‹ Langage et chant des oiseauxChapitre 15 sur 17 · CAUSERIES. — CRIS · texte numérisé non relu

CAUSERIES. — CRIS

N° 1. — Moineau.

Un des oiseaux les plus communs est le moineau domestique : ces noms lui viennent de son modeste plumage et de son attachement à l’habitation de Uhomme.

11 niche sous nos toits, sur les arbres de nos jardins ; il n’émigre jamais et n’abandonne nos maisons pas plus en hiver qu’en été. On ne le trouve

même que là où il y a des maisons. La plaine et le bois ont le moineau friquet.

Le moineau domestique est toujours à fureter partout où il y a des larves et des œufs dùnsectes, des vers, des chenilles, des hannetons, et par ses éliminations journalières, il a mérité d’être compté au nombre de nos bons serviteurs. 11 a à un haut degré le talent de glaneur, et quand il ne trouve pas les insectes de son choix, il cherche dans les fumiers, dans la poussière, dans la rue, un grain, une miette de pain.

La guerre faite aux moineaux par le grand Frédéric s’est terminée par la déception du roi et le triomphe de ces oiseaux. L’expérience est donc sans réplique.

Est-ce à dire qu’ils ne commettent pas quelques méfaits ? Nul ne le prétend ; mais il faut le reconnaître , c’est souvent par la faute de l’homme. Celui-ci est d’autant moins dispensé de surveiller ces éliminateurs qu’ils sont au centre de ses provisions. Un drapeau rouge est pour beaucoup un véritable épouvantail (soit dit sans allusion).

Un moineau mort et pendu au-dessus d’un cerisier est un avertissement suffisant pour tous. Les pots accrochés aux maisons au moment des pontes donnent le moyen d’empêcher une multiplication excessive.

Pour des travaux aussi variés et quelquefois aussi dangereux que les siens, le moineau a reçu des instincts très-remarqués de tout le monde. On le voit sans cesse trottiner dans la rue, sautiller sur le fumier, voleter sur l’arbre, passer d’un lieu à un autre ; aussi l’a-t-on appelé passereau, du mot

\dii\n passare^ signifiant aller d’un endroit à l’autre sans s’y fixer longtemps.

Il se rencontre souvent avec le chat, son imiila- ' cable ennemi ; il s’amuse même quelquefois à l’agacer et très-rarement il se laisse prendre.

Il va manger dans l’écuelle du chien, mais en se mettant suffisamment sur ses gardes, au milieu des poules en évitant les coups de bec.

Avec une nature si pétulante et si turbulente, qu’on l’a appelé Pierrot, gamin de Paris, cet oiseau ne doit souffrir que d’une chose, de ne pouvoir chanter même comme son voisin le pinson.

Aussi s’en dédommage-t-il en causant, en bavardant, et sans doute aussi en disant la chansonnette.

Partout où il y a une maison, en hiver comme en été, par le mauvais comme par le beau temps, une voix se fait toujours entendre, c’est celle du moineau.

Pour l’écolier ou le soldat qui retourne au foyer, c’est la première parole de bienvenue ; pour la mise en mouvement des ouvriers de la ferme, c’est un signal infaillible.

Afin de bien juger des causeries de cet oiseau, veuillez, lecteur, vous transporter avec moi au P""* août : à cette époque , les moineaux d’une ferme, d’un quartier de ville ou de village, se réunissent déjà depuis quelque temps pour passer ensemble les nuits et, quand il se trouve un massif d’arbres au milieu de leurs explorations, ils en font un dortoir.

A 7 heures 10 du soir, arrivent les premiers ; à 7 h. 25, tous sont réunis. Il y en a une centaine. On se rend visite, on se fait des niches, on se pour-

suit à travers les branches. De bas en haut et dans toutes les directions, ce ne sont que des allées et venues, des sauts et des gambades. A 7 h. 36, heure du coucher du soleil, cette agitation commence à se calmer; à 8 h. 10, tous sont aussi immobiles que les branches sur lesquelles ils sont perchés.

Mais tout ce qui s’est échangé de paroles, de pensées et de sentiments pendant cette heure, c’est ce qu’on ne pourrait raconter.

Pères, mères, enfants, cousins, voisins, se sont dit bonsoir, les vieux et les malins ont tenu à prendre les places d’honneur, celles des sentinelles avancées. D’autres plus soucieux du biemêtre ont cherché l’abri d’une grosse branche ou d’une touffe de feuilles. On a calculé les chances de pluie et de vent. Au souvenir d’une chasse heureuse on n’a pu contenir sa joie. L’apparition d’un chat, le bruit d’une voiture a ajouté aux émotions.

Aussi les tieby les schilp^ les bioii, ont-ils été crescendo de 7 h. à 7 h. 25. AIoks c’était un ramage général et étourdissant, rehaussé assez souvent de périodes roulées ; c’était la volubilité du bavardage et l’animation du chant. A 7 h. 40, le decrescendo a commencé. Ceux qui avaient le mieux dîné et le plus causé s’alourdirent. Les derniers bonsoirs s’échangèrent. A 8 h., on n^entendit plus que quelques monosyllabes. A 8 h. 10, les plus pétulants s’affaissèrent sur leurs pattes, enfoncèrent la tête dans les plumes de leur cou, fermèrent les yeux et tout fut dit.

Alors la cloche et le clairon sonnaient le couvrefeu.

Désireux de savoir comment aurait lieu le réveil du lendemain^ 2 août, je me suis transporté près du même massif, à 3 h. du matin.

A 3 h. et demie, un coq annonce que la journée du travailleur va recommencer.

