Rerum anglicarum scriptores , édit Savile , p. 102. » Voyez encore Orderic Vital (édit. Le Prévost, t. II, p. 156) qui toutefois est moins formel.

(:;0) « Infructuosam arborcm securis canonicae ani~ madversionis succidit. llemingford , Chronicon , dans le Rerum anglicarum scriptores, t. II, p. 658, édit. Gale. »

(31) « Cum ... cadomensi praeessem cœnobio, imparque exislerem paucorum regimini monachorum,incertum habeo , quo judicio omnipotentis Dei faclus sum , te cogenle, speculator mullorum numeroque carenliura po-

pulorum Legati tui... episcopos, abbates , nobiles

convenire fecerunt , atque in eorum prasentia , ut cantuariensem ecclesiam regendara susciperem , ex apos-

tolicae sedis auctoritate prœceperunl ; adversus hoc irabecillilas mearum virium , morumque indignitas prolata in médium nihil profuit ; excusatio incognito lingux , genti unique barbararum nullum apud eos locum invenire praevaluit. » Lettre de Lanfranc adressée au pape Alexandre II ; c'est la première du recueil. — Cette humble confession que Lanfranc fait ici de sa faiblesse morale (morum indignitas) , peut être rapprochée de ce que quelques chroniqueurs nous disent de la naissance de Paul (cf. supra , note 15), et d'un passage remarquable d'une autre de ses lettres, la 48 e . : Guillaume (de Cormeilles) lui demande conseil pour le choix d'un prieur ; il lui répond : C'est l'avis d'Herluin et d'Anselme qu'il faut prendre; : nara ego ut peccator homo divini consilii ignarus exislo, et ipsi utrique, ut credimus, spiritu Dei pleni sunt .... »

(32) « Jubet abbas Herluinus licet invitus , cui tamquam Christo obcdire solitus erat (Lanfrancus). Milon Crispin , Vie de Lanfranc, p. 7. » — Dans sa UT. lettre, Lanfranc dit de lui-même en parlant d'Anselme: « cui slcut Deo obedire desidero. » C'est la phrase de saint Paul: * Obedite dominis carnalibus.... sicut Christo. Epist. ad Ephesios, VI , 5. »

(33) « Fertur etiam papa dixisse : Non ideo as-

surrexi ei , quia archiepiscopus Cantuaris est; sed quia Becci ad scholam ejus fui , et ad pedes ejus cum aliis auditor consedi. Milon Crispin, Vie de Lanfranc, p. 11. » Cf. Eadmer, Hist. nov. , lib. 1 , édit. Gerberon , p. 30 , col. 1 ; et Guillaume de Malmesbury , De gestis poniificum anglorum , lib. I , dans le Rcrum angticarum scriptores , édit. Savile, p. 213.

(34) «... Asscnsum prxbui , veni , suscepi : in quo

tôt molestias , tôt taedia , tantumque ab omni ferc bono defeclum mentis quotidie suslineo, tôt aliorura In diversis personis, perlurbatione , tribulatione , damna, obdurationes , cupiditates , spurcilias , tantumque sanctae ecclesiae casura incessanter audio , video , sentio, ut taedeat me vitae meae, doleamque plurimum me usque ad haec tempora pervenisse....... Rogo , qua tenus propter Deum

et aniroam vestrara , sicut vestra , cui contradici fas non fuit, me auctoritate alligastis , sic quoque alligatum, abrupto pcr eamdem auctoritatem hujus necessitatis vinculo , absolvatis, vitamque cœnobialem, quam prae omnibus rébus diligo, repetendi licentiam concedatis.... Quod

si fortasse consideratis aliorum ulilitate secus agendum, mihique id denegandum esse decernitis , valde vobis cavendum atque timendura est , ne , unde vos mercedem habere apud Deum existimatis , inde ( quod a vestris actibus semper procul sit) peccali periculum incurratis. Nullus est enim a me , aut per me in hac terra animarum profectus , aut si ullus exislit, tam parvus est , ut delrimentis meis comparari non possit. Lanfranc, lettre 1. »

