‹ LaocoonChapitre 19 sur 91 · Odyssée, IV · texte numérisé non relu

Odyssée, IV

LAOGOON

porelle forme la plus forte partie du malheur qui frappe le héros souffrant. C'est, avec le Philoctète, l'Hercule mourant. Et celui-là aussi, Sophocle le fait se plaindre, gémir, pleurer et crier. Grâce à nos aimables voisins, à ces maîtres en fait de convenances, un Philoctète qui gémit, un Hercule qui cric seraient aujourd'hui les personnages les plus risibles et les plus insoutenables sur la scène. Un de leurs poëtes les plus récents 1 s'est, il est vrai, attaqué au Philoctète, mais pouvait-il se hasarder à leur montrer le Philoctète véritable ?

Un Laocoon même se trouve parmi les pièces perdues de Sophocle. Si seulement le sort nous avait laissé ce Laocoon ! Du peu qu'en disent quelques-uns des vieux grammairiens grecs, il est impossible de rien conclure quant à la manière dont le poëte avait traité ce sujet. Pourtant je suis convaincu qu'il n'aura pas fait Laocoon plus stoïque que Philoctète ou Hercule. Tout ce qui est stoïque est antithéâtral, et notre pitié est toujours en proportion de la souffrance que laisse voir le personnage qui nous intéresse. Si nous le voyons supporter son malheur avec grandeur d'âme, cette grandeur d'âme éveillera, il est vrai, notre admiration, mais l'admiration est un sentiment froid dont l'ébahissement passif exclut toute autre passion plus chaleureuse comme toute idée bien sensible.

Maintenant j'arrive à ma conclusion. S'il est vrai que, surtout d'après la manière de penser des

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