A3 h. 53, un moineau à la voix forte et sonore lance un admirable tié ^ qu’il répète gravement et sans cesse. A chaque instant , d’autres tié viennent s’unir aux siens, et à 4 h. 3, sa sonnerie devient un véritable carillon ; à ce réveille-matin succèdent aussitôt les allées, les venues et les bonjours. A 4 h. 20, tous frétillent et babillent. Quelques-uns, sans doute ceux dont la digestion s’est le mieux faite, partent isolément, en disant à mi-voix deux ou trois ouit. Le soleil se lève cà 4 h. 36, et, pour le saluer, il se produit une recrudescence d’agitation et de causeries vives et enthousiastes, c’est un débordement de joie. Alors les départs se multiplient. 11 est cependant si agréable de causer entre amis, parents, et surtout entre jeunes gens, qu'on s’oublie à jaser. Mais des pères et des mères qui sont déjà allés faire leur petit déjeûner, viennent chercher les gamins et les gamines, et les départs se font en bandes. Quel bonheur alors de s’élancer les uns pour la cueillette, les autres pour la chasse, beaucoup pour se donner le luxe du gras, du maigre et les agréments du dessert ! A 5 heures, il n'y a plus personne à la moineauterie.

N’oublions pas que ces petites machines emplumées ont été créées pour nous servir, nous égayer et nous amuser.

. N° — Martincls. (Gypseliis apus, Vieil. Dict.,1817.)

Lecteurs qui cheminez près de ce vieux château, quelles notes éclatent au-dessus de vos têtes ? Est-ce une parole ou un chant? On a bien le temps vraiment d’y penser. Une bande de martinets est passée comme la foudre. Leurs cris stridents, c’était le vacarme du traqueur, le hourra du sauvage, la fanfare de l’hallali, un cri de chasse et de joie.

En cette charge incomparable qui vient de fondre dans les airs, combien de nos ennemis n’ont pas succombé ?

En grand nombre et paisiblement réunis à l’abri des murs et des arbres, ils dressaient peut-être avec bonheur une statistique des fruits les plus mûrs; mais effrayés, ahuris, ils ont pris le large et ont disparu dans le bec des martinets. Etre pris, enseveli, enfoui et même digéré, tout cela n’a duré qu’un instant. L’insecte n’a pas eu le temps de s’en apercevoir. Quelle mort plus douce pouvait-il désirer?

Quand donc ces cris impétueux et étourdissants éclatent sur votre tête, applaudissez, c’est la police qui fait sa ronde dans l’espace et sous les nuages ; ce sont les éliminateurs de nos ennemis les moins visibles et les plus insaisissables; c’est une fanfare des louvetiers de l’air.

Ainsi qu’on le sait, les martinets noirs aiment à se réunir pour chasser. Chaque jour ils accourent au rendez-vous, là surtout où il y a de gros bataillons d’insectes; ainsi ils s’établissent de préférence dans les grandes villes, au fort de la saison, du 4 avril au 28 juillet.

L’insecte passe-t-il d’arbre en arbre, de massif en massif, de maison en maison pour éviter les dangers d’une longue traversée, s’élève-t-il au contraire pour se faire pousser comme un ballon par le vent, il n’échappe pas à ces infatigables chasseurs à courre, à cor et à cris. Une fois rentré dans son trou, le martinet gazouille.

Au 15 juin, les martinets se lèvent à 3 h. 40 et se couchent à 8 h. 30, donnant ainsi dix-sept heures à leur industrie d’émouclieur. Ils mangent envolant, et si, pour la sieste ou pour toute autre cause, ils prennent quelques instants de repos pendant la journée, ils se multiplient d’autant plus le matin et le soir. C’est alors que de leurs cris les plus perçants ils effraient et mettent en mouvement, pour les happer, les insectes de nuit et de jour que le sommeil engourdit déjà ou qui se réveillent à peine. Ce sont les heures des hourras frénétiques et des plus joyeux hallalis.

N" 3. — Hirondelle rustique.

Quel beau rêvtî que celui d’être hirondelle, avoir des journées de plus de quinze heures chacune, passer les deux tiers du temps et plus à voler, faire plus de six cents kilomètres en un jour, audessus des plus beaux paysages, c’est-à-dire nager, se balancer et se bercer dans les ondes de l’espace et tout cela pour chasser.

Etre reçue dans les maisons comme une amie, chez les grands seigneurs, ainsi que dans les plus modestes familles ; aller, quand l’hiver arrive, continuer ses chasses dans toute l’Afrique.

Emportée comme par l’ouragan , pouvait-elle chanter aussi bien que l’alouette? Non ; mais son chant c’est le vol, c’est la voluptueuse harmonie de ses ondulations, les jubilations d’une danse aérienne. Parfois, en papillonnant quelques instants, elle reste presque en équilibre, et alors elle trône, en planant.

Mâle et femelle ont leurs notes de chasse, moins fortes et plus douces que celles du martinet, petits cris qui éclatent dans les airs, attirent nos regards et notre attention et nous font assister à la croisade de ces gracieux éliminateurs.

Le mâle est heureux de répéter son aimable refrain près de son nid, sur la maison qui l’abrite, sur l’arbre du jardin voisin, surtout au soleil levant.

Le gazouillement de l’hirondelle est doux, gracieux, et finit par une note élevée d’une quinte tenue plus longtemps que les autres et d’une très-énergique expression de bonheur.

Un cultivateur me disait un jour : « Pendant ma maladie, combien je me plaisais à écouter le tendre gazouillement de mes hirondelles ; tout ce qui va au cœur est si bon quand on souffre (1) w.

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