(35) « Propter unitatem et pacera regni... suique et suornm omnium tam de Ànglia quam de Normannia comminalus est expulsionem. Thomas Stubbs, Actapontîftcum eboracensiwn , dans le Historien anglica scriptores, édit Selden, t. II , col. 1706. » — Ce qui prouve bien, du reste, que ce plan d'organisation et de centralisation, comme nous dirions aujourd'hui , appartenait tout entier à Guillaume , ce sont les passages suivants : « Petivit (Lanfrancus) Regem ut sibi donationem abbatiae concederet, sicut omnes praedecessores suos constat babuisse. Respondit Rex et dixit, se velle omnes baculos pastorales Anglia? in manu sua tenere. Lanfrancus haec miratus est ,

sed propter majores Ecclesiae Chrisli utilitates , quas sine Rege perficere non poluil, ad tempus siluit. Gervasius cantuariensis roonachus, De discordiis inter monachos cantuarienses et Baldwinum archiepiscopum , daus le i/wtorice anglicanœ scriptores X , édit. Roger ïwisdcn , Londres, 1652, p. 132. » « Usus ergo alque leges, quas patres sui el ipse ( Willelmus) habere solebant, in Anglia servare volens, de hujusmodi personis episcopos, abbates et alios principes per totam terrani instiluit , de quibus indignum judicarelur , si per omnia suis legibus , postposita omni alia consideratione , non obedirent; et si ullus eorum, pro quavis terreni honoris polentia , caput contra eum levare auderet ; scienlibus cunctis unde, qui, ad quid assumpti fuerint. Cuncla ergo divina simul et humana ejus nutum expectabant... Non ergo pati volebat quemquam in omni dominalione sua constilutum Romanae urbis pontificem pro Apostolico , nisi se jubente , recipere , aut ejus Hteras , si primitus sibi ostensœ non fuissent, ullo pacto suscipere. Primatem quoque regni sui , archiepiscopum dico cantuariensera , si coacto generali episcoporum concilio prxsideret, non sinebat quicquam slatuere aut prohibere , nisi quae suae voluntati accommoda et a se primo essent ordinata. Nulli nihilominus episcoporum suorum concessum iri permillebat, ut aliquem de baronibus suis seu ministris , sive incesto , sive adulterio , sive aliquo capitali crimine denotatum , publiée , nisi ejus prœcepto , implacilaret , aut excommunicaret, aut ulla ecclesiastici rigoris pœna conslringeret Eadmer,tfw*. nov., édit. Gerberon,lib. I,p. 29-30. » — Ces deux morceaux sont d'un intérêt capital. — Lanfranc ne faisait donc que répéter son maître, quand il écrivait : « Nec sobrius quisquam pulaveril hoc esse in aliéna pa-

rochia aliquid temere praesumere, cum per misericordiam Dei totam hanc, quam vocant Britannicam insulam, unam unius nostrx Ecclesia? conslet esse parochiam. Lettre 23.»

(36) Le Guillaume de Thorn dont il est ici question est mentionné , sous le nom de Gvilhelmus Torney, par l'auteur du livre : Illustrium majoris Brxtanniœ script or um summarium , Johannes Balaeus, in-8°. 1548, fol. 138 verso, qui le donne comme un grand imposteur (non sine manifestissimis imposturis). Fabricius (Bibltotheca latina medice et infimœ œtatis , v°. Guillelmus de Thorne sive Thornxus ) nous apprend qu'il a écrit, circa annum 1380, Res gestas abbatum augustinianorum canluariemium, et qu'il a , dans ce livre , suivi les traces de Thomas Spoltius jusqu'à l'année 1272; caetera ipse supplevit. Celle histoire a été imprimée dans le Historiœ anglicanœ scriptores X, cité à la note précédente. Je n'ai malheureusement pu me procurer ce recueil ; mais je dois à l'inépuisable obligeance de notre savant bibliothécaire , M. Trebutien , la connaissance d'une pièce qui jusqu'à un certain point a pu m'en tenir lieu. Les Bollandistes ont publié, à la suite de la vie de Lanfranc (28 mai, t. VI, p. 852-854) , sous ce litre qui est sans doute de leur façon : Anti-Lanfrancus, Willielmi Thorn, monachi augustinensis, sua se ipsum maledicentia refutantù, quelques extraits du Res gestœ abbatum augustinianorum cantuariensium , dont j'ai tiré parti dans mon texte et dont je crois devoir citer ici les passages les plus importants.— L'église de Canlorbéry, dit Guillaume de Thorn , était libre en Angleterre. « Anno autem MLXX, Lanfrancus, archiépiscopal! pallio in Ganluaria potitus, hanc ecclesiam apostolicam persequi incepit ; et dominium quod super eam juste habere non potuit, ut aliquo modo obtineret, per

