‹ LaocoonChapitre 29 sur 91 · Juvénal, Sat.9 VIII, v. 52-55. « Toi, tu es le descen · texte numérisé non relu

Juvénal, Sat.9 VIII, v. 52-55. « Toi, tu es le descen

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Des commentaires de cette espèce ne sont pas à mépriser, quand même ils ne seraient ni toujours nécessaires ni toujours suffisants. Le poëte avait l'œuvre d'art sous les yeux en tant que chose existante par elle-même et non en tant qu'imitation. Ou bien, artiste et poëte avaient adopté une seule et même donnée, ce qui a dû amener dans leurs œuvres une concordance d'où l'on conclut à la communauté de cette donnée.

Mais quand Tibulle dépeint Apollon tel qu'il lui a apparu en songe : « Le plus beau des adolescent de Cécrops, voilà tout. Tu me fais l'effet d'un Hermès dans sa gaine. Ton seul avantage, c'est qu'un Hermès est de marbre ; toi, tu es une statue qui vit. »

Si Spence avait compris dans son plan les écrivains grecs, il aurait pu trouver, peut-être aussi l'aurait-il négligée, une ancienne fable d'Ésope qui, de cette disposition particulière des statues d'Hermès, reçoit une lumière bien plus belle et plus nécessaire à son intelligence que celle qu'en peut recevoir ce passage de Juvénal. « Mercure, raconte Esope, voulut éprouver en quelle considération il était tenu chez les hommes. 11 déguisa sa divinité et se rendit chez un statuaire. Là il vit la statue de Jupiter et demanda à l'artiste quel prix il en voulait? Une drachme, répondit-on. Mercure sourit : Et cette Junon? demanda-t-il alors. A peu près autant. Alors il aperçut sa propre image et pensa en lui-même : Je suis le messager des dieux; de moi vient le gain en toutes choses; les hommes doivent nécessairement m'estimer bien plus haut. Eh bien, ce dieu que voici? (Il indiquait sa statue) quelle pourrait bien en être la valeur? Celui-ci? répondit l'artiste; oh, si vous m'achetez ces deux-là, vous aurez celui-ci par-dessus le marché. » Mercure fut déconfit. Mais le statuaire ne le connaissait pas et ne pouvait donc avoir l'intention de froisser son amour-propre ; il fallait que, dans la nature même des statues, se trouvât un motif qui lui fît faire assez peu de cas de la dernière pour la donner par-dessus le marché. Le mérite moin-

cents, ayant le front ceint du chaste laurier ; les parfums de Syrie émanent de sa chevelure d'or qui flotte autour de son long cou ; le blanc éclatant et le rouge pourpre se mêlent sur tout son corps comme sur les tendres joues de la fiancée que l'on conduit à son bien-aimé , — » pourquoi ces traits seraient-ils empruntés à de vieux tableaux célèbres? Que le tableau d'Échion, représentant une fiancée belle de pudeur, ait existé à Rome, qu'il y ait été copié mille et mille fois, la pudeur des

dre du dieu qu'elle représentait n'y pouvait être pour rien, car l'artiste estime ses ouvrages d'après le talent, le soin, le travail qu'ils demandent, et non d'après le rang et le mérite de l'être qu'ils représentent. Puisque la statue de Mercure coûtait moins, il fallait qu'elle exigeât moins de talent, de soin, de travail qu'une statue de Jupiter et de Junon. Et c'est ce qui avait en effet lieu ici. Les statues de Jupiter et de Junon montraient la personne entière de ces dieux ; la statue de Mercure, au contraire, était un mauvais poteau quadrangulaire qui ne portait que le buste du dieu. Quoi d'étonnant alors qu'elle pût passer par-dessus le marché ? Mercure ne s'apercevait pas de cette circonstance parce qu'il n'avait devant les yeux que son prétendu mérite supérieur, et son humiliation était conséquemment aussi naturelle que méritée. On chercherait vainement la moindre trace de cette explication chez les commentateurs, les traducteurs et les imitateurs des fables d'Esope; ïtiais si cela en valait la peine, je pourrais faire une longue liste de ceux d'entre eux qui ont compris cette fable tout uni^ ment, c'est-à-dire qui ne l'ont pas comprise du tout. Us n'ont pas senti, ou ils ont encore exagéré l'absurdité qu'elle renferme si l'on prend les statues pour des œuvres d'une exécution égale. La seule chose qui pourrait étonner dans celte fable serait peut-être le prix que l'artiste assigne à son Jupiter. Pour une drachme, aucun potier ne pourrait faire même une poupée. Il faut donc qu'ici une drachme soit mis d'une manière générale pour très-peu de chose. (Fab. dS Ésope, 90, édit. Haupt, p. 70.)

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fiancées avait-elle pour cela disparu du monde? Depuis que le peintre l'avait vue, un poëte ne pouvait-il plus la voir autre part que dans l'œuvre du peintre * ? Quand un autre poëte 2 dit que Vulcain était las, et qu'il qualifie de rouge et de brûlant son visage échauffé par la fournaise, a-t-il eu besoin de l'œuvre d'un peintre pour apprendre que le travail fatigue et que la chaleur rend rouge? Quand Lucrèce s décrit le changement des saisons et qu'il les fait passer l'une après l'autre devant nous, dans leur ordre naturel, avec toute la suite de leurs effets dans l'air et sur la terre, Lucrèce était-il un éphémère, n'avait-il pas vécu une année entière et n'avait-il pas passé par tous ces change-

ï. Tibulle, Élég. 4, lib. III. Polymet., dial. VIII, p. 84.

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