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Liv. XXXV, sect. 36, p. "/00, édit. Hardouin

2. Richardson cite cette œuvre à l'appui de la règle qui veut que, dans un tableau, l'attention du spectateur ne soit détournée de la figure principale par aucun autre objet quelque excellent qu'il soit. « Protogène, dit-il, avait placé une perdrix dans son célèbre tableau de Ialysus et il l'avait peinle avec tant d'art qu'elle semblait vivante et qu'elle faisait l'admiration de toute la Grèce; mais comme elle attirait trop vers elle tous les yeux au détriment de la figure principale, il l'effaça complètement. » (Traité de la Peinture, t. I, p. 46.) Richardson s'est trompé. Cette perdrix n'était pas dans le Ialysus, mais dans un autre tableau de Protogène qu'on appelait le Satyre au repos, ou oisif, ZaTupof àva7mvo//svoç. J'aurais à peine remarqué celte erreur venue de la mauvaise interprétation d'un passage de Pline, si je ne la trouvais aussi chez Meursius (Rhodi, lib. I, chap. xiv, p. 38). « Dans le même tableau, qui représentait a Ialysus, était un Satyre, dit : au repos, tenant une flûte. » Encore chez M. Winckelmann lui-même {De l'imitation de l'art grec dans la peinture et la sculpture, p. 56). Slrabon est le véritable garant de cette historiette de la perdrix et il distinguo expressément le Ialysus et le Satyre s'appuyant à une colonne sur laquelle était la perdrix. (Liv. XIV, p. 750, édit. Xyl.) Le passage de Pline (liv. XXXV, sect. 36, p. 699) a donc été mal compris par Meursius, Richardson et Winckelmann, parce qu'ils n'ont pas pris garde qu'il y est question de deux tableaux différents, l'un qui a été cause que Démétrius ne prit pas la ville, ne voulant pas attaquer le lieu où il était, et l'autre que Protogène peignait pendant le siège. Le premier était la Ialysus; l'autre, le Satyre.

LÀOGOON

Homère a mis en œuvre deux sortes d'êtres et d'actions : de visibles et d'invisibles. La peinture ne peut rendre cette différence ; chez elle tout est visible, et visible d'une seule et même façon.

Le comte de Caylus mêle indistinctement la représentation des actions invisibles avecxelle des actions visibles. Dans la représentation d'actions mixtes auxquelles prennent part des êtres visibles et des êtres invisibles, ces derniers devant être aperçus par nous qui contemplons le tableau, il n'indique pas, et ne saurait peut-être indiquer, comment ces êtres invisibles devront être rendus pour que les personnages du tableau puissent paraître ne pas les voir ou tout au moins n'être pas absolument forcés de les voir. Cela doit nécessairement avoir pour résultat de rendre tout l'ensemble, aussi bien que maint morceau particulier, extrêmement embrouillé, incompréhensible et choquant.

Pourtant, avec le livre à la main, on pourrait finir par obvier à ce défaut. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que cette suppression, par la peinture, de la différence entre les êtres visibles et les êtres invisibles, fait disparaître en même temps tous les traits caractéristiques qui marquent la supériorité de ceux-ci sur ceux-là.

Par exemple : quand les dieux, divisés à propos du sort des Troyens, finissent par en venir aux

mains entre eux, chez le poëte *, tout ce combat se passe d'une manière invisible, et cette invisibilité permet à l'imagination d'élargir la scène; elle lui laisse toute liberté pour se figurer la personne des dieux et leurs actions aussi grandes et autant audessus de l'humanité qu'il lui plaît de le faire. Mais la peinture est obligée d'en faire une scène visible, dont les différentes partes indispensables deviennent un terme de comparaison à l'égard des personnages qui y prennent part; terme de comparaison que l'œil a tout auprès et dont la disproportion, relativement aux êtres supérieurs, rend monstrueux, sur la toile du peintre, ces êtres supérieurs, qui, chez le poëte, étaient grands.

Minerve sur qui, dans ce combat , Mars porte sa première attaque, recule, saisit à terre et soulève d'une main puissante une pierre noire , rude , grosse, que dans des temps reculés, une foule de mains humaines avaient roulés là pour servir de borne :

« Celle-ci, de sa main puissante, soulève, gisant dans la campagne , une pierre noire , grossière., immense , que les hommes autrefois avaient placée là comme limite des champs. »

Pour bien se rendre compte de la grosseur de cette pierre, qu'on se souvienne qu'Homère fait ses héros une fois plus forts que les hommes les plus forts de son temps, mais qu'il les fait encore de beaucoup surpasser en force par les hommes tels que Nestor les avait connus dans sa jeunesse. Mainte-

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