se et suos complices machinari non desliiit »

Il ra-

conte comment Lanfranc surprit la bonne foi de l'abbé du monastère de St. -Augustin , et abusa d'une démarche qu'il avait par lui obtenue des moines, pour les mettre sous sa dépendance : « Sicque monasterio sancli Augustini dignitalem et honorem cautclose subtraxit. » —Lanfranc ne pouvant par des moyens honorables faire nommer au couvent des Augustiniens un abbé de son choix , « nova doli excogitans machinamenta, Simonis magi usus est impudenli {forte imprudenti) prudentia ; et ut monachi Augustinenses unum de monachis suis et suae fraudis coriipticibus in abbatem hujus loci eligerent , non tam precibus praeviis, quam preliis pecuniarum promissis, instantissime poslulavil, pacemque simulans in dolo, se amicum Augustineusis monaslerii futurum prxslantissimum , si vota ejus complerentur , spopondit. Scd Augustinenses monachi , prudenter animadvertenles anguem latenlem in herba, limentes ne eis venenum aspidum et însanabile in aureo poculo sub dulci Sirenarum voce propinarelur, ex praeleritis Lanfranci gestis futurorum evenlus certissimos meluentes , pecuniam ejus sic oblatam in offerenlis perditionem velut analhema spreverunt; sed et monachum quemdam ex hujus gremio , moribus et liiteralura insigneni, ac Régi juniori amaulissimum . nomine Wydonem, Christo prœvio elegerunl »... Lanfranc furieux ( iracundix furia contra monachos sancti Augustini invectus) refuse d'abord de bénir l'abbé élu malgré lui ; mais il se rend enfin aux instauces de Guillaume (Régis Willelrai victus instanlia). — Guillaume de Thorn écrivait, comme nous l'avons vu plus haut , vers la fin du XIV e . siècle ; mais il s'inspirait , dit le bollandiste qui le cite , de l'esprit et des souvenirs de ses frères , contemporains

(le Lanfranc (suorum frai ru m inducns sensum qui tune vivebant et talia sciibebanl). — Il ne faut pas confondre les Augusliniens (Augustinenses) avec les moines de l'ordre deSt.-Auguslin (Augustiniani). Les Augustinenses se rattachent ace saint Augustin que Grégoire-le-Grand envoya, l'an 596 , en Angleterre pour y prêcher l'Evangile et qui fonda à Cantorbéry , où il s'établit d'abord , un monastère auquel on donna son nom ; ils suivaient, du reste, comme leur chef , la règle de saint Benoît ( voyez le Monasticon anglicanum , Londres , 1655 , t. I, p. 23 etsuiv.; la nouvelle édition ne nous est pas connue). Les Augustiniani , qui se divisent et se subdivisent en une foule de branches, n'ont été régulièrement institués qu'au XII*. siècle , quoiqu'on les rattache , par une sorte de filiation non interrompue , aux premiers disciples de l'évêque d'Hippone (voyez le P. Hélyot, Histoire des ordres monastiques, religieux et militaires, m-U°. , Paris, 1716 , t. III, et F. Nicolas Crusenius Augustinianus , Monasticum augustinianum , in-fol. Munich, 1623.

