‹ LaocoonChapitre 34 sur 91 · Argonaut., liv. II, v · texte numérisé non relu

Argonaut., liv. II, v

Stace fait exactement de même :

a On rapporte, qu'abandonnant l'antique Paphos et ses nombreux autels, n'ayant ni les mêmes traits ni la même chevelure, Vénus se dépouilla de sa ceinture conjugale, et chassa loin d'elle les oiseaux d'Italie. On disait qu'au milieu des ténèbres de la nuit on avait vu la déesse, portant d'autres feux et des traits plus terribles, parcourir dans son vol les chambres nuptiales, accompagnée de furies, qu'elle avait infesté de serpents horribles, les demeures les plus secrètes, et répandu partout la crainte et répouvante K »

On peut dire encore : le poëte seul possède l'artifice de peindre avec des traits négatifs et de fondre deux images en une seule au moyen d'une alliance de ces traits négatifs avec des traits positifs. Ce n'est plus la gracieuse Vénus ; sa chevelure n'est plus retenue par des anneaux d'or ; autour d'elle ne flottent plus ses vêtements d'azur ; elle n'a plus sa ceinture ; elle est armée d'autres flammes, de traits plus dangereux ; elle fait sa société des Furies auxquelles elle ressemble. Mais, parce que l'artiste est privé de cet artifice, faut-il pour cela que le poëte s'en abstienne? Si la peinture veut être la sœur de la poésie, qu'elle n'en soit pas du moins la sœur jalouse, et que la plus jeune n'interdise pas à son aînée les parures qu'elle-même ne pourrait porter.

1, Thébaïde, liv. V, v. 61-69*

Lorsque, dans des cas particuliers, on veut comparer ensemble le peintre et le poëte, on doit, avant toutes choses, examiner s'ils ont eu tous les deux leur entière liberté, si, libres de toute entrave extérieure, ils ont pu se proposer pour but unique d'atteindre à la plus haute puissance de leur art.

La religion était souvent pour l 'artiste ancien une de ces entraves dont je parle. Son œuvre, destinée au culte et à l'adoration, ne pouvait pas toujours être aussi parfaite que si, en l'exécutant, il n'avait eu en vue que le plaisir du spectateur. La superstition surchargeait les dieux d'emblèmes, et les plus beaux d'entre eux n'étaient pas partout adorés comme étant les plus beaux.

Bacchus était représenté avec des cornes dans son temple de Lemnos, d'où la pieuse Hypsipyle fit échapper son père sous l'apparence du dieu K Sans doute il était représenté ainsi dans tous ses temples, car les cornes étaient un symbole qui le caractérisait. Seul, l'artiste libre qui ne faisait pas

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