Iliade, V, v
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mieux à notre bouche et à nos yeux. La politesse et les convenances défendent les cris et les larmes. La bravoure active de la rude antiquité s'est changée chez nous en une bravoure passive. Pourtant nos ancêtres mêmes étaient plus remarquables par cette dernière que par l'autre ; mais nos ancêtres étaient des barbares. Dévorer toutes les douleurs , voir venir le coup de la mort sans détourner les yeux, mourir en souriant sous les morsures des vipères, ne pleurer ni sur ses fautes ni sur la perte de son ami le plus cher, voilà les traits du courage des anciens héros du Nord 1. Palnatoko fît une loi à ses Iomsbourgeois de ne rien craindre et de ne jamais prononcer le mot crainte.
Le Grec n'était pas de même. Il sentait et craignait ; il laissait voir ses douleurs et son chagrin ; il ne rougissait d'aucune des faiblesses humaines, mais aucune ne pouvait le détourner du chemin de Phonneur ni de Faccomplissement de son devoir. Ce qui, chez le barbare, provenait de la sauvagerie et de l'endurcissement , naissait chez lui des principes. Chez lui, l'héroïsme était comme les étincelles qui, cachées dans le caillou tant qu'une force extérieure ne les éveille pas, y dorment tranquillement sans ôter à la pierre ni sa transparence ni sa fraîcheur. Chez le barbare, l'héroïsme était une flamme claire et dévorante toujours en action et qui consumait toute autre bonne qualité, ou du moins, l'obscurcissait. — Quand Homère conduit
1. Th. Bartholinus, De causis contemptœ a Danis adhuo gentilibus mortis, ch. i.
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les Troyens au combat avec des clameurs sauvages et les Grecs, au contraire, avec un silence résolu, les commentateurs remarquent avec raison que le poète a voulu par là peindre les premiers comme des barbares, les seconds comme des gens civilisés. Je m'étonne que dans un autre passage 1 ils n'aient pas remarqué une opposition analogue et aussi caractéristique. Les armées ennemies ont conclu une trêve; elles sont occupées à brûler leurs morts, ce qui ne se passe pas sans de chaudes larmes répandues des deux côtés (8«xpt>y. ôspuià -/éovTzç). Mais Priam défend à ses Troyens de pleurer (où8' eÏoc sdouetv Ilptafxoç f/iyaç). Il leur défend de pleurer, dit Mme Dacier, de peur qu'ils ne s'amollissent trop et que le lendemain ils n'aillent au combat avec moins de courage. Bien ; mais je demande : pourquoi n'y a-t-il que Priam qui doive prendre cette précaution ? Pourquoi Agamemnon ne fait-il pas à ses Grecs la même défense ? La pensée du poëte va plus loin. Il veut nous apprendre que les Grecs civilisés peuvent seuls, en même temps, pleurer et être braves, tandis que, pour rester braves, les Troyens barbares doivent d'abord étouffer toute humanité. « Je ne blâme pas ceux qui pleurent, » fait-il dire, dans un autre endroit 2, à l'intelligent fils du sage Nestor.
Il est remarquable que parmi le peu de tragédies qui, de l'antiquité, sont arrivées jusqu'à nous, il se trouve deux pièces dans lesquelles la douleur cor-