(37) « Postpositis aleis , ut majora taceam , ludisque sœcularibus, quibus per totam diera vacare diceris , divinas literas lege, decrelisque romanorum ponlificura, sacrisque canonibus praecipue studium impende. Lettre 23 , adressée probablement a Hereberi , évèque de Norwich ( voyez sur cette lettre la noie a de d'Achery , p. 357). »

(38) Il fit décider au concile , tenu par lui à Londres , en 1075, < ex conciliis Eliberitano et Toletano undecimo, ut nullus episcopus vel abbas seu quilibet de clero , hominem occidendum , vel membris truncandum judicet ; vel judicantibus sua? auclorilalis favorem accommodet. Milon Crispin , p. \U. »

(39) Voyez Lanfianc, lettre 21 ; Gervais de Cantorbéry, De pontificîbus cantuariemibus , dans leHist. anglic. script. X, p. 1654 , et Y Histoire littéraire de la France, t. VIII, p. 272.

(UO) Lettres 37 et 38.

(Ui) « Erga fratres.... quam bonus, quam plus, quam beneflcus extiterit, inde aliquantulum colligi potest, quod nec ex parenlibus aut fratribus eorum sustioere polerat penuria ulla queniquara aflligi.... Caeterum quis unquam

paupcr clamavit ad eum et despectus est ? Causam

mœstitix ejus secrète perquirit , audit , et benigoissimo vuKu , sicut jugiter erat circa afllictos..... Gralia Dei et instanlia boni Lanf ranci... Eadmer , Hist, nov. , lib. I, p. 30-32. » ...a Milis ut agnus » dit de lui Pierre de Dives , dans son Gesta septem abbalum beccensium metrice conscripta, publié par Dora Martène, Veterum sciïptorum amplissima colleclio , t. VI, col. 95.

(kl) « Eo(Guillclmo)enim vivente pacem qualemcumque habemus; post mortem vero ejus, nec pacem, nec aliquod bonum nos habituros speramus. Lettre 1. »

(43) Nous avons pour ce détail , que d'ailleurs nous laissons aux médecins à juger au point de vue scientifique, une double autorité: — Guillaume de Malmesbury, De gestis pontificum anglorum, p. 215. « Febrim nactus , cum medici consulti necessariam potionem respondissent, prius se confessione et viatico munivit. Ilinc poculo sumplo, sed in conlrarium verso efllavit. » — et un pot 5 me écrit peu de temps après la mort de Lan franc , où nous lisons :

Eheu dolor! Execranda nimis illa potio,

cjua guslata mors successit corpori Lanfranico,

quam vis esset compilala vita: pro reincdio.

Voyez Edélestand du Méril , Poésies populaires latines du moyen âge, in-8°. , Paris, 1847 , p. 254.

(44) « Le martyrologe des Bénédictins l'a mis au nombre des Saints.... M. du Saussey luy a donné le mesme rang dans le Supplément à son martyrologe de France. Quoyque Ton ne sache aucune église ou Fou fasse publiquement l'office de saint Lanfranc, il se trouve néanmoins dans la parroisse de Wattelot au Roumois une chapelle domestique consacrée par un évôque sur l'autel de laquelle il y a une image de saint Lanfranc comme patron de cette mesme chapelle. Dans une chapelle de l'abbaye Saint Eslienne de Caen l'on voit une ancienne peinture de saint Lanfranc avec celte inscription : B. Lanfrancus primus abbas hujus cœnobii cl archiepiscopus cantuariensis. Il y a vingt ans que dans l'abbaye du Bec , il y avoit au grand autel un tableau de saint Lanfranc qui a esté mis dans une chapelle , lorsqu'on a fait l'autel nouveau qu'on y voit maintenant. Dans le rituel du diocèse de Rouen , on trouve à la fin une liste des noms des saints qu'on peut donner au baptême, dans laquelle se trouve celuy de saint Lanfranc. Il paroîlra

moins étrange qu'on ne fasse point l'office de ( Le

reste qui était écrit probablement sur une bande de papier à part, manque malheureusement dans le volume) Hermant , Histoire du diocèse de Baycux, 2 e . partie , p. 41 , ms. conservé à la bibliothèque publique de Caen. » Ce volume était rédigé par son auteur vers 1 726. —Cf. Baillet, Les Vies des Saints, t. II, 3 juillet; et Mabillon , Annales ardinis sancti Benedicti , t. V , p. 649 , col. 1.

3SGC7Z3S PASTIS (X)

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