VARIÉTÉ DES SONS PROPRES A LA CONSTITUTION DU LANGAGE
Le son de chaque timbre doit donc constituer assez de variétés fondamentales, pour reproduire toutes les combinaisons nécessaires d’un langage particulier. C’est ce qui se réalise par les articulations de la voix, par les sonneries, par la musique.
N® 1. — Sons de la voix.
On a trouvé d’abord qu’un son de la voix humaine pouvait, par le plus simple ébranlement de ses organes, donner lieu à cinq variétés trèscaractérisées, celles qu’expriment nos cinq voyelles, a, e, i, O, u; ces variétés principales se modifient elles-mêmes, soit par le concours de plusieurs voyelles comme dans les diphtbongues, soit par des accents comme ceux qui s’appliquent à notre e.
A ce son simple on peut joindre des articulations à l’aide des consonnes que l’on distingue en /«- Males (b, p, m, v, f), dentales (d, t, th anglais), palatales (g, c dur écrit aussi k, q), linguales qK liquides 11, r), sifflantes [z,], ch), nasales (n, gn) gutturales (h aspirée et le ch des Allemands), selon que les lèvres, les dents, le palais, la langue, la
pointe de la langue appuyée sur les lèvres, le nez, le gosier, jouent le principal rôle dans leur prononciation.
Quelques grammairiens classent à part, sous le nom de chuintantes, celles qui font entendre un sifflement assez semblable au cri d’une chouette, telles sont j et ch.
Il y a encore les consonnes brèves ou longues.
Ainsi, grâce aux contractions très-variées de l’organe de la voix, on a trouvé dans un seul son de la voix des variétés assez distinctes pour former des syllabes, des mots, des discours, c’est-à-dire un langage entier ; mais ce n’est toujours là qu’un langage de convention et fort accessoirement musical.
N° 2. — Sonnerie.
Le son dépourvu d’articulation, mais prolongé et répété plus ou moins, peut encore conventionnellement servir à l’établissement d’un langage restreint, dont l’utilité est remarquable.
Alors on a l’avantage de pouvoir se servir soit de la voix, soit d’un instrument quelconque, et particulièrement de celui qui se fait entendre de très-loin.
La sonnerie d’une église annonce chaque jour ce qu’un paroissien tient le plus à connaître, l’heure, une messe, une naissance, etc. De loin les commandements d’une armée se font par une sonnerie de clairon. Le chien de chasse revient au coup de sifflet que donne son maître.
Le moindre cri ou chant d’oiseau a, pour le moins, ce mérite d’un langage de convention et d’une signification bien vite reconnue de tous.
L’intensité du son est encore un moyen de donner sous ce rapport des variétés appréciables.
N“ 3. Musique.
A\ec toutes les formes de langage dont nous venons de parler, Tâme n’aurait pu complètement exprimer ses désirs, ses aspirations et ses enthousiasmes, et Dieu lui a accordé un langage vraiment céleste, celui de la musique.
On a remarqué que les sons varient sensiblement en raison de leur hauteur, qu’à certains intervalles de l’élévation qu’ils atteignent, ils sont pour notre organisme très-distincts les uns des autres et qiLils se prêtent à des combinaisons aussi nombreuses qu’agréables à l’oreille.
Depuis les plus graves jusqu’aux plus aigus, ils forment des séries superposées qui, à part la différence de leur élévation, se ressemblent entièrement. On leur a donné le même nom, celui de gamme.
La gamme ordinaire ou diatonique se compose de sept sons qui dans l’ordre de leur élévation se nomment : uty ré, mi, fa, sol, la, si, et qui sont séparés par des intervalles dont cinq sont appelés tons et deux, demi-tons. (Dans l’octave, il y a deux fractions égales de 2 tons 1/2 réunies par un ton, en sorte que ce qu’il y a de fondamental, c’est la fraction de 2 tons 1/2). Elle a 2 modes, ceux de majeur et mineur.
La gamme est dite chromatique quand elle est composée de 12 sons presque également espacés les uns des autres, et dont tous les intervalles sont des demi-tons. Les cinq nouveaux demi-tons auxquels
elle donne lieu portent les noms des tons qu’ils divisent, en y ajoutant suivant les circonstances ceux de dièse ou de bémol.
On a pris pour régulatrice des gammes celle qui se trouve à peu près à mi-hauteur, et pour régulateur de ses notes le la^ qui a 870 vibrations simples par seconde.
Le diapason est un instrument qui donne invariablement cette note et qui sert à accorder les instruments.
Au moyen d’un instrument de physique qu’il a inventé et qui consiste essentiellement en une roue dentée, Savard est arrivé à donner une intensité assez forte à un son et à le rendre appréciable par l’oreille quand, par seconde, il produit 48.000 vibrations ou qu’il n’en donne que de 14 à 16.
Il a été ainsi établi qu’entre ces deux chiffres extrêmes 16 et 48.000 il existe onze gammes et demie ; mais le grand orgue de Saint-Sulpice, de Paris, le plus étendu de tous les instruments de musique, n’en fournit que dix.
Sous le § 5 du titre IV, nous donnerons les développements que comporte l’étude des gammes et de leurs vibrations, l’élévation et l’étendue de la voix et des instruments de musique.
La roue dentée a également servi à bien déterminer une subdivision qui est environ un neuvième du ton et qui se nomme comma. Cette subdivision du ton était nécessaire non pour émettre des variétés nouvelles de son, mais pour modifier légèrement ceux qui existent, pour fixer par exemple la nuance de fut dièse et du ré bémol.
On a remarqué que les sons de l’échelle des
gammes pouvaient non-seulement fournir^ par leur mode de succession, de belles mélodies , mais encore que beaucoup d’entre eux, en se reproduisant simultanément, formaient de magnifiques accords. Le plus simple est l’unisson, viennent ensuite la tierce, la quarte, la quinte, la sixte et l’octave; 2^^, et 50/ donnent un accord parfait.
Les sons de la gamme sont susceptibles d’ctre nuancés sous le rapport de la douceur, de la force, de l’ampleur et de la durée si caractéristique de ce cjui est musical. Enfin chacune des variétés de voix (âge mûr, enfant, homme, femme) et d’instruments parcourt plusieurs gammes du bas, du milieu et du haut, et offre une grande richesse de timbres.
C’est la combinaison de toutes ces variétés de sons qui a donné lieu aux œuvres admirables que l’on exécute à notre époque par toute l’Europe, dans les églises, dans les concerts, au théâtre.
Cependant il s’en faut que les grandes émotions de l’âme ne puissent se transmettre autrement.
Ainsi l’histoire nous apprend que les Hébreux et les Grecs, David et Orphée, ont obtenu par la musique des effets qui ont surpris le monde, et il est très-probable que les grands principes de l’art moderne leur étaient inconnus.
Enfin, le chant des oiseaux, si agréable â l’oreille et si sympathique au cœur, n’est pas, malgré certaines analogies basé sur les divisions de la gamme.
Après ces préliminaires, sans lesquels nous aurions été obligés de faire de nombreuses et longues digressions, cherchons â déterminer l’originalité du chant des oiseaux.