‹ LaocoonChapitre 41 sur 91 · Iliade, XX, v · texte numérisé non relu

Iliade, XX, v

qui crie au spectateur : Vous devez vous le représenter comme invisible. Ce nuage ne vaut pas mieux que les sentences écrites qui, dans de vieux tableaux gothiques, sortent de la bouche des personnages.

Il est vrai que lorsque Apollon dérobe Hector aux regards d'Achille, Homère nous montre celuici frappant trois fois de sa lance le nuage obscur : rptç 8' ïjlpa tu^s paOetav t. Mais dans le langage du poëte cela ne signifie qu'une chose, c'est qu'Achille est si enflammé qu'il frappe encore trois fois avant de remarquer que son ennemi n'est plus devant lui. Achille ne vit aucun nuage, et tout l'artifice par lequel les dieux rendaient invisible consistait non pas en un nuage, mais en un enlèvement rapide. Pour montrer que l'enlèvement a été si rapide qu'aucun œil humain n'a pu suivre le corps enlevé, le poète l'enveloppe d'abord dans un nuage, non pas qu'au lieu du corps on ait vu un nuage, mais parce que nous nous représentons comme n'étant pas visible ce qui est dans un nuage. Quelquefois aussi il fait le contraire, et au lieu de rendre invisible l'objet, il fait frapper d'aveuglement le sujet. Ainsi Neptune obscurcit les yeux d'Achille pour délivrer d'entre ses mains meurtrières Énée, qu'il enlève tout d'un coup du milieu du tumulte pour le placer dans les derniers rangs 2. En fait, les yeux d'Achille sont ici aussi peu obscurcis que là-bas le héros enlevé n'était enveloppé

Page 1